SF EMOI II
De la SF... Oui, mais pas que !
DE VAGUES ET DE BRUME - JEAN-PIERRE ANDREVON
LE FELIN GEANT - J. H. ROSNY AINE
Sensé être une suite à « La guerre du feu », ce livre en constitue plutôt une copie à l’identique. A l’instar de son illustre prédécesseur il nous narre en effet les aventures d’un courageux guerrier confronté aux multiples dangers d’un environnement hostile. Rosny aîné s’y livre de nouveau et avec toujours autant d’emphase à d’abondantes descriptions d’une nature encore intacte et des bêtes fabuleuses qui la peuplent.
Il en profite également pour évoquer les balbutiements d’une humanité encore bien fragile et notamment les premières tentatives de l’homme pour vivre en harmonie avec son environnement et en bonne entente avec ses semblables.
« Le félin géant » constitue donc une lecture dont on peut aisément se dispenser à moins d’être un adepte du grand Rosny ou amateur de récits sur les temps préhistoriques.
Gérard - Bibliothèque Marabout - 1975
LE SOLEIL DU DESERT - ANDRE DHÔTEL
Et puis, alors que le mystère est à son comble, Dhôtel va s'appliquer à déconstruire cette atmosphère onirique. Chaque bizarrerie, chaque incongruité va recevoir une explication rationnelle et tout reprendra sa juste place : "Ainsi tous les évènements qui avaient semblé impossibles se ramenaient peut-être à des proportions ordinaires". Ce "retour à la normale" se fait via trois confessions successives qui, à la façon de récits enchâssés, viennent illustrer le passé plus ou moins récent de plusieurs protagonistes de l'histoire. Cela permet aussi à l'auteur d'ouvrir son récit à d'autres lieux et d'autres personnes et nous voyageons ainsi jusqu'à Paris et même jusqu'au désert du Nevada !
"Le soleil du désert" est donc avant tout un roman d'ambiance dont l'intrigue repose tout entière sur la personnalité pour le moins insaisissable de son héroïne. Une jeune femme de tempérament dont l'inflexibilité et l'influence qu'elle exerce sur les autres rappelleront peut-être à certains le personnage d'Agathe de "La route inconnue".
Phébus Libretto - 2005
LA TREIZIEME GENERATION - P-J HERAULT
Malheureusement qu’avons-nous au final de vraiment excitant ? Pour l’action : deux crashs, celui d’un avion et celui d’un ULM. Pour le suspens : un soupçon d’enquête sur les motivations des envahisseurs ainsi que la menace que fait peser sur la vie du héros un groupe de terroristes. C’est tout de même bien peu pour un roman de plus de 300 pages !
Fleuve Noir Anticipation - 1990
OTAGE DE LA NUIT - RICHARD MATHESON
J’aime assez la façon dont Richard Matheson aborde le thème du fantôme. Une approche plus psychologique que spectaculaire qui nous fait hésiter un temps avant de reconnaître la présence du surnaturel. Ainsi, dans ce roman, l’esprit cartésien demeure longtemps indécis et partagé entre deux explications : pur esprit ou projection des fantasmes d’un quadragénaire, fantôme ou délire né d’un sentiment de culpabilité ?
Finalement, c’est l’auteur qui, délibérément, met fin au suspense pour nous brosser le portrait diabolique d’un esprit, certes désincarné, mais qui aspire à goutter encore aux plaisirs de la chair. Ces plaisirs sont d’ailleurs abondamment illustrés et donnent lieu à quelques scènes très chaudes et particulièrement explicites !
L’autre intérêt de ce roman réside dans la peinture très réaliste d’un couple au bord de la rupture. Tout y est : les aspirations différentes et parfois contraires d’un homme et d’une femme, les non-dits, les ressentiments et même les pathétiques tentatives de réconciliation sur l’oreiller.
Après « Echos », Matheson signe donc une nouvelle réussite dans le domaine du fantastique et des histoires de fantômes et de possession.
Denoël - Présence du Fantastique - 1990
ECLIPSES 2000 - LINO ALDANI
Appétence pour le pouvoir, soif inextinguible de connaissances, instinct de survie et toutes ses compromissions, peur de l'inconnu, en quatre textes Lino Aldani nous expose avec un peu de cynisme mais hélas aussi beaucoup de justesse, les mauvais penchants de l'espèce humaine.
Longue nouvelle ou court roman, "Eclipses 2000" est une histoire de vaisseau générationnel qui nous semble au départ assez classique. Un jeune colon du "Terra Madre" lancé depuis plus d'un siècle à travers l'espace, conçoit des doutes sur la réalité de ce voyage sidéral. Et si le vaisseau n'était jamais parti ? Une quête de vérité qui se transforme en une intéressante réflexion sur l'exercice du pouvoir.
"De l'autre côté du rivage" est en revanche un texte court et percutant qui pose une question simple : quelle valeur ont nos plus beaux principes lorsque notre existence est en jeu ? Sur la planète Igea toutes les ressources, y compris les populations autochtones, sont la propriété d'une multinationale qui les exploite sans vergogne. Une façon de faire qui heurte les visiteurs terriens... jusqu'à un certain point.
"L'ennemi invisible" et "Double échec" ont en commun d'être des monologues intérieurs qui nous font pénétrer l'esprit de deux individus soumis à une pression extrême. Qu'il s'agisse de lutter contre l'environnement délétère de la planète Mars ou de battre aux échecs un ordinateur de dernière génération, mieux vaut avoir confiance en soi et être sûr de son couple !
Denoël - Présence du Futur - 1980
SCENES DE GUERRE CIVILE - JEAN-PIERRE HUBERT
Bien qu’ayant été écrit au début des années 80 et s’inspirant sans doute de la guerre du Liban, ce roman m’a fait penser à la lutte que se livrent Israël, le Hamas et le Hezbollah à Gaza et en Cisjordanie. On y trouve en effet bien des similitudes avec le contexte géographique et politique de ces territoires qui subissent depuis si longtemps la guerre et toutes ses vicissitudes.
Jean-Louis Hubert fait parfaitement ressentir l’absurdité d’un conflit dans lequel les idéologies sont détournées, les alliances incertaines et dont la seule utilité est le renforcement ou l’affaiblissement du pouvoir de quelques dirigeants. Ceci est particulièrement visible dans la description de la ville dévastée où divers groupes s’affrontent pour la maîtrise d’une rue ou d’un pâté de maisons.
Il sait aussi rendre compte de l’âpreté des combats et de la disparition de tout sentiment humain au profit d’un professionnalisme aveugle. Hommes et femmes ne sont plus que des cibles qu’il convient d’abattre par n’importe quel moyen, autorisé ou pas. L’auteur brocarde au passage l’inefficacité et l’hypocrisie des accords internationaux et notamment ceux qui s’attachent à prohiber certaines armes. Ici, en l’absence d’armes à feu, les combattants s’étripent à l’arme blanche et finissent malgré tout par recourir aux « armes censurées ». Et on comprend qu’elles l’aient été, car les effets de la « corrosine » et autres « tortillons vivaces » font froid dans le dos.
« Scènes de guerre civile » est un roman qui ne brille peut-être pas par la complexité de son intrigue (l’histoire toute entière tient dans son titre) mais qui constitue néanmoins un excellent exemple de politique fiction assez pessimiste quant aux penchants de l’espèce humaine.
Le Liban hier, Gaza aujourd'hui, et demain... Maldora ?
Opta - Galaxie-Bis - 1982
CORSAIRE TRIPLEX - PAUL D'IVOI
Bien que le héros de ce cinquième épisode des "voyages excentriques" soit un anglais contraint de lutter contre son pays, nous y retrouvons également les très gaulois Armand et Robert Lavarède. Toutefois, seul le second joue un rôle de quelque ampleur dans ce livre où il est aussi question de Lothia, sa fiancée égyptienne, et des évènements qui secouent la terre des pharaons sous le joug britannique (voir "Le cousin de Lavarède). Mais ici, ce sont les possessions australiennes de l'Angleterre qui servent de cadre à une gentille petite histoire de vengeance. Gentille mais guère passionnante. L'auteur y utilise les thèmes éculés d'un romanesque très XIXème siècle (assassinat pour hériter d'une riche veuve, enlèvement d'enfant et réapparition bien des années plus tard, confusion d'identité) et le mystère qui entoure la personnalité de triplex est trop vite levé pour maintenir l'intérêt du lecteur.
Heureusement, quelques scènes d'action et un peu d'humour nous sauvent in extremis de l'ennui. On frémit donc un tantinet chez les Dayaks réducteurs de têtes, on sourit aux patronymes de certains personnages (Allsmine = tout est à moi, ...) et l'on s'amuse des déboires et des petits travers des militaires anglais (notamment leur amour du Gin et du rosbif). Je soupçonne à ce propos Paul d'Ivoi d'avoir pris un plaisir très cocardier à ridiculiser l'Angleterre dans ce qu'elle a de plus fort : sa puissance navale. D'autant qu'il ne se prive pas de critiquer sa politique colonialiste tout en soulignant la grandeur de l'empire français.
Pourtant, malgré ces petits défauts, les livres de Paul d'Ivoi constituent une lecture naïve et rafraîchissante dont on aurait tort de se priver sous prétexte qu’ils ont mal vieillis. Alors si vous voulez entendre parler de bicyclistes ou d’automédon, et revenir à une époque où les femmes se laissent mourir à cause d’un amour malheureux, n’hésitez plus. Pour ma part je vais me laisser tenter par le volume suivant qui doit voir Robert Lavarède prendre la tête des insurgés égyptiens. Encore un rude coup porté à la couronne britannique !
J'ai Lu - Voyages excentriques - 1983
TROIS SEIGNEURS DE LA NUIT 1 - JACQUES FINNE
Première des trois anthologies consacrées aux créatures des ténèbres publiées par les éditions NéO dans les années 80. Jacques Finné y a réuni les textes de huit auteurs, anglo-saxons pour la plupart, qui s'échelonnent de la fin du XIXème siècle jusqu'au dernier quart du XXème.
Et c'est la goule qui ouvre ce bal des affreux avec une unique nouvelle consacrée à ce monstre qui n'inspire que modérément les auteurs du genre.
"Quietly, now" nous emmène dans une petite bourgade provinciale qui fleure bon son "American Way of Life". Un cadre bucolique, des enfants qui s'amusent, des adultes qui flirtent et, oui, tout de même, quelques touristes qui s'égarent dans les montagnes environnantes. Tout irait donc pour le mieux s'il n'y avait la désagréable Mrs German qui est peut-être bien plus qu'une vieille emmerdeuse... Une nouvelle intéressante qui débute dans la légèreté d'une après-midi ensoleillée et se clos dans une ambiance horrifique des plus sombres.
Place ensuite au loup-garou avec deux histoires extrêmement différentes.
"Pia !" est un huis-clos policier où il s'agit de découvrir lequel des huit invités de la petite sauterie de Hutch est un loup-garou. Un récit d'une grande vivacité qui enchaîne les surprises et les rebondissements.
"Fourrure blanche" a quant à lui un faux air de vieux conte scandinave. Deux jumeaux se disputent à propos d'une merveilleuse jeune femme. Le premier en est tombé follement amoureux tandis que le second la soupçonne d'être une femme-garou particulièrement retorse. Grands espaces immaculés, peurs ancestrales et don de soi sont au menu de cette épopée miniature.
Avec cinq textes, c'est le vampire qui apporte au recueil son plus fort contingent d'horreurs.
Le principal intérêt de "Pendant que luisait la lune" est d'avoir pour personnage principal Edgar Allan Poe. Le précurseur du fantastique d'outre-Atlantique n'est encore qu'un tout jeune écrivain qui tire le diable par la queue. Un malheureux concours de circonstances va le mettre en présence d'une femme de caractère qui semble dissimuler un bien étrange secret dans la cave de sa vieille demeure victorienne.
"Stragella" est un récit très classique qui a la saveur des récits d'horreur maritime de Hogdson. Deux naufragés abordent un vieux gréement en perdition qui renferme d'étranges caisses dans sa cale ainsi qu'une envoûtante jeune femme. Cauchemars éveillés et volupté érotique sont les ingrédients de ce cocktail méphitique et mortel.
Classique aussi, "Le docteur Porthos" reprend la plupart des clichés associés aux histoires de vampires à l'ancienne : vieux manoir isolé, jeune femme qui dépérit jour après jour, mari désespéré.. Il innove juste un tout petit peu en mettant en scène un vampire médecin. Et quand la raison scientifique se met au service du mal, il ne reste plus guère d'espoir pour les victimes.
"Bois mon sang !" est, de loin, la nouvelle la plus originale du recueil. Richard Matheson s'affranchit presque totalement du mythe pour ancrer son récit dans une réalité bien plus prosaïque. Nous y suivons un ado attardé et pas franchement sympathique qui, après avoir lu le Dracula de Bram Stocker, n'a plus qu'une idée en tête : devenir un vampire. Une histoire triste et inquiétante qui se conclut par une chute assez inattendue.
"Le cercueil 14" est un texte qui vaut surtout pour le ton, ironique et désabusé, avec lequel l'histoire nous est contée. un ton parfaitement raccord avec la personnalité du narrateur, un très vieux vampire revenue de tout et sans grandes illusions sur la nature profonde de ses congénères.
Nouvelles Editions Oswald - 1986
ETOILES, GARDE-A-VOUS - ROBERT HEINLEIN
D’ailleurs, plus que le témoignage d’une idéologie quelconque, c’est cela qui m’a gêné : trouver un roman de guerre en lieu et place du roman de SF que l’on nous vend. Un peu l’impression d’avoir été trompé sur la marchandise.
Quant aux idées ou opinions qui affleurent dans ce livre, elles semblent en effet indiquer que Monsieur Heinlein est un tantinet conservateur. Il s’y montre partisan de la peine capitale et des châtiments corporels et pense que les citoyens qui ont accompli leur service militaire sont les seuls à mériter le droit de vote ! C’est un point de vue.
Notons tout de même que le style de l’auteur est agréable, très fluide et que, malgré un sujet à mon goût peu intéressant, je suis parvenu au terme de ce livre presque sans m’en rendre compte. Je ferais donc sûrement une autre tentative.
J'ai Lu - Science-Fiction - 1974
DE VAGUES ET DE BRUME - JEAN-PIERRE ANDREVON
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