HORS CONTROLE - P-J HERAULT

C'est une bien mauvaise surprise qui attend Cal à l'occasion de ce nouveau réveil. HI, le super ordinateur qui le seconde en toutes choses et dirige sa base secrète, semble avoir oublié ses ordres et obéit de nouveau aux Lloys. Traités comme des intrus qu'il convient d'éliminer, Cal et Giuse doivent fuir en urgence et trouvent refuge sur l'une des îles du grand archipel. Aidés de leurs fidèles androïdes, ils parviendront à reprendre le contrôle de la situation, non sans avoir au préalable joués les corsaires et être intervenus dans la destinée d'un état insulaire et de quelques-un de ses habitants.

 Si le troisième volume des aventures de Cal avait introduit un peu de neuf dans l'existence de notre demi-dieu, avec « Hors contrôle » PJ Herault est retombé dans un rythme plus routinier. Son schéma est quasi identique à celui du précédent et alterne immersion dans le passé et épisodes plus "futuristes" liés à la technologie Lloy. Ce sont d'ailleurs ces scènes qui permettent à P-J de nous injecter notre dose de SF car, pour l'essentiel, l'action est centrée sur l'évolution de nos héros dans une reproduction des Antilles à l'époque de la flibuste. 


Cela nous donne de chouettes combats entre frégates et sloops avec ce qu'il faut d'abordages et de canonnades, de sabre et de poudre. C'est très réaliste (P-J a dû pas mal se documenter sur la marine à voile du XVIIIème), c'est bourré d'action et sans temps mort avec juste une ch'tite romance pour souffler un peu entre deux combats. Par contre l'auteur recoure un peu trop facilement aux raccourcis et aux coïncidences bien pratiques. La preuve : nos héros débarquent à peine avec une cargaison à vendre qu'un jeune homme paré de toutes les qualités leur propose son aide, ils souhaitent acheter une demeure, le cousin est "agent immobilier", ils sauvent deux sœurs, elles tombent immédiatement amoureuses de nos deux compères. 


Cette petite réserve mise à part, on prend toujours un plaisir naïf à suivre les aventures de Cal et à voir évoluer les habitants de la planète Vaha, même si cette incursion de Cal dans la destinée de ses "ouailles" n'est pas la plus significative et aura pour seul mérite de les doter de la banque, des chèques et du boulier. Le capitalisme est pour demain ! 


Alors que dire de plus sur cette épopée ? Que çà se lit toujours très bien. Oui. Que son petit côté merveilleux est bien sympathique. C'est encore vrai. Mais quand même, cela commence à ronronner dangereusement. Alors j'espère un peu plus de surprises dans le prochain épisode.


Fleuve Noir Anticipation - 1979

FUHRER PRIME TIME - JOHAN HELIOT

Shakira Miuy, présentatrice vedette de l'émission Elixir ADN et Cuzco son assistant, peuvent être ravis. Ce soir les téléspectateurs sont au rendez-vous et la courbe d'audience atteint des sommets. Quoi de plus normal lorsqu'on anime un débat entre Elvis Presley et Adolph Hitler ! Ou plutôt entre leurs zombots, ces clones provisoires fabriqués à partir de leur ADN et appartenant aux états où reposent leurs restes. Mais, alors que l'émission prend fin, un commando parvient à kidnapper la réplique de Hitler et le pauvre Cuzco, va se retrouver mêler à un complot dont les enjeux le dépassent.

Sous ce titre un rien racoleur se cache un petit roman percutant et bien sympathique. Avec seulement une centaine de pages pour s'exprimer (collection Novella SF oblige) Johan Heliot ne perd pas son temps en digressions superflues. Nous sommes de suite dans le vif du sujet, catapultés à une époque où les multinationales imposent leurs règles aux États et où marketing, parts de marchés et audimat règnent en maîtres. 


L'intrigue, menée tambour battant, s'avère finalement assez secondaire et sert de prétexte à une satire des programmes télés et, par ricochet, de notre société de consommation. Tout y passe. La présentatrice botoxée à outrance, les sondages d'opinion ridicules et orientés, l'absence d'éthique et la téléréalité la plus répugnante. Il y est aussi question de collusion entre élus et grands patrons et bien sûr, de clonage.


Le Rocher - Novella SF - 2005

LE CERCUEIL DE CHAIR -PASCAL FRANCAIX

Il se passe de drôles de choses à Noordpeene, triste petit village des Flandres françaises. Un indien meurt dans de mystérieuses circonstances, de vieilles dames s'adonnent au spiritisme, un curé de campagne se voit confier la garde d'une étrange enfant, des personnes disparaissent... Horla, vieil érudit vivant à proximité de la bourgade, y décèle les manifestations d'un culte ancien et démoniaque. Décidé à intervenir, il sera confronté à un puissant sorcier et sa protégée : une jeune goule.

Malgré quelques scènes morbides et repoussantes à souhait, ce tout petit roman m'a déçu par son manque de cohésion. Je n'y ai vu qu'une succession de tableaux qui se veulent percutants mais qui n'ont malheureusement rien de très neufs. Une scène de spiritisme, une cérémonie impie dans une église, une violation de sépulture et pour finir un exorcisme un peu particulier, il n'y a pas vraiment là de quoi fouetter un chat, même noir. 


Et puis cette manie de vouloir utiliser à tout prix des mots rares ou compliqués ! On ne compte plus les «térébrant», «vastitude», «intrados» et autres «ébrasements». Je conçois que l’auteur ait à cœur d’utiliser le mot juste, mais le plus souvent, cela n'apporte rien au récit et alourdit au contraire la narration. Mais soyons tout de même indulgent puisqu'il s'agit (dixit la 4ème de couverture,) d'un premier roman et retenons surtout sa description d’un nord pluvieux et cafardeux que n’aurait pas désavoué Jean Ray.


Fleuve Noir - Frayeur - 1995

QUAND L'URANIUM VINT A MANQUER - B. R. BRUSS

B. R. Bruss est l'une des valeurs sûres du Fleuve Noir Anticipation où il a publié quantité de romans, la plupart de bonne facture. Celui-ci est composé de deux parties de qualité très différentes.

La première, de loin la meilleure, est centré sur le conflit qui oppose Brazal et Martem pour la possession d'un astéroïde riche en uranium. Bruss a construit très habilement son intrigue en nous plaçant tout à tour aux côtés de chacun des belligérants. Ce faisant, il nous permet d'appréhender les motivations des deux camps et de réaliser qu’il n’existe ni bon ni méchant, juste des hommes et des femmes contraints d’agir pour assurer leur survie. C’est donc une guerre absurde car sans espoir qui se profile et qui nous semble d’autant plus regrettable que nous avons appris à apprécier les combattants de chaque camp.

La seconde moitié du roman est plus terne. Une partie des belligérants est kidnappée par de mystérieux extra-terrestres et emmenée en captivité sur un satellite d'Uranus. La découverte de leur nouvel environnement, de leurs ravisseurs et des motivations de ces derniers, sans être déplaisante, est passablement ennuyeuse. Quant à la fin du récit, elle m'a laissé un tantinet songeur. Si j'ai apprécié que l'auteur n'ait pas opté pour le happy-end auquel on s'attendait, j'ai été moins séduit par le retour au bercail de nos sympathiques humains et leur redécouverte de la vie pastorale. Difficile en effet d'imaginer que des hommes et des femme habitués à courir les étoiles puissent s'épanouir dans le tressage de l'osier ou le filage de la laine !


Fleuve Noir Anticipation - 1968

LE CYCLE DE TSCHAÎ - JACK VANCE

Le cycle de Tschaï est sans le moindre doute la plus connue et la plus emblématique des œuvres de Jack Vance, celle qui caractérise le mieux son univers et qui a fait de lui le maître incontesté du planet opera. Son intrigue est pourtant d’une grande simplicité puisque toute l’histoire repose sur la volonté d’un terrien échoué sur une planète inconnue, de trouver le moyen de retourner chez lui. Tout au long des quatre volumes qui composent ses aventures, Adam Reith cherche à mettre la main sur un vaisseau spatial capable de le ramener sur Terre. Ce faisant, il parcourt en tous sens la planète Tschaï et découvre les multiples races qui la peuplent. On le voit, il n'y a là rien de particulièrement fouillé et pourtant ses romans se dévorent en un rien de temps.

C’est que Jack Vance a du métier et sait varier ses effets. Chaque tome baigne dans une ambiance différente, médiévale pour le Chasch (caravanes commerciales, despotes régnant sur une citadelle, culte mortifère), renaissance italienne dans le Wankh (pirates, guildes d’assassins, duels) et enfin plutôt XIXème siècle, genre ruée vers l’or, pour le Dirdir. Cela lui permet d’éviter des situations par trop semblables et empêche la monotonie de s’installer. Et puis soyons honnêtes, il se passe quand même pas mal de choses. En compagnie de notre héros, nous voyageons sur mer, dans les airs et sous terre ; il y a des batailles, une chasse au trésor, des jeux du cirque et bien d'autres scènes d'action. 

Mais surtout il y a son talent de créateur d’univers. L’imagination de Jack Vance est stupéfiante lorsqu’il s’agit d’inventer de toutes pièces des sociétés originales et de concevoir leur organisation et leurs particularismes dans les moindres détails.  Il nous emmène ainsi dans la steppe du Kotan où vivent les Kruthes dont le rôle, le rang et le comportement sont définis en fonction de l’emblème qu’ils portent sur leur casque ; il nous fait débarquer à Vervodeï  en ce pays de Cath où les habitants disposent de plusieurs noms qu’ils utilisent en fonction des circonstances, nous assistons aussi aux étranges pratiques sexuelles des khors, nous baguenaudons dans Urmank la ville dédiée aux jeux d’argent et partons même à la pêche aux sequins dans les redoutables Carabas où les Dirdir chassent le gibier humain… C’est un véritable melting pot de races et de peuples, un gigantesque brassage de cultures et de traditions, un continuel mélange de modernisme et d’archaïsme. 

Le très grand nombre de personnages qui peuplent ces romans compte aussi pour beaucoup dans la qualité du récit. Je passerai rapidement sur Adam Reith qui campe un héros particulièrement monolithique, parfait représentant de cette Amérique des années soixante sûre d’elle et qui ne dévie jamais de l’objectif qu’elle s’est fixé.  Ses compagnons sont heureusement beaucoup plus nuancés et par là même plus attrayants. On voit leur personnalité évoluer au fil des romans et des expériences vécues. C’est ainsi un plaisir que de voir Zap 210 faire l’expérience de sa féminité et découvrir la sexualité ou d'assister aux changements qui s’opèrent chez Traz Onmale qui passe de l’état de barbare un peu fruste à celui de jeune homme à l’aise dans un monde moderne, sans oublier bien sûr la mauvaise foi de Anke at afram Anacho. 

Mais il y a aussi quantité de seconds rôles qui apportent de l’épaisseur à l’histoire et font vivre tous ces lieux enchanteurs. J’ai ainsi pris plaisir à détester l’abominable Aïla Woudiver qui jouera plus d’un mauvais tour à notre héros ou à m’agacer du mercantilisme de Zarfo Detwiler le sympathique mais ô combien intéressé technicien lokhar. Je pense encore à Ylin-Ylan, la fleur de Cath qui sombrera dans la folie de l’Awaile, à son compatriote Dordolio Or et Cornaline le gandin insupportablement arrogant, à Baojian, à Artilo, à Cauch et tant d’autres.


Alors, si d’aucun hésitent encore à se lancer à l’assaut de ces quatre volumes, qu’ils se rassurent, le temps passe bien vite en compagnie d’Adam et de ses compagnons. Beaucoup trop vite ! 


J'ai Lu - Science-Fiction - 2001

UN BON CRU - PETER MAYLE

Le sort semble s'acharner sur le pauvre Max Skinner. Criblé de dettes et licencié sans la moindre indemnité, il apprend le même jour le décès de son oncle. Seule consolation, le vieil homme lui lègue un petit domaine viticole dans le sud de la France. Plus rien ne le retenant dans son pays, le jeune homme part prendre possession de son héritage avec l'espoir de relancer l'exploitation et de s'installer au soleil. Il ignore alors qu'il aura fort à faire. Le vin de sa propriété est une abominable piquette, son métayer ne semble pas ravi de l'accueillir et sa jolie notaire lui fait des cachotteries. Il pourra heureusement compter sur la bonne humeur de son ami Charlie et sur l'aide inattendue d'une mystérieuse cousine. Et puis il y a Fanny, la ravissante serveuse du restaurant du village...

J'avais jusqu'à présent volontairement dédaigné les romans de cet anglais lubéronophile qui me semblaient écrits pour ses compatriotes, curieux de découvrir la Provence et les petits travers des méridionaux. En cela je ne m'étais qu'à moitié trompé. Malgré sa connaissance de la France, Peter Mayle ne parvient pas à s'affranchir des préventions des britanniques à l'égard des grenouilles. Il nous dépeint comme d'impénitents séducteurs, esclaves de leur estomac et un tantinet paresseux ou bien comme de dangereux chauffards doublés d'affreux exhibitionnistes dont l'haleine empeste l'ail. Quant à notre pays, il prend sous sa plume des allures de tiers monde. Une contrée où il fait certes beau et chaud mais dans lequel il faut renoncer au confort de la vie moderne.


On devine cependant que ces petites piques tiennent plus de l'amicale taquinerie que de la vraie moquerie. A l'instar de son personnage, Peter Mayle semble réellement amoureux de la Provence et du french way of life. Il ne se lasse pas de décrire les mille et un petits riens qui rendent la vie si douce : les marchés et ses myriades de saveurs, les flons-flons et les accordéons de la fête du village, les repas pantagruéliques et, forcément, les inévitables parties de boules.

C'est d'ailleurs la peinture de cette atmosphère qui constitue le principal, pour ne pas dire le seul, attrait du roman. La minuscule intrigue sur les méandres du négoce viticole et les arsouilles qui sévissent dans le milieu n'est que prétexte à une timide immersion dans le monde du vin tandis que ses personnages, s'ils sont joliment croqués, n'en restent pas moins assez convenus.

Cette histoire pleine de bonhomie constitue donc un gentil divertissement qui égayera vos vacances. Celles d'hiver, lorsque la pluie et le ciel gris vous donnerons des envies de soleil, de cigale et de pastis.

Nil Editions - Points - 2006

NOTRE-DAME DES TENEBRES - FRITZ LEIBER

Si la réputation de Fritz Leiber dans le domaine de la fantasy n'est plus à faire, ses incursions dans le fantastique sont beaucoup moins connues. Il a pourtant donné au genre d'excellents romans parmi lesquels "Ballets de sorcières" renouvelait de façon originale le thème de la sorcellerie en le dépouillant de son folklore. Original, "Notre Dame des Ténèbres" l'est tout autant. Il nous propose une sorte d'enquête ésotérique qui nous lance sur les traces d'un gourou qui aurait connu son heure de gloire au début du XXème siècle, à San Francisco. 

En compagnie d'un personnage qui partage beaucoup de points de communs avec l'auteur, nous voici donc lancés dans une quête tortueuse et aléatoire tandis que des entités paramentales se font de plus en plus menaçantes. Ses recherches lui feront parcourir la cité en tout sens, nous permettant ainsi de la découvrir sous tous ses aspects : toponymie, architecture, histoire, habitants... Elles le mèneront aussi auprès d'un riche collectionneur pour une discussion passionnante sur les Grands Anciens, Lovecraft, Clark Ashton Smith, Jack London et quelques autres.

Certains déploreront peut-être le manque d'action "physique", mais cette carence est largement compensée par les rebondissements de l'intrigue et la tension permanente qui imprègne le récit. Tout cela nous donne un roman singulier, érudit et bourré de clins d'oeil aux littératures du genre. Les amateurs apprécieront.

Denoël - Présence du Fantastique - 1991

HOMO DIVISUS - KONRAD FIALKOWSKI

Lorsque Stef Korn se réveille à l'hôpital après le terrible accident de voiture dont il a été victime, il se rend vite compte que les choses ont bien changées pendant son sommeil. S'il retrouve bien par moment certains repères familiers, c'est un univers futuriste qui, la plupart du temps, s'impose à lui. Combien de temps a donc duré son coma ? Pourquoi cette sensation de vivre sous contrôle ? D'où vient l'impression que son corps vit une vie indépendante pendant son sommeil ? Voici quelques-unes des questions auxquelles il va tenter de trouver une réponse. Ces réponses, Julius Terton les détient, lui dont l'esprit a été introduit dans le cerveau de Stef lorsque son propre corps est arrivé en fin de vie. Une situation qui ne l'enchante guère. C'est qu'il n'est pas partageur Julius, et il va tout faire pour rester seul...

Pour autant que je m'en souvienne je n'avais encore jamais lu de SF polonaise. C'est donc avec curiosité que j'ai entamé ce livre acheté au hasard d'un marché pour un euro symbolique. Mal m'en pris ! J'ai dû déployer des trésors d'obstination pour venir à bout d'une histoire incroyablement confuse et sans grand intérêt. A vrai dire, je soupçonne Konrad Fialkowski d'avoir voulu écrire un roman à la manière de Philip K. Dick, une histoire où réalité et monde virtuel s'imbriquent et interagissent. 

Le résultat est cependant à des années lumières d'œuvres comme "Ubik" ou "Le maître du haut château". Les repères manquent, le fil conducteur est ténu et l'on se demande sans cesse à qui ou quoi l'on a affaire, où l'on se trouve... Il m'aura ainsi fallu attendre la moitié du livre pour comprendre que deux personnages cohabitaient dans un même corps qui lui-même évoluait sur deux plans différents. J'ai peut-être l'esprit un peu lent mais tout cela m'a paru beaucoup trop embrouillé et ne débouchant finalement sur pas grand-chose. Et comme les personnages, hormis le "héros", manquent cruellement de profondeur, ne sont qu'esquissés ou ne font que de brèves apparitions, on aboutit à un résultat extrêmement pauvre. 

Alors, rien à retirer de ce livre ? Eh bien non ! Sauf peut-être une réflexion assez juste sur la perception du temps qui passe et la difficulté à s'adapter à un environnement qui évolue trop vite. 

«Homo divisus» est le dernier roman de la série Super-fiction publiée chez Albin Michel. Ce n'est pas ce qui s'appelle "finir en beauté" !

Albin Michel - Super Fiction - 1983

LE DERNIER DE SON ESPECE - ANDREAS ESCHBACH

Duane Fitzgerald est un cyborg. Un être humain modifié par l'armée américaine pour en faire un soldat d'élite, capable de performances inouïes et quasi indestructible. Enfin, sur le papier. Parce que dans les faits, on est bien loin du compte. L'électronique dont son corps est truffé a des ratés, son ossature en titane se grippe et sa pile nucléaire pourrait bien un jour lui jouer des tours. C'est d'ailleurs pour ça que lui-même et les autres Steel Men ont été mis en retraite anticipée. Pas assez fiables. Dépassés avant même que d'avoir servis. Duane vit désormais à Dingle, une petite ville de la côte irlandaise, où il partage son temps entre ses visites à la bibliothèque municipale, ses balades en bord de mer et la lecture de Sénèque. Sans oublier Bridget, la jolie directrice de l'hôtel Brennan dont il est secrètement amoureux et qu'il prend plaisir à rencontrer chaque fois que cela lui est possible. Une petite vie tranquille, rangée, austère. Jusqu'au jour où il est abordé par un avocat qui semble tout savoir de sa vraie nature, des conséquences sur sa santé et qui lui propose de faire un procès aux autorités américaines. Mais l'homme de loi est bientôt assassiné et pour Duane les ennuis commencent. 

"Le dernier de son espèce" nous raconte quelques jours de la vie d'un cyborg, ancien militaire devenu inutile, voire même vaguement gênant pour l'armée et les services secrets. Mais ceux qui pense avoir affaire à une histoire de surhomme ou d'universal soldiers à la Van Damme risquent d'être profondément déçus. Notre héros ressemble plus à un Terminator en phase terminale qu'à l'homme qui valait trois milliards et le récit accorde plus d'importance à la philosophie et à l'introspection qu'à l'action ou la violence. C'est d'ailleurs tout l'attrait de ce livre que de se pencher sur les états d'âmes d'un Steve Austin sur le retour dont la vie s'est transformée en chemin de croix à cause d'une mécanique défaillante. 

Nous découvrons son calvaire par le biais du journal qu'il tient. Une narration en temps réel puisque notre héros peut enregistrer ses pensées dès qu'elles se forment. Or, le fait que ce journal soit écrit au présent de l'indicatif lui donne une spontanéité remarquable. Les réflexions du narrateur sont prises sur le vif, sans cette distanciation que permettent habituellement les récits à l'imparfait. Nous pénétrons l'esprit même de Duane Fitzgerald. Nous devenons Duane Fitzgerald. Et ce que nous découvrons n'a rien de très réjouissant. Son quotidien est rythmé par les ennuis de santé tandis que les inconvénients liés à sa nature lui imposent de nombreuses contraintes (notamment l'obligation de n'ingurgiter qu'une horrible mixture). Privés de bien des joies, grandes ou petites, il lui est donc difficile de se projeter dans l'avenir et encore moins d'envisager une vie de couple ou la construction d'une famille. Pas davantage de réconfort côté passé puisque les nombreux flashbacks qui parsèment le récit ne nous montrent qu'une jeunesse difficile et sa douloureuse transformation en "surhomme". 


Triste et morose, l'atmosphère qui baigne le récit s'accorde bien à l'histoire. Il faut dire que l'Irlande se prête magnifiquement aux ambiances mélancoliques avec ses landes désertes, son ciel bas, le gris de la mer et l'ombre de l'IRA. D'une manière générale, le background est complet et réaliste. Les nombreux personnages secondaires (le docteur, la bibliothécaire, le musicien...) sont joliment croqués tout comme le petit village de Dingle, ses rues, son port et son pub. Même la Guiness est de la partie, Andreas Eschbach consacrant presque une page à la description d'une pinte de cette bière si particulière ! 

« Le dernier de son espèce » est donc un très beau livre, à la fois violente critique de la raison d'état et jolie réflexion sur ce qui fait la valeur d'une vie. L'intelligence d'Andreas Eschbach est de s'être attaché à l'homme plutôt qu'au super héros et d'avoir fait ressortir la profonde humanité de son personnage. Malgré ses transformations, malgré la volonté des militaires, Duane est resté un homme. Et c'est en homme qu'il entend finir sa vie. Un homme avec ses doutes et ses faiblesses, mais également doté d'une grande force morale. Un peu le triomphe de l'humain sur la machine, la victoire de l'individu sur le matricule.

L'Atalante - La Dentelle du Cygne - 2006

ROBUR LE CONQUERANT - JULES VERNE

A l'issue d'une réunion perturbée par l'irruption du mystérieux Rober, le président et le secrétaire du Weldon Institut sont kidnappés. L'auteur du rapt est ce même Rober qui entend prouver aux partisans du "Plus léger que l'air", la supériorité de son aéroplane. Et voici les deux malheureux compères embarqués dans un voyage aussi grandiose que dangereux.

On a souvent tendance à voir en Rober un Capitaine Némo des airs. Il est vrai que les deux romans (Robur le conquérant" et "Vingt mille lieues sous les mers") ont en commun un savant visionnaire ayant conçu un engin capable de sillonner des espaces jusqu'alors inaccessibles à l'être humain. Mais, si l'univers sous-marin est propice à l'action et l'aventure (Ah ! la bataille contre la pieuvre géante !), il n'en va pas de même du voyage aérien qui n'offre pour l'essentiel que de forts jolis points de vue. Bien sûr, il n'est pas désagréable de prendre de la hauteur pour visiter les cinq continents et quelques-unes de leurs merveilles. De ce point de vue Jules Verne ne nous vole pas. De l'Ouest américain aux steppes russes, de l'Himalaya aux capitales européennes, de l'Afrique sauvage aux vastes étendues glacées de l'Antarctique, il nous offre un panorama très complet de notre bonne vieille Terre.

Hélas, si la croisière est jolie, elle est aussi passablement ennuyeuse. Il y a bien quelques évènements qui viennent secouer notre torpeur : un typhon, une chasse à la baleine, le sauvetage de naufragés, l'attaque de l'armée du roi du Dahomey... mais cela reste tout de même assez anecdotique. En fait, on a davantage l'impression d'assister à un cours de géographie ou de climatologie qu'à une véritable odyssée aventureuse et il faudra attendre les tout derniers chapitres pour que le récit s'accélère et que les personnages commencent réellement à s'activer. Et encore. Une évasion, une explosion et la messe est dite.

Finalement, si l'on devait rapprocher ce roman d'une autre oeuvre de l'auteur, c'est plutôt du côté de "Cinq semaines en ballon" qu'il conviendrait d'aller voir. Sauf que cette fois, Jules Verne a délaissé la montgolfière au profit de l'aéroplane. Plus de vingt ans séparent les deux récits et il semblerait que dans l'intervalle les partisans du "Plus lourd que l'air" aient marqués quelques points. L'avenir leur donnera raison.

Le Livre de Poche - 1979


HORS CONTROLE - P-J HERAULT

C'est une bien mauvaise surprise qui attend Cal à l'occasion de ce nouveau réveil. HI, le super ordinateur qui le seconde en toutes ...