SILENCE ROUGE - FRANCOIS SARKEL

Francine et Stéphanie partagent une petite maison dans un quartier populaire de Reims. Une cohabitation pas toujours évidente pour Francine qui doit supporter la musique assourdissante de sa cadette, une ado fan de hard rock. Malgré tout, les deux sœurs sont très proches. Aussi, lorsque Stéphanie est abominablement assassinée, Francine plonge dans une profonde dépression et seule la volonté de débusquer l'assassin l'empêche de sombrer définitivement. Pressentant l'inefficacité de la police, elle décide de mener sa propre enquête avec l'aide de Maxime, un garçon sympa bien qu'un peu porté sur la bouteille et avec lequel elle entretient une relation épisodique. Ensemble, ils seront confrontés à la dangereuse secte des "Zélateurs du silence" et à leur chef, un psychopathe de la pire espèce...

Avec quelques scènes absolument écœurantes et gorgées d'hémoglobine, ce livre aurait eu toute sa place dans la collection "Gore" du Fleuve Noir. Pour le reste, il s'agit d'un roman un peu faiblard et quasi dénué de suspens. Dans ces conditions, on ne s'intéresse guère qu'à la façon dont les malheureuses victimes de cette secte "décibelophobe" vont être trucidées. Et là, l'auteur se lâche carrément. On y tue avec beaucoup de recherche et un grand sens de la mise en scène. Une sorte d'esthétisme macabre qui frise parfois le grand guignol. D'ailleurs, l'auteur emploi lui-même cette expression à une ou deux reprises, comme s'il entendait de la sorte prendre un peu de recul avec son histoire, nous rappeler que tout cela est à prendre au second degré, voire au troisième... 

De fait, plus que toutes ces descriptions sanguinolentes, c'est surtout l'atmosphère qui baigne le récit qui a retenu mon attention. Une ambiance cafardeuse, grise et pluvieuse qui n'est pas sans rappeler celle de "Dépression", un autre roman de François Sarkel. Les gouttières ne cessent de glouglouter, les murs suintent, l'humidité est partout. Les coupures d'électricité plongent régulièrement la ville dans l'obscurité et une odeur nauséabonde imprègne toute chose. Les héros eux-mêmes sont parfaitement raccords puisque l'on est coincé entre une dépressive profonde et un alcoolique notoire ! Bref, tout cela n'est pas bien gai et ce n'est pas la fin qui viendra y changer quelque chose, loin s'en faut.

Fleuve Noir - Angoisses - 1993

LA TERRE ETAIT ICI - MAXIME BENOIT-JEANNIN

Après la gigantesque guerre nucléaire qui a ravagé la Terre, les survivants se sont réfugiés sous les coupoles protectrices d'une gigantesque conurbation : Liparis. Celle-ci couvre la quasi totalité de l'Europe avec pour capitale Bureaucratis où siège la Chambre haute d'astrologie qui dirige d'une main de fer une population amorphe et soumise. Seule Station 5, la cité libertaire, s'oppose à son pouvoir hégémonique. Ses clans de loubards sèment partout la terreur et s'aventurent même dans les faubourgs de Bureaucratis. Mais ces hordes de motards sont-elles vraiment indépendantes ? Pourquoi Korch et Chronos veulent-ils s'emparer du pouvoir ? Et surtout, quel jeu jouent les anciennes colonies, Mars et Vénus ? 

Maxime Benoit-Jeannin se défend dans sa postface d'avoir voulu écrire un roman d'avant-garde. Cela n'empêche pas son livre d'avoir un petit côté expérimental. Mots en caractères gras pour souligner leur importance, flashs infos ou notices biographique s'intercalant entre les chapitres, noms farfelus des personnages, le style est assurément déconcertant. Mais, au-delà de ces libertés d'écriture, il m'a surtout semblé être le reflet de son époque : celle des années punk.


Cela se sent à la façon dont ses personnages vomissent l'establishment ou critiquent institutions politiques et populations moutonnières. Cela se sent aussi au ton employé, extrêmement cru et provocateur. L'intention de choquer est évidente et ce n'est pas un hasard si les scènes de sexe et de violence foisonnent, si le meurtre succède aux viols, le massacre à la torture. L'auteur ne fait preuve d'aucune pitié envers ses personnages, ne leur laisse aucun espoir, ne leur promet rien d'autre qu'une chevauchée sanglante et désespérée avec la mort au bout. No future !


Mais ce livre n'est pas qu'un exercice stylistique ou un pamphlet libertaire. Il possède aussi une véritable intrigue, une histoire d'espionnage et de manipulation, et l'on y rit souvent des références à notre XXème siècle décadent.


Petite remarque en passant : Brantonne n'a certainement pas lu ce bouquin avant d'en illustrer la couverture car ses motards à tête de chérubins sont bien loin des malfrats crasseux et obscènes du roman !


Kesselring - ici et maintenant - 1978

L'OMBRE DU VENT - CARLOS RUIZ ZAFON

Daliel Sempere est âgé de 10 ans lorsque son père lui fait visiter un lieu étrange connu de quelques rares initiés : le "Cimetière des livres oubliés". Il y découvre un livre de Julian Carax, écrivain mystérieux mort à Barcelone dans les premiers temps du franquisme. Fasciné par ce roman il décide d'en apprendre plus sur l'écrivain et son oeuvre. Bien qu'aidé dans son entreprise par Fermin, un ancien clochard plein de ressources, il se rend vite compte que son entreprise comporte maints dangers. Il y a d'abord cet homme au visage brûlé qui semble échappé d'un livre de Carax et qui souhaite réduire en cendres tous les livres de cet auteur. Il y a aussi, plus réel mais non moins dangereux, l'ignoble Fumero, le chef de la police de Barcelone qui semble s'intéresser de près à ses recherches. Il faudra en tout cas bien des années à Daniel pour faire toute la lumière sur l'écrivain maudit et éviter de commettre les mêmes erreurs que lui.

Ce livre que l'on m'a offert pour l'un de mes anniversaires prenait la poussière sur son étagère depuis déjà quelques années sans parvenir à capter mon intérêt. Et puis, à force de lire un peu partout des critiques élogieuses à son sujet, d'en entendre parler comme d'un best-seller incontournable, je me suis décidé à entamer la lecture de ce gros pavé. Et c'est vrai que ce roman ne manque pas d'intérêt. Grande et belle fresque de l'Espagne sous la férule franquiste, il nous propose une splendide peinture de Barcelone. Nous visitons en compagnie du jeune Daniel, ses quartiers populaires peuplés de petites gens bien sympathiques et ses banlieues huppées aux villas démesurées. Nous passons des salons de la grande bourgeoisie férue d'art aux taudis et aux hospices dans lesquels s'entassent les miséreux. Nous côtoyons les commerçants sans conscience et les culs bénis satisfaits d'un régime autoritaire mais aussi la foule de ceux qui subissent humiliations et répression. Bref, un gigantesque maelström de lieux et de personnages ainsi qu'un fabuleux chassé-croisé de destinées. 

Pourtant, ce livre m'a laissé un petit goût d'inachevé. Comment dire ? Un peu comme si l'on m'avait promis l'Everest et qu'au final je me retrouve à bivouaquer sur le Mont Blanc ! Sans doute est-ce en partie dû au fait que le début du roman a une petite connotation fantastique (des livres introuvables, le personnage échappé du roman, le cimetière…), une aura de mystère que l'on perd en cours de route sans que rien de plus excitant ne vienne les remplacer. Et lorsque le fin mot de l'histoire s'est enfin dévoilé, je n'ai pu m'empêcher d'être un peu déçu par une chute finalement assez logique, presque trop simple. Un peu l'impression d'une baudruche qui se dégonfle pour vous remettre brutalement les pieds sur Terre. Ceci étant, je dois avouer que j'ai lu les 600 et quelques pages de ce livre sans presque m'en rendre compte : un signe qui ne trompe pas quant à la qualité du bouquin ! 

Le livre de Poche - 2001

LA PLANETE GEANTE - JACK VANCE

Suite au sabotage de leur vaisseau, Claude Glystra et ses compagnons se retrouvent isolés sur la planète géante à plus de 60000 km de l'enclave Terrienne. Contraints d'entreprendre un voyage aussi long que dangereux, ils devront également déjouer les mauvais coups d'ennemis acharnés à leur perte...

Précédant le cycle de Tchaï d'une dizaine d'années, "La planète géante" peut être regardé comme une ébauche de la célèbre tétralogie de Master Vance. Tous les ingrédients que l'on retrouvera dans son oeuvre maîtresse sont en effet déjà là. Des terriens échoués sur une vaste planète et tentant de trouver le moyen de rallier la mère patrie, un long périple dans un monde à la faune et la flore surprenants, des villes, des états et des peuples aux cultures et coutumes extrêmement variés, des rencontres improbables, des dangers sans nombres, le tout dans une ambiance qui tient à la fois de la SF et de la Fantasy : la similitude est grande. Tout juste trouve-t-on en plus dans "La planète des géante" une petite histoire d'espionnage et de traîtres à confondre mais il s'agit davantage d'un prétexte que d'une véritable fin en soi.

Pour l'essentiel l'intrigue se résume donc aux pérégrinations de notre groupe  de terriens et aux rencontres, parfois bonnes, souvent mauvaises, q'ils feront en chemin. Ils déjoueront ainsi les manoeuvres des mystificateurs d'Edelweiss, échapperont aux hordes sauvages d'Atman le Fléau et rendront la monnaie de sa pièce au grand prêtre de la fontaine de Myrtlesee. c'est rondement mené, sans le moindre temps mort et souvent très drôle même si l'ami Vance n'hésite pas à faire disparaître un grand nombre de personnages. Il y a d'excellents moments et de jolies trouvailles comme la colonie de Kistendale dont tous les habitants sont millionnaires deux jours par semaine et triment comme des damnés les autres jours  : comble de l'orgueil ou mode de société égalitaire ? A vous de décider !

Plus généralement, il y a cette excellente idée d'une planète immense qui a recueilli et accueille encore tous les inadaptés, les rêveurs, les égoïstes, les farfelus, les sectaires, les ambitieux bref, tous ceux qui désirent vivre comme bon leur semble sur un monde neuf où l'espace ne manque pas.

Pocket - SF - 1978

PROMETHEE DE L'OMBRE - VINCENT VOX

Lorsqu'un confrère lui demande de s'occuper d'une patiente atteinte d'amnésie, le Dr Lasserre, psychiatre réputé sur la place de Paris, est d'abord tenté de refuser. Mais lorsqu'il apprend que l'amnésique est âgée de près d'un siècle et que, malgré cet âge avancé, elle a conservé l'apparence d'une jeune femme et attend un enfant, il accepte avec enthousiasme et décide de lui consacrer tout son temps. Afin de la sortir de son état catatonique, il entreprend de recréer l'atmosphère et les circonstances de son traumatisme. Ils emménagent donc dans le vieux manoir où Martine de Neuville, sa patiente, vécut le drame qui fut cause de son amnésie et au cours duquel son mari disparut et son assistant trouva la mort. L'expérience est couronnée de succès. Martine reprend goût à la vie et sa grossesse parvient à son terme. Mais la sombre demeure où ils ont emménagé recèle bien des secrets, lesquels ont peut-être un rapport avec la croissance accélérée de l'enfant de Martine et son appétence pour...le sang.

L'éphémère collection "Frayeur" du fleuve noir a édité dans les années 90 une trentaine de petits romans écrits pour la plupart par des auteurs peu ou pas connus. Une politique éditoriale qui a permis de révéler de nouveaux talents dont l'excellente Anne Duguel. Malheureusement la qualité ne fut pas toujours au rendez-vous et ce n'est pas ce roman de Vincent Vox qui me contredira. 

Je suis pourtant "bon public" et lorsque je décide de m'envoyer un bouquin d'épouvante, genre où l'on trouve à boire et à manger, je suis d'avance disposé à faire des concessions. Je conçois même volontiers que l'ouvrage ne soit pas foncièrement original et vampires, fantômes et loups garous ne me rebutent nullement. Mais dans ce roman, l'auteur accumule les clichés (le manoir délabré, les souterrains humides avec laboratoire secret et oubliettes, les villageois suspicieux, le savant maudit, un vieux grimoire...) sans que rien ne vienne compenser ce manque d'originalité. Les meurtres ne sont pas franchement gore, l'humour est inexistant et même ses scènes de cul manquent de conviction ! Et comme en plus l'intrigue est rapidement éventée, cela nous donne un roman mou du genou et insipide. 

Alors on pourra toujours me dire que son vampire est d'un genre particulier ou que ses morts-vivants diffèrent quelques peu des habituels zombies. C'est vrai. Mais ça n'est quand même pas suffisant pour retenir mon intérêt et seule l'envie de savoir ce qui s'est passé un siècle plus tôt entre le triangle amoureux mari/femme/amant m'a poussé à finir le roman. Alors si vous croisez ce livre chez un bouquiniste, passez votre chemin ! Vous trouverez sans doute bien mieux à lire dans votre PAL.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995


LARCHMÜTZ 5632 - JEAN-BERNARD POUY

Adrien et Benno viennent d'être réveillés. Comme çà. D'un coup. Sans crier gare. Après un long sommeil de 25 ans. Vingt-cinq longues années à jouer les pécores dans la Bretagne profonde. Vingt-cinq ans à traire les vaches et regarder pousser les patates. Mais le temps n'a pas eu raison de leurs convictions et, sitôt reçu le signal de l'Orga, les voici prêts à reprendre le combat. Mais quel combat au juste ? Contre qui ? Et pour le compte de qui ? 

J'ai littéralement dévoré cette histoire de gauchistes vieillissants qui reprennent du service avec l'idée de s'en payer une dernière bonne tranche. Difficile en effet de ne pas s'attacher à ces soixante-huitards sur le retour qui, malgré les années, les femmes et les gosses, ont gardé leurs vieux réflexes et un peu du feu sacré qui les animait autrefois. Bien sûr, ils ne croient plus beaucoup à la dialectique trostsko-anarcho-maoïste, au Grand Soir et aux lendemains qui chantent. Mais qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. Car tout ce qu'ils demandent Benno et Adrien, c'est de s'étourdir encore une fois, faire comme si rien n'avait changé et retrouver un peu de leur jeunesse disparue. Et on se prend au jeu nous aussi. On est impatient de voir ce qui les attend. Et l'on ne sera pas déçu. Ce qui commence un peu à la façon d'une blague de potache, prend des couleurs nettement moins gaies et tourne au mauvais polar et à la conspiration nauséeuse.

La qualité du bouquin tient aussi à son ton percutant. Un style très "parlé" avec un petit côté à la Audiard qui colle parfaitement à cette comédie dramatique et douce-amère. En fait, "Larchmütz 5632", c'est surtout un livre sur le temps qui passe. Sur les gens qui changent et les saloperies qui, elles, restent immuables. Sur la société qui ne va pas bien et sur les gens qui s'en foutent. Jean-Bernard Pouy y porte un regard désabusé sur un monde pas joli joli et sur la perte de nos illusions. Mais comme le dit Adrien : « l'important c'est d'avoir fait quelque chose, d'avoir essayé. Même misérablement. » 

Quant à Larchmütz, c'est juste le nom de leur maison, une longère de granit couverte de jolies ardoises toutes bleues. Et 5632, c'est le matricule de Momone, la vache télépathe qui observe tout çà d'un regard pas si bovin. Mais je vous laisse la découvrir par vous-même.

Gallimard - Folio Policier - 2001

LE FIN DU REVE - PHILIP WYLIE

En 2023, l'humanité est au bord de l'extinction et les quelques communautés encore organisée qui subsistent de par le monde tentent désespérément de préserver ce qui peut encore l'être. C'est dans ce contexte que Willard Gulliver a entrepris de réunir, pour l'édification des générations futures, les archives et les témoignages qui illustrent le mieux la façon dont l'homme a détruit son environnement. 

Bien qu'écrit il y a presque 40 ans, ce livre reste d'une actualité brûlante et il est ahurissant de constater que les maux qui y sont dénoncés n'ont pas été stoppés. Le combat écologique est malheureusement plus que jamais à l'ordre du jour et la sauvegarde de notre environnement un enjeu majeur. Pourtant, la démonstration de Philip Wylie, remarquable de réalisme, est de nature à inciter les plus acharnés pollueurs à modérer leurs ardeurs. Par le biais d'articles de journaux, d'interviews, de témoignages ou de rapports, il nous montre comment l'homme parvient à détruire son environnement et à hypothéquer gravement son avenir alors même qu'il est conscient des risques qu'il encoure. Bien sûr l'auteur force le trait. Nous n'en sommes pas encore arrivés à de telles extrémités. Mais si ses descriptions nous font froid dans le dos, c'est que nous devinons qu'il n'est pas si loin de la réalité. Certaines des catastrophes qu'il nous décrit commencent d'ailleurs à pointer le bout de leur nez.
 
Quelques exemples ? : 
- la pollution des rivières : les nôtres ne sont pas encore devenues explosives mais charrient quantité de molécules pharmaceutique qui stérilisent les poissons et risquent de la rendre impropre à la consommation. 
- la qualité de l'air : nous ne connaissons certes pas de conditions atmosphériques pouvant transformer Manhattan en une gigantesque chambre à gaz mais les pics de pollutions à l'ozone sont devenus monnaie courante dans la plupart des grandes agglomérations. 
- l'état de nos mers : pas encore de vers carnivores, mais de nombreuses espèces (baleines, thons, anchois) sont en voie d'extinction et leur disparition pourrait être la cause d'une rupture de l'équilibre entre les espèces. 
- la radioactivité : malgré Tchernobyl, la France continue sa politique du tout nucléaire sans même savoir ce qu'il adviendra des déchets de ses centrales. 
- sans oublier, le dérèglement climatique, le recyclage des déchets...
         
Plus qu'un roman, ce livre est donc un plaidoyer en faveur d'une attitude raisonnée de l'homme envers son milieu naturel. C'est aussi un appel au passage à l'acte. Nous voici parvenus à cet instant crucial où l'on sait ce qui nous attend et où il est encore possible d'agir efficacement pour enrayer l'inéluctable. Mais en serons-nous réellement capables. Philip Wylie, lui, ne se fait guère d'illusions. Il sait bien, comme nous même aujourd'hui, que la recherche du profit et l'absence de conscience écologique sont la cause de ce désastre. Il sait aussi que tant que les industriels seront assez puissants pour imposer leurs vues aux politiques, rien ne pourra réellement changer. 

Tout espoir serait donc perdu ? Peut-être pas. Et peut-être aussi que des livres comme celui-ci permettront une prise de conscience tardive mais salutaire. A défaut, ce sera bel et bien la fin du rêve. Et sans doute même le début du cauchemar.

Le Livre de Poche - SF - 1980

LES PIERRES SAUVAGES - FERNAND POUILLON

Au XIIème siècle, le récit journalier de la construction d'une abbaye cistercienne.

"Comme tout se termine en bilan, je laisse ce cahier de petits faits, de personnages. Il résume l'histoire de la naissance d'une abbaye". Ces mots que Fernand Pouillon place sous la plume de son personnage définissent parfaitement le contenu de son roman. Grâce au témoignage d'un maître d'œuvre, nous assistons à l'édification de l'abbaye du Thoronet dans l'arrière-pays provençal. Nous découvrons avec lui les difficultés techniques, financières ou humaines qu'il faut aplanir jour après jour. Nous voyons vivre et grandir la petite communauté religieuse au fil des saisons. L'été sous le soleil et dans la poussière, l'automne qui gonfle les rivières et provoque des inondations, l'hiver qui engourdit tout un chacun...et nous assistons à ces milles et un menus faits qui font la vie de ce chantier.

Ce roman est aussi un vibrant hommage au petit monde des artisans : Paul le tailleur de pierre, un fort en gueule aux opinions bien arrêtées, Joseph le maître potier fier de son art et un peu porté sur la bouteille, mais également la foule des anonymes, frères convers, manœuvres et paysans.


Bel ouvrage sur la puissance de la foi, sur l'amour de son métier, sur l'humilité et la capacité à se sublimer pour réaliser ses idéaux, "Les pierres sauvages"  vous fera regarder autrement les bâtiments religieux qui parsèment la France.

Le Livre de Poche

VISITEURS D'APOCALYPSE - JEAN-PIERRE ANDREVON

Une dizaine de personnes se retrouvent coincés à l'intérieur d'une grotte alors que des événements tragiques (guerre nucléaire, catastrophe naturelle ?) semblent se dérouler au dehors. Lorsqu'ils émergent, aucune trace de conflit mais un brouillard épais qui dissimule tout et quelques militaires qui leur enjoignent de rallier un camp de regroupement dans le sud. Mais, de la Bresse à la Camargue, le chemin est long et la route dangereuse...

Lorsqu'il écrit ce livre en 1990, Jean-Pierre Andrevon compte déjà à son actif un grand nombre de récits post apocalyptiques, romans ou nouvelles. Dans ces conditions, pouvais-je raisonnablement espérer un peu de neuf de sa part dans ce genre qu'il a évoqué à tant de reprises ? Sans doute, puisqu'il s'agit d'un thème qui offre de vastes perspectives et dans lequel il s'est encore illustré par la suite et jusqu'à tout récemment avec « Avant le dernier jour ». 


Avec ce roman toutefois, la surprise n'est pas au rendez-vous et les mésaventures de sa poignée de français moyens ont un côté « déjà lu » très marqué. Les circonstances de leur survie, leur errance dans une France déserte, les mauvaises rencontres (chiens, rats ou bandes armées) sont certes bien rendues mais ne sont pas franchement originales, loin s'en faut. Il y a bien quelques jolies séquences telles l'attente au fond d'une grotte, dans l'obscurité totale et l'incertitude quant aux évènements du dehors ou une superbe scène d'agapes dans un hypermarché, mais cela ne suffit pas à le démarquer de bon nombre de récits du genre. 


Malgré tout, ce roman ne manque pas d'intérêt. Jean-Pierre Andrevon a assez de métier pour entretenir ce qu'il faut de suspens et nous entraîner à la suite de ses personnages. Des personnages qui forment un joli panel de notre société et qui, malgré la minceur du livre, bénéficient d'un traitement en profondeur. Leurs sentiments, crainte, désespoir, désirs, petites et grandes lâchetés nous sont dévoilés au fil du récit et lui apportent un "plus" certain. Et puis il y a la révélation finale qui, j'en suis sûr, en surprendra plus d'un ! Car si l'on s'attend bien à ce que l'histoire ne se termine pas avec du champagne et des confettis, la noirceur de la chute n'en est pas moins étonnante et m'a fait songer au "Génocides" de Thomas Disch. Alors, malgré un scénario un peu trop classique, « Visiteurs d'apocalypse » est un petit roman très recommandable que vous lirez d'une traite !


On notera aussi que la jolie couverture du bouquin est de J-P Andrevon himself. Pas mal non !


Fleuve Noir Anticipation - 1990

LE COCHONS SONT LACHES - FREDERIC DARD

Les inspecteur Bérurier et Pinault s'envolent pour l'Argentine pour venir en aide à un compatriote accusé d'un meurtre sordide...

Je viens de lire mon premier San-Antonio. "Les cochons sont lâchés" que ça s'appelle. Eh ben mes cadets, y'a pas qu'les cochons qui se sont lâchés ! L'auteur aussi a ouvert les vannes. En grand. Résultat : trois cent douze pages en dessous de la ceinture. Remarque, il ne nous prend pas en traître le Fredo. Il annonce même la couleur en quatrième de couv' : "Si un jour on te demande quel est le plus gaulois des San-Antonio, le plus vert, le plus salingue, le plus rabelaisien, le plus scatologique, le plus grivois, le plus too much, réponds sans hésiter que c'est "Les cochons sont lâchés". 

Alors pour le coup, y'a pas tromperie sur la marchandise. exception faite d'une ch'tite enquête sur une histoire de captation d'héritage, il n'est question que de cul, de ce qu'on peut y mettre et de ce qui en sort. En voiture ou en avion, par devant ou par derrière, en couple ou à plusieurs, ça ne fait que copuler. Ça ramone, ça cunilingue et ça turlute, avec un Bérurier en chef d'orchestre qui fait feu de tout bois grâce à sa braguette magique. Et quand ça baise pas, ça chie ! Et cette fois, c'est Pinochet qui s'y colle. Le vieux débris a des ennuis gastriques. Ca s'entend, ça se sent et ça se voit. Concerts de pets, flatulences nauséabondes et explosions diarrhéiques. Le bruit, l'odeur et même l'image. En couleur et en 3D.

La forme est complètement raccord avec le fond. Argot de Titi parisien, jeux de mots lourdingues, onomatopées explicites, orthographe approximative, c'est un florilège de truculence et d'humour qui tâche. C'est pas que ça me gêne et même, par moment, je m'suis copieusement poilé. Mais ce fader cette gymnastique linguistique sur trois cent pages, ça use !

Porno et scato, ce 148ème San-A n'est sans doute pas représentatif de l'oeuvre monumentale de Monsieur Dard. Faudra donc que j'y retourne, histoire de me faire une idée plus précise du machin. Et comme c'est pas le choix qui manque...

Fleuve Noir - San Antonio - 1991

SILENCE ROUGE - FRANCOIS SARKEL

Francine et Stéphanie partagent une petite maison dans un quartier populaire de Reims. Une cohabitation pas toujours évidente pour Francine ...