LE DIABLE EN GRIS - GRAHAM MASTERTON

A Richmond, Virginie, des meurtres d’une rare violence sont commis par un assassin invisible qui ne laisse pas le moindre indice derrière lui. Toutes les victimes sont pourtant tuées à l'arme blanche non sans avoir été au préalable, horriblement torturées. Chargé de l’enquête, le lieutenant Decker réalise rapidement que ces crimes sont le fait de puissances surnaturelles et qu’il pourrait bien être l’une des prochaines victimes. Avec l’aide inattendue du fantôme de sa défunte compagne et d’une jeune trisomique, il va enquêter dans le milieu de la religion Santeria et sur une page d’histoire de la guerre de sécession.

"Le diable en gris" est un petit roman horrifique et bourré d'hémoglobine dans lequel Graham Masterton se montre fidèle à lui-même. On ne s'étonnera donc pas que ses descriptions des tortures infligées aux victimes, reflet du martyr des saints du calendrier catholique, soient parfaitement écœurantes. On ne sera pas non plus surpris d'y rencontrer un anti-héros, en l'occurrence un policier un peu has been, aidé par une femme dévouée (ou plus précisément son fantôme ce qui exclue du même coup les petites scènes de sexe dont l'auteur est coutumier). On retrouvera enfin, comme toujours serait-on tenté de dire, un démon bien méchant, bien pervers et sacrément revanchard. 

Pour ce qui est de l'intrigue, Masterton semble peiner à se renouveler et celle-ci m’a paru emprunter beaucoup à l'un de ses précédents bouquins : "Le jour J du jugement". On y retrouve notamment l'idée de l'utilisation de démons à des fins militaires et la captivité de l'un deux dans un objet détourné de son usage. Ici Chango, le dieu de la foudre, est enfermé dans un cercueil de plomb en lieu et place du char Sherman retenant prisonnier le démon Elmek... 

Malgré ces petits défauts et son manque d'originalité, on prendra quand même plaisir à cette histoire qui constitue une immersion intéressante dans l'univers de la Santeria, ce culte d'origine cubaine, mélange de christianisme et de vaudou.

Bragelonne - L'Ombre - 2014

LA PIERRE JAUNE - GEOFFREY LE GUILCHER

Jack Banks est un flic britannique chargé d’infiltrer les « jauniens », une petite communauté anarchiste du Morbihan où des activistes anglais auraient trouvé refuge. Un attentat terroriste sur l’usine de la Hague pousse les autorités à décréter l’évacuation d’une partie de la Normandie et de la Bretagne. Les jauniens refusant de partir, Jack décide de rester parmi eux…

Vu le nombre de post-apos qui sortent ces dernières années, en Blanche comme en littérature de genre, je me demande toujours s'il y a encore moyen de faire du neuf avec ce thème. La plupart du temps la réponse est non. Quelques bonnes idées, de bons personnages mais rien de transcendant. Et puis parfois, le miracle. Une approche originale, une intrigue palpitante, des situations jamais envisagées.. Hélas, j'ai tout de suite su que ce ne serait pas le cas avec le roman de Geoffrey Le Guilcher. 

D"abord, parce que l'idée d'un groupe décidé à résister dans un coin de France irradiée a déjà été abordée à plusieurs reprises et ce n'est pas Jean-pierre Andrevon (Les retombées) ou Pierre Marlson (Les compagnons de la Marciliague) qui me contrediront. Ensuite, parce qu'on est pas franchement dans un post-apo. Le monde d'avant, le nôtre, n'a pas vraiment disparu. Il est encore très présent et en état d'envoyer des militaires faire la police dans les territoires évacués. Il constitue même la principale menace à laquelle nos irréductibles bretons doivent faire face, loin devant les problèmes sanitaires ou de ravitaillement. Enfin, parce que "La pierre jaune" est avant tout le récit d'une infiltration parmi un groupe de zadistes, bien plus qu'une histoire de survie dans le monde d'après.

Et de ce point de vue, l'auteur a plutôt bien réussi son affaire. L'intrusion de Jack Banks dans la petite communauté alternative est plutôt bien amenée. sa galerie de personnages (la chaman, le geek, l'ancien de l'E.T.A, le gentil simplet...) apporte beaucoup de crédibilité à son récit et la description de leur quotidien sous contrainte est suffisamment précise pour permettre une immersion convaincante parmi cette tribu de gentils dingos. Mais c'est surtout son flic de héros qui donne corps à ce qui est aussi le compte-rendu d'un cheminement intérieur.

Au contact de sa nouvelle "famille" et d'un mode de vie radicalement différent, il va voir bon nombre de ses certitudes voler en éclat. Il va notamment se rendre compte que si les hurluberlus en tong ou rangers, les chevelus bouffeurs de quinoa, les adeptes de la féralité et autres originaux de tout poil n'ont pas la solution à nos problèmes, ils ont au moins le mérite de tenter et d'innover. Et surtout, ils ont déjà renoncé à notre délétère société du superflu.

A nous désormais de comprendre et admettre que notre survie sur une planète que nous avons lamentablement dégradé réside dans une véritable rupture. Une rupture qui pourrait être librement consentie et accompagnée par les autorités mais qui, j'en suis malheureusement convaincu, finira par s'imposer dans la douleur tant sont puissants le lobbying des industries et la force de notre déni.

Gallimard - Folio SF - 2022

LA DEESSE AUX YEUX VERTS - SAX ROHMER

Parce qu’un meurtre a été commis à proximité de son domicile et que certaines de ses relations semblent être mêlées à l’affaire, Jack Addison, journaliste de son état, est sollicité par son ami, l’inspecteur Gatton. Ensemble, ils tenteront de démêler les fils d’une mystérieuse affaire prenant sa source dans l’Egypte des pharaons et seront confronté à une mystérieuse femme-chat.

 J’ai un penchant très affirmé pour les romans fantastiques anglo-saxons du début du XXème siècle et je lis avec toujours beaucoup de plaisir des auteurs tels que Henry Rider Haggard, Rudyard Kipling, Conan Doyle ou Edgar Wallace. J’ignore à quoi cela tient. Sans doute à ce mélange savamment dosé de conformisme très british et de fantastique décomplexé. Les personnages évoluent dans le meilleur monde, respectent les conventions, font preuve d’une politesse à toute épreuve et en toutes circonstances mais n’hésitent pas à envisager les hypothèses les plus improbables !


Et c’est précisément le cas avec ce roman policier où il est question de femme fatale, de château presque hanté, de savant fou et de possession et où les mystères de l’Egypte éternelle viennent brouiller les pistes. Sax Rohmer nous concocte une intrigue sympathique qui nous fait passer un bon moment même si les scènes d’action manquent un peu de nerf.


Une dernière remarque : le meurtrier, docteur aux origines orientales, me semble préfigurer son très célèbre docteur Fu Manchu.


Nouvelles Editions Oswald - Le Miroir Obscur - 1985

DERNIER ALBUM AVANT L'IA - HERRMANN

Quarante ans de dessins de presse, ça fait tout de même un sacré volume. Hermann a donc été obligé de sabrer dans ses archives pour en faire ressortir, si ce n'est le meilleur, du moins le plus représentatif de son oeuvre. Résultat, plus de deux cents pages et près de quatre cents dessins répartis en neuf thèmes : Egalité, Terre, Monde. Economie, Sports, Covid, Décès, Suisse, Genève.

Les deux derniers nous rappellent que Herrmann est suisse. Cela permet au lecteur de découvrir le regard des helvètes sur l'actualité hexagonale ou mondiale. cela lui permet aussi de se rendre compte que la France n'est pas le centre du monde et qu'il se passe bien des choses de l'autre côté du Léman.

Pour le reste, Hermann nous apporte la preuve que si l'actualité n'est pas toujours très drôle, rien ne nous interdit d'en rire. Il le fait avec force ou finesse, avec ironie ou en sortant l'artillerie lourde. L'occasion pour le quinquagénaire que je suis de jeter un petit regard en arrière et de constater que si certaines choses n'ont guère changées (la politique, l'appât du gain, la bêtise humaine...), le monde a malgré tout sacrément évolué et pas toujours pour le mieux.

Ajoutons enfin que si je ne suis pas particulièrement fan du trait de Herrmann, cela tient plus à l'exercice particulier du dessin de presse qu'à son style graphique. L'obligation d'aller à l'essentiel impose ses contraintes et oblige à prendre des raccourcis. Et en la matière, le monsieur est sacrément doué.

Slatkine - 2025

LE PASSE-MURAILLE - MARCEL AYME

Marcel Aymé est un excellent novelliste. Je m'en étais déjà rendu compte avec les superbes recueils que sont "Le nain" ou, plus connu, "Les contes du chat perché". Mais c'est sans doute avec les dix nouvelles qui composent celui-ci qu'il a donné le meilleur de lui-même. Fantastiques ou non, ayant en commun Montmartre ou l'occupation allemande pendant la seconde guerre mondiale, toutes sont magnifiquement ciselées et contées avec un humour élégant. Et comme en plus l'auteur sait, à l'occasion, introduire ce qu'il faut d'émotion, le résultat est proprement superbe et c'est un régal que de découvrir :

- "Les sabines" : une femme douée du don d'ubiquité se dédouble à l'envie et finit par devenir innombrable.
- "Le ticket" : l'état a décidé de rationner le temps de vie des inutiles (il est à noter que les écrivains sont du nombre !). Une carte de rationnement mensuelle leur est remise et à épuisement de leurs tickets ils disparaissent pour ne réapparaître qu'au 1er du mois suivant. Mais le marché noir sévit et l'on murmure que certains vivraient des mois de cent jours et plus.
- "Le percepteur d’épouses" et "L'huissier" qui mettent en scènes des représentants de ces deux professions si mal aimées.
- "Légende poldève" : critique acerbe et amusante des grenouilles de bénitier et de la société 'bien-pensante".
- "Le décret" : pour en finir avec la guerre, le gouvernement décide de projeter la France une dizaine d'années dans le futur.
- "Le passe-muraille" : où l'on se rend compte que le film avec Bourvil n'est pas tout à fait fidèle.
-  "Les bottes de sept lieues" : jolie petite fable sur la misère et l'incroyable imaginaire dont font preuve les enfants
-  "Le proverbe" : un père découvre que la vie d'écolier n'est pas une sinécure.
-  "En attendant" : quelques Montmartrois font état des misères sans nombre que leur cause la guerre.


Gallimard - Folio - 1998

ASUTRA ! - JACK VANCE

Les Roguskoïs vaincus et rejetés hors du Shant, Gastel Etzwane, a abandonné avec soulagement les rênes du pouvoir. Hésitant désormais sur le sens à donner à son existence il apprend que ses ennemis seraient réapparus au fin fond du Caraz. Voyant là un dérivatif à son ennui, il décide de s’en assurer par lui-même et de s'aventurer au cœur de ce mystérieux continent. 

"Asutra !" est le moins captivant des trois volumes qui composent les « Chroniques de Durdane ». Non qu’il s’y passe moins de choses, loin de là, mais le côté « space-opera » de sa seconde partie se démarque trop du reste du récit. Pour tout dire il m’a paru presque « anachronique », malgré la dimension interplanétaire déjà suggérée par l’intrigue et sa chute trop précipitée.


Certes nous aurons, in fine, toutes les réponses aux questions soulevées. Mais ces révélations nous serons assenées d’un coup, un peu comme si l’auteur, lassé de son récit, avait hâte d’en finir. Néanmoins, j'ai apprécié de retrouver une dernière fois la planète Durdane, la diversité de ses coutumes, ses habitants hauts en couleur et je regretterais longtemps les superbes descriptions de Jack Vance et ses personnages attachants.


Pocket SF - 1987

LES PALADINS DE LA LIBERTE - JACK VANCE

Après avoir mis fin au pouvoir de l'Anome, Mur alias Gastel Etzwane organise la résistance du Shant face aux terribles Roguskoïs.

Ce deuxième volet des « Chroniques de Durdane » est tout aussi passionnant que le premier. D'abord parce qu'il en constitue la suite attendue et qu'il apporte à ce titre des réponses aux énigmes posées (d'où viennent les Roguskoïs, quelles sont leurs motivations...).


Ensuite, en raison des nombreux développements apportés tant à l'environnement géographique et institutionnel du Shant qu'aux personnages. L'action se déplace, nous conduit dans de nouvelles provinces et de nouveaux paysages tandis que certains seconds rôles, tout juste esquissés dans le premier volume, gagnent en épaisseur et voient leur importance s'affirmer. Il en va ainsi pour Ifness le terrien mystérieux, Dystar et Frolitz les musiciens et surtout Gerd Finnerack, l'ami d'enfance et bras armé de la lutte contre les Roguskoïs.


Enfin, pour les rebondissements de l'intrigue qui nous font passer d'une aventure « locale » à l'échelle d'un pays, à une machination beaucoup plus vaste et dont l'enjeu dépasse même les limites de la planète.


Pocket SF - 1981

L'HOMME SANS VISAGE - JACK VANCE

Principal continent de la planète Durdane, le Shant est divisé en une soixantaine de cantons aux coutumes aussi étranges que disparates. Il demeure néanmoins soumis à l'autorité unique de l'Anome, également appelé « l'homme sans visage », qui veille aux respects des lois grâce au torque que portent tous les habitants et qu'il peut faire exploser à tout moment. C'est dans ce monde que Mur, un jeune enfant, cherche à s'émanciper de la société fondamentaliste à laquelle il appartient puis, devenu adulte, entreprend d'infléchir la politique de l'Anome.

Ce premier volume des chroniques de Durdane ne souffre d'aucun temps mort. L'auteur parvient avec un nombre de pages pourtant limité, à planter un décor vaste et fouillé, initier une intrigue captivante et conter par le menu les aventures qui conduisent notre jeune héros à sa révolte contre le pouvoir.


Le récit fourmille de trouvailles surprenantes, tels ces dirigeables reliés à des voies ferrées et formant un « chemin d'air », "l'indenture" qui constitue une forme d'esclavage sous condition de rachat ou encore un alphabet basé sur les associations de couleurs.


Mais si la richesse de cet univers est pour beaucoup dans le plaisir que l'on prend à suivre la destinée du jeune Mur, ses efforts pour débusquer l'Anome ne leur cède en rien et l'on devine que bien des développements sont à venir.


La suite, vite !


Pocket SF - 1980

O GAMESH, PRINCE DES TENEBRES - PIET LEGAY

Cet énième FNA du prolifique Piet Legay est constitué d'une succession de saynètes censées nous montrer comment le culte d'une divinité égyptienne est parvenu à perdurer jusqu'à nos jours. En cinq tableaux qui vont de l'achèvement du tombeau du pharaon Amenaketh III aux recherches archéologiques d'une poignée d'aventuriers en 1989 en passant par le sac d'Alexandrie par les soldats romains, une chasse aux sorcières dans la Grèce du 6ème siècle et les mésaventures d'un templier en Terre Sainte, l'auteur dévoile quelques moments clés de ladite religion et de ses prêtresses successives.

Si chaque texte pris individuellement ne manque pas de qualités, le tout forme en revanche un patchwork hétéroclite et sans unité. On a le sentiment d'être en présence de bouts de romans rassemblés à la va-vite et d'une intrigue bricolée pour tenter d'en faire un ensemble cohérent. Mais la mayonnaise ne prend pas. A peine a-t-on le temps de s'habituer aux lieux et aux personnages qu'il faut déjà changer d'époque et laisser derrière soi une histoire inachevée. L'exercice finit par être lassant et la chute, assez décevante, ne vient même pas récompenser les efforts du lecteur.

Fleuve Noir Anticipation - 1989


LES COUCOUS DE MIDWICH - JOHN WYNDHAM

Midwich est une tranquille petite ville anglaise comme il en existe des centaines à travers le pays. Tranquille, jusqu’à ce que survienne un bien curieux évènement. En effet, pendant 24 heures, tous les êtres vivants séjournant dans son périmètre sombrent dans le sommeil. Quelques temps après ce que ses habitants appelleront le « jour noir », toutes les femmes en âge de procréer se retrouvent enceintes et donnent bientôt le jour à 30 garçons et autant de filles. Outre leurs particularités physiques (cheveux blonds, yeux dorés, peau légèrement argentée) les bébés semblent dotés d’un pouvoir de persuasion. Cette faculté se développe au fur et à mesure que les enfants grandissent, à tel point que l’on en vient à les considérer comme une menace...

John Wyndham nous conte ici une originale histoire d’invasion extra-terrestre. Originale, car elle ne ressemble précisément pas à une invasion classique à grands renfort de vaisseaux spatiaux et de petits bonhommes verts (même si la présence d’un OVNI est rapidement abordée).


Ici, l’invasion est plus insidieuse puisqu’elle est le fait d’enfants qui viennent s’immiscer dans la vie bien rôdée d’une petite communauté. D’ailleurs une bonne part du roman s’intéresse à la façon dont cette intrusion est ressentie par les villageois, puis à la peur qu’elle leur inspire.


Nous aurons également droit à d’intéressants débats sur la tolérance à l’égard des minorités puis, lorsque la menace se précisera, sur le droit des espèces à lutter pour assurer leur suprématie. Car le fin mot de l’histoire est là : doit-on au nom de nos principes de paix et de compassion, laisser vivre une espèce extra-terrestre qui risque de supplanter la nôtre. 


Ajoutons à cela que ce livre est écrit d’une plume élégante, détachée et tellement so british !


Denoël - Présence du Futur - 1977

LE DIABLE EN GRIS - GRAHAM MASTERTON

A Richmond, Virginie, des meurtres d’une rare violence sont commis par un assassin invisible qui ne laisse pas le moindre indice derrière lu...