SF EMOI II
De la SF... Oui, mais pas que !
LA NUIT DES ENFANTS ROIS - BERNARD LENTERIC
LE RETOUR DU DR NIKOLA - GUY BOOTHBY
L'essentiel de son récit se déroule en effet dans un château médiéval perdu sur une lande déserte en bord de mer. Les personnages évoluent donc dans un décor sombre et inquiétant où passages secrets et souterrains apportent une sérieuse dose de mystère. L'histoire flirte aussi avec la science-fiction puisque ce cher docteur, plus que jamais décidé à percer le secret de l'immortalité, se livre à une expérience visant à rajeunir un vieillard. L'occasion pour l'auteur de se lancer dans des descriptions d'appareillages scientifiques qui rappellent un peu ceux que l'on voit dans la plupart des films mettant en scène le personnage du Dr Frankenstein.
Hélas, si l'ambiance est parfaite, il n'en va pas de même de l'intrigue. Si l'on excepte la menace qu'un assassin chinois fait peser sur Nikola et son équipe ainsi que la petite amourette entre une jeune femme et son assistant, il ne se passe franchement pas grand-chose. Heureusement le roman est plutôt court et l'on n'a guère le temps de s'ennuyer...
Garancière - Aventures Fantastiques - 1987
LES FURIES - KEITH ROBERTS
Voici un bel exemple de roman catastrophe tel que les britanniques s’en sont fait une spécialité. Ici, Keith Roberts a la main lourde puisque ce sont deux calamités qui s’abattent sur ces concitoyens : une catastrophe naturelle (encore qu’un peu aidée par l’homme) et une invasion extra-terrestre. Un schéma qui n’est pas sans rappeler « La révolte des Triffides » de John Wyndham, dans lequel les hommes étaient confrontés à un aveuglement général de la population et à une invasion extra-terrestre. C’est d’ailleurs cette conjonction des catastrophes qui explique dans l’un et l’autre cas, la rapidité avec laquelle la société s’effondre et se retrouve à la merci de ses assaillants. Mais la comparaison s’arrête là car, si Wyndham s’attache très vite à nous décrire la façon dont les survivants se réorganisent et entament une lente reconstruction de leur monde, « Les furies » est davantage le récit d’une lutte.
Ce côté « roman de guerre » est d’ailleurs particulièrement sensible dans la seconde moitié du livre où il est question de camps de prisonniers, de maquisards et de coups de mains. J’ai beaucoup moins apprécié cette partie et l’aurait même trouvée bien terne n’eut été la richesse psychologique des personnages. Keith Roberts nous fait parfaitement ressentir l’état d’esprit qui les anime et les différentes phases par lesquelles ils passent. L’espoir né de leur évasion, l’euphorie des premières victoires, la tristesse liée à la mort d’un camarade ou l’accablement face à l’ampleur de la tâche à accomplir, tout cela est décrit avec beaucoup de justesse et de sobriété. Et comme l’auteur a une jolie plume, cela donne lieu à de fort jolies pages qui compensent largement la faiblesse du dénouement.
Librairie des Champs-Elysées - Le Masque Science-Fiction - 1979
TOXOPLASMA - SABRINA CALVO
Je ne suis pas, loin s’en faut, ce que l’on appelle un geek. L’informatique reste pour moi une terra incognita sur laquelle je m’aventure avec beaucoup de prudence et les mots joystick, Game-Boy ou Play-Station ne m’évoquent aucun souvenirs. J’ai donc éprouvé quelques difficultés à m’immerger dans ce roman cyber punk où les nouvelles technologies tiennent une place importante. Les très nombreux passages consacré aux « runs » de Kim et de ses amis sur la toile (la grille) m’ont ainsi parus bien abscons et les nombreuses références aux films d’horreurs qui parsèment le roman ne m’ont pas toutes parlées. Je manque d’une certaine culture underground et il est très vraisemblable que certaines explications, certaines clés m’aient échappées. Pour autant, je n’ai pas été insensible à cet univers décalé, à l’ambiance générale du récit et à son ton si particulier.
Le cadre est en effet plaisant. Ce Montréal d’après-demain peuplée de hippies et de milices populaires fait penser à une nouvelle commune. Dans cette ville en état de siège qui ressemble à une cocotte-minute où mijotent les idées les plus folles, où l’on troque et où l’on s’autogère, chacun projette ses désirs et ses rêves les plus fous dans une utopie anarchisante, s’octroyant une petite parenthèse d’espoir avant la répression et le clap de fin.
Même constat côté style. L’écriture de David Calvo est novatrice. Abrupte, changeante avec un recours intéressant à différentes techniques de langages - les « clavardages » de Meï, la ventriloquie de Nikki – elle est en parfaite concordance avec l’ambiance. L’auteur innove, essaye, ose. Il donne à son roman un rythme trépidant, très visuel malgré quelques passages un peu chiants dont le long chapitre central qui alterne à chaque paragraphe les aventures de Kim et celles de Nikki nous imposant des aller/retours un peu fastidieux. Les conversations techniques entre Meï et Kim m’ont également un peu lassé mais elles étaient sans doute nécessaires compte tenu du sujet.
Heureusement, le trio d’héroïnes évite, lui, tout ennui. Entre le sale caractère de Meï, le culte que Nikki voue à l’informatique et la culture vidéo de Nikki on a largement de quoi faire. Elles ne sont pas forcément sympathiques ces trois nanas mais elles sont entières et sans tabous, décidées à tirer leur épingle du jeu dans un monde bien pourri qui ressemble un peu au notre, juste un peu plus libéral, un peu plus égoïste, un peu plus dangereux. Elles n’ont pas totalement abdiqué leur joie de vivre et conservent l’espoir d’un avenir meilleur dans une Islande fantasmée où vivre libre et heureux est paraît-il encore possible…
Auparavant, il leur faudra résoudre une énigme tortueuse où il question d’expériences sur les rêves, de meurtres d’animaux et des sombres visées d’une multinationale. Une intrigue assez touffue qui met longtemps à se dessiner mais qui est joliment portée par l’atmosphère d’urgence et de no future qui imprègne tout le récit. Le tout se conclue sur une fin ouverte qui nous laisse libre de choisir la chute qui nous arrange même si on sait bien tout au fond de nous que ce sont toujours les méchants qui ont le dernier mot.
La volte - 2017
REQUIEM DES INNOCENTS - LOUIS CALAFERTE
Dans la zone, l'amour est une denrée rare, pour ne pas dire inexistante. Les relations hommes/femmes se limitent à quelques étreintes vite expédiées et les enfants qui naissent de ces unions sont rarement désirés. Un toit en tôle sur la tête, une tranche de pain rassis et une bonne dose de torgnoles, voilà à quoi se résume l'éducation qui leur est dispensée. Pour le reste, qu'ils se démerdent ! Et les parents de l'auteur sont au diapason si l'on en croit cette diatribe lancée à sa mère : "Il ne fallait pas me laisser venir. Garce. Il fallait recourir à l'hygiène. Il fallait me tuer. Il ne fallait pas me laisser subir cette petite mort de mon enfance, garce. Si tu n'es pas morte, je te retrouverais un jour et tu paieras cher, ma mère."
Folio - Gallimard - 2000
LE JOUR DE LA GRATITUDE AU TRAVAIL - AKIKO ITOYAMA
Le jour de la gratitude au travail est le récit enjoué quoique teinté d'amertume d'une journée de la vie d'une japonaise d'aujourd'hui.
Trente-six ans, toujours célibataire, Kyöko a un caractère bien trempé. C'est d'ailleurs en remettant vertement à sa place un patron indélicat qu'elle a perdu son boulot et pointe désormais au chômage. Une situation difficile à vivre dans un Japon où l'emploi est autant un signe d'intégration sociale qu'un moyen de subvenir à ses besoins. Retournée vivre chez sa mère qu'elle aide chichement avec ses maigres allocations, elle se sent obligée d'accepter le "rendez-vous arrangé" proposé par une voisine.
Elle éprouve aussi de la rancœur envers ces entreprises où elles doivent en faire davantage pour progresser quand elles ne sont pas cantonnées à des tâches subalternes (mais c'est aussi vrai en France). Tout cela génère un gros ressentiment qui s'exprime dans ce véritable cri du cœur : "c'est chiant d'être une femme".
DOCTEUR NIKOLA - GUY BOOTHBY
Je ne sais pas si cela tient à la couverture de Beh Deum ou au résumé de la 4ème de couv' mais, en entamant ce roman de Guy Boothby, je pensais avoir affaire à une histoire de génie du mal avide de puissance et bien décidé à asservir le monde à sa volonté. Or, ce n'est pas exactement le cas. S'il est bien question d'une dangereuse société secrète dirigée par un triumvirat aux immenses pouvoirs, "Le docteur Nikola" est avant tout un roman d'aventures exotiques.
Ecrit dans les années 1890 par un auteur australien, il s'agit d'un récit dont le but est de dépayser le lecteur de l'époque et lui faire découvrir des régions encore largement méconnues du britannique moyen. En revanche, le lecteur du XXIème siècle risque de s'ennuyer en suivant des péripéties qui m'ont parues fades et assez répétitives. Evasions, courses poursuites, cavalcades dans les montagnes tibétaines ou la campagne pékinoise, pas (ou plus) de quoi enflammer l'imagination. C'est heureusement très bien écrit, dans un style un peu daté mais très agréable à lire pour qui aime les vieilles tournures et les formules ampoulées.
Finalement, le principal intérêt de ce roman réside dans la personnalité de ce fameux Docteur Nikola qui lui donne son titre. Un individu complexe, fidèle en amitié et aimable avec les faibles mais capable de se montrer intraitable envers ceux qui se mettent en travers de son chemin. C'est aussi un esprit éclairé, touche à tout génial dôté d'une volonté de fer. C'est bel et bien lui le héros de cette histoire et non pas le narrateur qui concentre pourtant les qualités du "brave coeur" en vogue dans les romans d'alors. Et c'est tant mieux car cela donne au récit une touche d'ambigüité qui oblige le lecteur à se demander s'il souhaite la réussite ou l'échec de l'étrange docteur.
Garancière - Aventures Fantastiques - 1986
LA MEMOIRE DU MORT - CURT SIODMAK
Ce petit rappel étant fait, précisons de suite que ce livre ne souffre pas la comparaison avec son prédécesseur. L’aspect « scientifique » de l’histoire n’est que peu développé et la partie espionnage guère intéressante. On y passe quantité de frontières, on y est capturé, emprisonné, interrogé, on s’échappe, on est repris et interrogé à nouveau, puis l’on s’échappe encore… C’est affreusement long, répétitif et ne présente aucun intérêt d’autant que la chute se laisse très vite deviner. Non vraiment, Siodmak aurait pu faire beaucoup mieux. Un exemple : l’esprit du défunt qui fût une victime du nazisme se retrouve placée dans le corps d’un juif. N’eut-il pas été plus captivant de placer dans ce même corps les pensées d’un nazi et suivre le combat intérieur qui en découlerait ?
Gallimard - Série Noire - 1969
LA GUERRE DU FEU - J-H ROSNY AINE
Il s’agit en fait d’une véritable œuvre de fantasy dotée de tous les stéréotypes du genre : un guerrier aussi brave qu’intelligent, un traître particulièrement fourbe, une jeune vierge, une quête, des bêtes fabuleuses, bref, autant d’ingrédients que l’on retrouve dans quantité de romans de « sword ans sorcery ». Même les descriptions de combats ne sont pas sans évoquer celles des récits de Howard.
Finalement, il n’y a guère que son style pour nous rappeler que ce livre a été écrit en 1909. Rosny Ainé est adepte des longues phrases et des envolées lyriques célébrant la nature et le devenir de l’humanité. Cela surprend, donne au tout un genre particulier, mais n’est pas désagréable. Un peu comme si Proust avait entrepris de réécrire les aventures de Conan. Au final nous avons un livre bien plaisant qui mérite d’être redécouvert ne serait-ce que comme un précurseur de « l’éroïc fantasy ».
Editions Gérard - Marabout - 1975
IMMORTELS EN CONSERVE - MICHAEL CONEY
Cela lui permet de croiser plusieurs destinées qui ont en commun d'être bouleversées par les lois de ce système absurde et criminel. Cela lui permet surtout de démontrer l'aberration d'une société qui finit par se scléroser faute de nouveauté et de jeunesse, qui ne fait plus que se continuer, se répéter ad infinitum. Nous suivons ainsi, tour à tour, une jeune femme qui n'a pas déclaré la naissance de son nouveau-né pour pouvoir le garder près d'elle, une adolescente qui a échappé au rôle de "corps d'accueil" mais qui n'a depuis aucune existence légale, une femme qui risque de perdre son droit à la transplantation à quelques mois de son quarantième et fatidique anniversaire et une communauté qui tente de survivre en marge du système...
La découverte de ces tranches de vies nous conduira aussi, l'air de rien, à nous interroger sur la valeur d'une existence, sur ce qui fait qu'elle a été remplie ou pas, sur notre égoïsme et nos rêves d'immortalité...mais encore sur le désir d'enfants et la continuité qu'ils représentent, sur la joie qu'ils apportent et l'espérance de renouveau qu'ils incarnent. Au final, et malgré l'effroi que fait naître la description de cette société d'un genre particulier, c'est l'espoir qui domine et la conviction que l'humanité peut toujours se bonifier. Un bien joli roman qui bénéficie d'une belle écriture et d'un humour en demi-teinte particulièrement subtil. Après ma lecture des "Enfants de l'hiver", ce deuxième roman de Michael Coney est une deuxième satisfaction. Je vais donc continuer d'explorer sa bibliographie.
Pocket SF - 1983
LA NUIT DES ENFANTS ROIS - BERNARD LENTERIC
Une multinationale décide de lancer un vaste programme de recherche dans toutes les écoles maternelles des Etats-Unis afin de détecter les e...
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