LE JOUR DE LA GRATITUDE AU TRAVAIL - AKIKO ITOYAMA

Je n'ai fait jusqu'à présent que de rares incursions dans le domaine de la littérature nippone. Je me rappelle avoir lu Le pavillon d'or de Yukio Mishima parce que, ben, c'était Mishima. Mais ça m'avait passablement barbé ; trop contemplatif à mon goût. J'ai ensuite eu une période Yasushi Inoue, en particulier pour ses romans historiques. Et puis surtout, j'ai dévoré l'excellentissime Femme des sables de Abe Kobo, lu après avoir visionné le non moins superbe film éponyme de Hiroshi Teshigahara. Et c'est à peu près tout. Il était donc plus que temps de retourner faire un tour du côté du soleil levant. C'est en furetant dans les rayons de ma bibliothèque municipale que mon choix s'est arrêté sur ce livre dont le titre a interpellé le français de base que je suis.

Le jour de la gratitude au travail est le récit enjoué quoique teinté d'amertume d'une journée de la vie d'une japonaise d'aujourd'hui.

Trente-six ans, toujours célibataire, Kyöko a un caractère bien trempé. C'est d'ailleurs en remettant vertement à sa place un patron indélicat qu'elle a perdu son boulot et pointe désormais au chômage. Une situation difficile à vivre dans un Japon où l'emploi est autant un signe d'intégration sociale qu'un moyen de subvenir à ses besoins. Retournée vivre chez sa mère qu'elle aide chichement avec ses maigres allocations, elle se sent obligée d'accepter le "rendez-vous arrangé" proposé par une voisine.

Comme on peut sans douter, l'entrevue ne sera pas à la hauteur des espérances de l'entremetteuse. Entre la pétulante trentenaire et le cadre supérieur imbu de sa personne, l'atmosphère sera glaciale mais aura le mérite de pousser Kyöko à s'interroger sur sa situation.
On sent chez elle, malgré sa bonhomie naturelle, beaucoup de déception à l'égard d'une société japonaise encore très traditionaliste. Un pays où les mentalités évoluent trop lentement et dans lequel les femmes ne sont pas encore tout à fait reconnues à l'égal de l'homme.

Elle éprouve aussi de la rancœur envers ces entreprises où elles doivent en faire davantage pour progresser quand elles ne sont pas cantonnées à des tâches subalternes (mais c'est aussi vrai en France). Tout cela génère un gros ressentiment qui s'exprime dans ce véritable cri du cœur : "c'est chiant d'être une femme".

J'attendrai au large est plus drôle et plus tendre malgré un thème à priori plus dramatique. Futo et Oïkawa, deux collègues de travail, se promettent qu'au cas où l'un d'eux venait à mourir, le survivant ferait disparaître de l'ordinateur du défunt les dossiers qu'il juge gênants. 
La plus grande partie de l'histoire nous conte le parcours professionnel de ces deux jeunes diplômés embauchés par la même société. Nous découvrons par leur biais la vie dans une entreprise japonaise. Un univers finalement plus humain que ne le laissent supposer les clichés qui ont cours en France. Les journées sont certes longues, on n'y compte pas ses heures supplémentaires et les mutations sont régulières. Néanmoins, les rapports entre collègues semblent aussi cordiaux que chez nous. Preuve en est de ce pacte entre Futo et Mlle Oïkawa qui est au cœur de l'histoire et qui mettra la jeune femme en présence du fantôme de son ami. Cette petite touche de fantastique est traitée sur un mode humoristique qui enlève toute sa tristesse au décès de Futo (le pauvre est mort pour avoir reçu un suicidé sur le crâne). L'histoire s'en trouve allégée et nous laisse une agréable sensation de bonhomie et de fraîcheur.

Bien que récents, on sent dans ces deux récits beaucoup de nostalgie. Celle des années de fac et des copains de promo, celle des débuts dans la vie active, celle de la bulle économique des années 90, époque bénie où le Japon ne connaissait pas le chômage. Deux jolies tranches de vies rédigées à la première personne par des japonaises actives et indépendantes.

Editions Picquier - 2010

DOCTEUR NIKOLA - GUY BOOTHBY

Jeune aventurier sans le sou échoué à Shangaï, Bruce Wilfred n'a d'autre choix que d'entrer au service du mystérieux Docteur Nikola. Ensemble, ils vont s'aventurer au coeur de l'empire du Milieu à le recherche de secrets immémoriaux.

Je ne sais pas si cela tient à la couverture de Beh Deum ou au résumé de la 4ème de couv' mais, en entamant ce roman de Guy Boothby, je pensais avoir affaire à une histoire de génie du mal avide de puissance et bien décidé à asservir le monde à sa volonté. Or, ce n'est pas exactement le cas. S'il est bien question d'une dangereuse société secrète dirigée par un triumvirat aux immenses pouvoirs, "Le docteur Nikola" est avant tout un roman d'aventures exotiques. 

Ecrit dans les années 1890 par un auteur australien, il s'agit d'un récit dont le but est de dépayser le lecteur de l'époque et lui faire découvrir des régions encore largement méconnues du britannique moyen. En revanche, le lecteur du XXIème siècle risque de s'ennuyer en suivant des péripéties qui m'ont parues fades et assez répétitives. Evasions, courses poursuites, cavalcades dans les montagnes tibétaines ou la campagne pékinoise, pas (ou plus) de quoi enflammer l'imagination. C'est heureusement très bien écrit, dans un style un peu daté mais très agréable à lire pour qui aime les vieilles tournures et les formules ampoulées.

Finalement, le principal intérêt de ce roman réside dans la personnalité de ce fameux Docteur Nikola qui lui donne son titre. Un individu complexe, fidèle en amitié et aimable avec les faibles mais capable de se montrer intraitable envers ceux qui se mettent en travers de son chemin. C'est aussi un esprit éclairé, touche à tout génial dôté d'une volonté de fer. C'est bel et bien lui le héros de cette histoire et non pas le narrateur qui concentre pourtant les qualités du "brave coeur" en vogue dans les romans d'alors. Et c'est tant mieux car cela donne au récit une touche d'ambigüité qui oblige le lecteur à se demander s'il souhaite la réussite ou l'échec de l'étrange docteur.

Garancière - Aventures Fantastiques - 1986

 


LA MEMOIRE DU MORT - CURT SIODMAK

A la fin des années soixante, en pleine guerre froide, un scientifique Est-Allemand est gravement blessé alors qu’il tente de passer à l’ouest. Désespérant de le sauver, la CIA demande au Dr Cory d’expérimenter sur le moribond sa technique de transfert de la mémoire afin de récupérer des informations capitales. La mémoire du mort est ainsi « implantée » dans l’organisme de l’assistant du docteur Cory. Sa mémoire, mais peut-être aussi, sa personnalité…

 Voici le deuxième livre que Curt Siodmak publie dans la série noire et, là encore, il est question d’une expérience sur le cerveau et des conséquences induites sur la vie du cobaye. Nous y retrouvons d’ailleurs le docteur Cory, héros du « Cerveau du nabab », qui joue cette fois-ci les seconds rôles, simple observateur de la transformation de son assistant.


Ce petit rappel étant fait, précisons de suite que ce livre ne souffre pas la comparaison avec son prédécesseur. L’aspect « scientifique » de l’histoire n’est que peu développé et la partie espionnage guère intéressante. On y passe quantité de frontières, on y est capturé, emprisonné, interrogé, on s’échappe, on est repris et interrogé à nouveau, puis l’on s’échappe encore… C’est affreusement long, répétitif et ne présente aucun intérêt d’autant que la chute se laisse très vite deviner. Non vraiment, Siodmak aurait pu faire beaucoup mieux. Un exemple : l’esprit du défunt qui fût une victime du nazisme se retrouve placée dans le corps d’un juif. N’eut-il pas été plus captivant de placer dans ce même corps les pensées d’un nazi et suivre le combat intérieur qui en découlerait ?


Gallimard - Série Noire - 1969

LA GUERRE DU FEU - J-H ROSNY AINE

A la suite d’un combat qui a mal tourné, le clan des Oulhamr se retrouve décimé et, pire encore, sans feu. Désemparé, privé de chaleur et à la merci des bêtes sauvages, les survivants sont au désespoir. Faouhm, leur chef, s’engage alors à prendre pour successeur celui qui saura reconquérir le feu sacré et à lui donner pour épouse sa jeune sœur, Gammla. Amoureux de la jeune femme, Naoh, un jeune et intrépide guerrier, se lance immédiatement dans l’aventure avec l’aide de deux compagnons. Mais avant de conquérir sa belle, il devra affronter des fauves gigantesques, apprivoiser les mammouths, combattre les terribles tribus de dévoreurs d’hommes et de nains rouges et triompher d’Aghoo le félon.

 « La guerre du feu » est l’un de ces livres que chacun croit connaître sans jamais les avoir lus et je pensais moi-même ne rien y découvrir. C’était une grave erreur et ce fut une belle surprise car ce roman nous conte bien plus que les pérégrinations de nos lointains ancêtres à la recherche du feu.


Il s’agit en fait d’une véritable œuvre de fantasy dotée de tous les stéréotypes du genre : un guerrier aussi brave qu’intelligent, un traître particulièrement fourbe, une jeune vierge, une quête, des bêtes fabuleuses, bref, autant d’ingrédients que l’on retrouve dans quantité de romans de « sword ans sorcery ». Même les descriptions de combats ne sont pas sans évoquer celles des récits de Howard.


Finalement, il n’y a guère que son style pour nous rappeler que ce livre a été écrit en 1909. Rosny Ainé est adepte des longues phrases et des envolées lyriques célébrant la nature et le devenir de l’humanité. Cela surprend, donne au tout un genre particulier, mais n’est pas désagréable. Un peu comme si Proust avait entrepris de réécrire les aventures de Conan. Au final nous avons un livre bien plaisant qui mérite d’être redécouvert ne serait-ce que comme un précurseur de « l’éroïc fantasy ».


Editions Gérard - Marabout - 1975

IMMORTELS EN CONSERVE - MICHAEL CONEY

Au XXIIème siècle, la population sur Terre étant devenue incroyablement nombreuse et les famines chroniques, le gouvernement mondial décida d'appliquer une proposition du Dr Théo Kleinmaker. C'est ainsi que fut édictée la Loi sur la Transplantation Obligatoire : toute personne âgée de 40 ans voit son corps détruit et son cerveau transplanté dans celui d'un enfant de 6 mois. L'objectif recherché est triple : faire baisser la population mondiale, conserver les connaissances, supprimer d'inutiles personnes âgées. La mesure donne très vite d'excellents résultats. Il faut dire que les hommes et les femmes ne sont désormais plus pressés d'avoir des enfants puisque ceux-ci sont destinés à accueillir la cervelle de parfaits inconnus ! La démographie enregistre une chute spectaculaire et les "hôtes" disponibles commencent même de manquer. Et comme nul ne souhaite renoncer aux transplantations et à la quasi immortalité qu'elles procurent, il est bientôt nécessaire de conserver les cerveaux dans des boîtes où ils baignent dans un liquide nutritif en attendant le corps d'un nouvel enfant...

 "Immortels en conserve" est un petit bijou de la SF qui bénéficie d'une construction intelligente au service d'un propos qui ne l'est pas moins. En 5 saynètes mettant en scène quelques individus au cours d'une seule et même journée, Michael Coney nous propose de découvrir une société dystopique fondée sur le principe de la perpétuation des cerveaux grâce à leur transplantation dans de jeunes corps. Tel un joueur d'échec, l'auteur y avance ses pions sereinement, sachant parfaitement où il va et à quoi lui serviront chacun de ses personnages. De fait, tel d'entre eux qui ne jouait qu'un rôle secondaire dans la première nouvelle occupe la place principale dans l'une des suivantes et vice-versa. 


Cela lui permet de croiser plusieurs destinées qui ont en commun d'être bouleversées par les lois de ce système absurde et criminel. Cela lui permet surtout de démontrer l'aberration d'une société qui finit par se scléroser faute de nouveauté et de jeunesse, qui ne fait plus que se continuer, se répéter ad infinitum. Nous suivons ainsi, tour à tour, une jeune femme qui n'a pas déclaré la naissance de son nouveau-né pour pouvoir le garder près d'elle, une adolescente qui a échappé au rôle de "corps d'accueil" mais qui n'a depuis aucune existence légale, une femme qui risque de perdre son droit à la transplantation à quelques mois de son quarantième et fatidique anniversaire et une communauté qui tente de survivre en marge du système...


La découverte de ces tranches de vies nous conduira aussi, l'air de rien, à nous interroger sur la valeur d'une existence, sur ce qui fait qu'elle a été remplie ou pas, sur notre égoïsme et nos rêves d'immortalité...mais encore sur le désir d'enfants et la continuité qu'ils représentent, sur la joie qu'ils apportent et l'espérance de renouveau qu'ils incarnent. Au final, et malgré l'effroi que fait naître la description de cette société d'un genre particulier, c'est l'espoir qui domine et la conviction que l'humanité peut toujours se bonifier. Un bien joli roman qui bénéficie d'une belle écriture et d'un humour en demi-teinte particulièrement subtil. Après ma lecture des "Enfants de l'hiver", ce deuxième roman de Michael Coney est une deuxième satisfaction. Je vais donc continuer d'explorer sa bibliographie.


Pocket SF - 1983

LA MORT DU FER - SERGE SIMON HELD

La première fois que j'ai entendu parler de "La mort du fer", c'est dans la postface de l'édition Robert Laffont de "La Terre demeure" de George Stewart. Dans cet appendice, Rémi Maure s'y livrait à une étude du post-apoctalyptisme et citait de nombreux romans du genre dont celui de Serge Simon Held. Hélas, il n'existait à l'époque que l'édition originale de 1931, ce qui le rendait quasi introuvable. Fort heureusement, l'Arbre Vengeur et son goût pour les vieilleries conjecturales sont passés par là et l'on peut désormais se le procurer très facilement. J'ai donc sauté sur l'occasion et je ne regrette pas mon investissement même si cette lecture s'est avérée un peu en-deçà de mes espérances.

Pourtant, l'idée d'une maladie d'origine inconnue qui rendrait le fer impropre à toute utilisation est tout à fait saisissante et riche de nombreuses possibilités. L'auteur ne s'est d'ailleurs pas trop mal débrouillé pour mettre en scène les ravages de la "sidérose", de sa découverte dans le bassin sidérurgique du nord de le France jusqu'à ses conséquences économiques, sociales et politiques. L'angoisse des industriels en faillite, les magouilles des boursicoteurs, la misère des ouvriers jetés sur le pavé, le protectionnisme des états et les différents jeux de pouvoirs, tout y est envisagé avec intelligence et plutôt bien rendu.

Or donc, ce ne sont pas le thème du roman ni ses développements qui sont en cause mais bien la manière dont l'auteur s'y prend pour nous les présenter. Tout au long de son roman, j'ai eu le sentiment de lire un compte-rendu journalistique ou une notule encyclopédique. Qu'il s'agisse de nous décrire les catastrophes provoquées par la maladie, les manifestations d'ouvrier au chômage et les scènes de guerre civile, son style est toujours distant et purement informatif. Il en va de même de ses personnages, bien trop désincarnés pour donner de la consistance au récit. Les passages où ils vivent de leur vie propre sans être de simples silhouettes au milieu des évènements dramatiques qui se jouent sont beaucoup trop rares pour que l'on parvienne à faire nôtre leurs envies, leurs craintes, leurs sentiments... Le désastre est là. Les changements qu'il induit sont profonds et, pourtant, on ne parvient jamais à les toucher du doigt ni à s'en imprégner.

S'il n'était pas tout à fait misanthrope, Serge Simon Held n'était en tout cas pas très confiant dans la capacité de l'homme à faire émerger le meilleur. Dans son récit, la civilisation s'effondre sans que personne n'essaie réellement de s'y opposer. Politiques, militaires, syndicalistes, bourgeois, ouvriers, tous sont renvoyés dos à dos, unis dans une seule et même envie : supplanter autrui, s'approprier sa place, ses richesses, sa femme. Le règne du plus fort s'impose à nouveau tandis que disparaît l'idée d'une société fondée sur la science et la raison dont le fer était l'un des piliers.

L'Arbre Vengeur - 2019


LE DIEU DE LA GUERRE - ALAIN PARIS

1968, dans la jungle cambodgienne. La vie de Michael Anderson, jeune soldat américain de 24 ans, ne tient plus qu'à un fil. Poursuivi par les viet-congs, il est en passe d'être rattrapé lorsqu'il est mystérieusement "téléporté" en un lieu ressemblant à l'Olympe des dieux grecs. Zeus, Apollon, Aphrodite et compagnie ne tardent d'ailleurs pas à apparaître et lui expliquent la raison de sa présence parmi eux. Arès, le dieu de la guerre s'est mis en tête de participer à toutes les guerres qui ont marquées l'histoire de l'humanité. Ce faisant il risque tôt ou tard de créer une distorsion de la trame temporelle et de modifier la réalité historique. Afin de le stopper, ses pairs ont décidé de faire appel à Michael, guerrier expérimenté, pour le pister et le ramener sur l'Olympe. Pour mener à bien sa mission, notre jeune militaire est donc contraint de participer à quelques-unes des plus grandes batailles de l'histoire. Mais Arès est-il réellement l'exalté qu'on lui a décrit ? Les dieux disent-ils toujours toute la vérité ?

Alain Paris est féru d'histoire et cela se sent. Il connait parfaitement les batailles dont il nous parle, leur déroulement et le nom des principaux protagonistes. Ses reconstitutions de combats sont donc particulièrement fidèles et l'on est plongé avec beaucoup de réalisme dans les sanglantes mêlées qui jalonnent l'histoire de l'humanité. Nous revivons ainsi la victoire de Guillaume le conquérant à Hastings, nous participons aux croisades avec Richard Coeur de lion et nous frémissons lors de la "Noche triste" de Cortes à Mexico. Au passage nous découvrons que les aztèques ont des armes rudimentaires en obsidienne, que les « huscarls » constituent la garde d’honneur du roi Harold et que les carabins ne sont pas que des étudiants en médecine. Bref, de quoi briller au trivial pursuit !


Le problème, c’est que ces descriptions, aussi complètes soient-elles, ne suffisent pas à masquer la faiblesse du scénario. L'argument de départ (la recherche d'Arès) est un peu léger et les révélations sur la nature des divinités ne suffisent pas à relancer pleinement l'intrigue. On a finalement l'impression d'assister à une partie de cache-cache à travers le temps et ce n'est pas la pirouette finale qui suffit à rattraper le tout. Ceci dit, il doit être bien difficile de pondre une histoire plus étoffée en seulement 150 pages et Alain Paris réussit malgré tout à nous divertir. Il fait même preuve d’un certain humour lorsqu’il nous décrit les relations de Michael avec Aphrodite et ses démêlés avec le cyclope Argès. Cela nous donne au final un "FNA" de facture honnête, sans plus.


Fleuve Noir Anticipation - 1989

STATION SOLAIRE - ANDREAS ESCHBACH

Rien ne va plus à bord de la station spatiale « Nippon ». Toutes ses tentatives de récupération et d’acheminement de l’énergie solaire vers la Terre échouent lamentablement alors que les tests s’étaient jusqu’alors avérés concluants. Suspectant un sabotage, le commandant Moriyama demande au chef de la sécurité, Léonard Carr, de mener une enquête discrète...

« Station solaire » est un roman à double détente. Il débute à la façon d’un roman d’Agatha Christie, nous proposant un huis clos entre neuf personnages isolés et confrontés au meurtre de l’un d’entre eux. Mais, alors que l’on s’attend à découvrir une version SF de ses « Dix petits nègres », la partie de cluedo tourne court et se transforme en véritable thriller. Le flegme britannique cède alors la place au punch américain et l’action se substitue allègrement à la réflexion et à l’introspection.


Malheureusement, ce côté « hollywoodien » est beaucoup trop marqué. L’auteur n’est pas parvenu à éviter les poncifs du genre et notamment celui du « héros désabusé mais conscient de ses devoirs, qui n’a que quelques heures devant lui pour contrecarrer le sinistre projet de dangereux terroristes et sauver ainsi son fils et des dizaines de milliers d’individus ». Ouf !


Malgré cela, Eschbach parvient à maintenir l’intérêt du lecteur grâce à d’excellentes descriptions de la station spatiale et des conditions de vie particulières en apesanteur. C’est d’ailleurs la principale réussite de ce livre que d’avoir su trouver un juste équilibre entre science et romanesque. De la hard science pas chiante, c’est suffisamment rare pour être salué !


L'Atalante - La Dentelle du Cygne - 2000

AIR - BERTIL SCALI & RAPHAEL DE ANDREIS

A priori, le duo Scali/de Andreis avait pour objectif de sensibiliser ses lecteurs aux problèmes environnementaux et notamment au risque de voir émerger un régime écologique autoritaire qui apparaitrait comme le seul remède aux bouleversements nés du dérèglement climatique. Après avoir lu leur roman, je ne suis pas certain qu'ils aient atteint leur objectif.

En premier lieu parce que le gouvernement qui prend en main les rênes de la France obtient d'excellents résultats tant dans le domaine écologique que sociétal ou économique. La répression contre les délinquants écologiques est certes redoutable mais ceux qui en sont victimes apparaissent presque tous comme d'infâmes crapules qui méritent leur châtiment. Dans ces conditions on ne sait plus trop si l'on doit s'effrayer ou se réjouir de l'avènement de cette dictature verte.

En second lieu parce que le retour en arrière induit par les restrictions sur l'usage des technologies polluantes semble plutôt pas trop mal vécu par leurs personnages. Ainsi de sa famille de français moyens contraints de s'exiler sur le plateau de l'Aubrac. Passé la stupeur des premiers moments et un voyage qui ressemble à l'exode de la seconde guerre mondiale, nos bobos parisiens ont vite fait de d'adapter au mode de vie de leurs grands-parents. Madame joue les bergères, Monsieur est ravi de se retrouver dans la peau du chasseur-cueilleur qui nourrit sa famille et les enfants ne regrettent pas longtemps leur smartphone ou leur tablette. Quant aux relations avec les autochtones, elles sont étonnamment cordiales si l'on excepte les sombres menées d'un infâme calotin.

Ceci étant, "AIR" est un roman qui se lit très bien. Pas de temps mort, quelques bons personnages, un peu d'action, du suspens et quelques jolies réflexions sur l'environnement, les savoirs ancestraux, le partage...

Pocket - 2022




MISSION SUR TERRE - PHILIPPE RANDA

Un vaisseau spatial et son équipage s’étant abîmé sur Terre, l’officier Xagène est envoyé sur cette planète « attardée » afin de porter secours aux éventuels survivants. Pour agir en toute discrétion, il est contraint de prendre la place et l’apparence de Raymond Lebland, un champion de boxe. Mais avant de venir en aide à ses compatriotes il lui faudra faire le ménage dans la vie de son personnage d’emprunt.

Dire que ce livre m’a déçu tient de l’euphémisme. Pourtant cette idée d’extra-terrestres naufragés sur Terre aurait pu déboucher sur quelque chose de pas trop mal à condition de faire preuve d’un peu d’inventivité. Hélas Philippe Randa se contente du service minimum. Deux soucoupes volantes, quelques boules soporifiques et un peu de morphing sont ses seules concessions en la matière. Pour le reste, le roman tient plus du mauvais livre d’espionnage que de l’honnête roman de SF.


Précisons encore que l’écriture est au ras des pâquerettes, que l’intrigue compte bon nombre d’incohérences (si vous souhaitez passer inaperçu vous évitez de prendre l’apparence d’un champion mondialement connu !) et que la conclusion est plutôt prévisible ! Ah oui, j’oubliais, il y a aussi cette vision désopilante à force de convention de l’Allemagne de l’est derrière son rideau de fer.


En tous cas, je comprends mieux maintenant pourquoi la collection Anticipation a pu avoir une réputation de « littérature de gare » : c’est à ce type de livre qu’elle le doit.


Fleuve Noir Anticipation - 1981

LE JOUR DE LA GRATITUDE AU TRAVAIL - AKIKO ITOYAMA

Je n'ai fait jusqu'à présent que de rares incursions dans le domaine de la littérature nippone. Je me rappelle avoir lu  Le pavillon...