HEYOKA WAKAN - JEAN-LOUIS LE MAY

La confrontation entre l'est et l'ouest a fini par avoir lieu et le feu nucléaire s'est abattu sur Terre, détruisant, irradiant, vitrifiant. Seul continent épargné : l'antarctique où américains et soviétiques s'observent en chiens de faïence, maintenus à distance respectueuse par l'éloignement et les conditions météorologiques. Confortablement installés dans leurs stations suréquipées, ces survivants, militaires et scientifiques, souffrent de leur isolement. L'inaction leur pèse et l'absence de nouvelles sape leur moral. Dans ces conditions particulières, parviendront-ils à surmonter leurs différences et à donner une chance à l'humanité de repartir sur de nouvelles bases ou se laisseront-ils guider par la haine et le ressentiment ? L'américain Adam Scott et le russe Yvan Kostlof ont fait le choix du rapprochement. Mais quand l'idéologie, le sexe et la vengeance s'en mêlent, tout est possible...

"Heyoka Wakan" occupe une place originale dans l'univers du post-apo. Ici, l'apocalypse n'est que suggéré par l'auteur et imaginé par les personnages. La guerre et son cortège de destructions ne sont donc pas réellement palpables, les survivants évoluent dans un environnement encore intact et bénéficient même d'un confort tout à fait convenable. De fait, la plupart des incontournables du genre se trouvent absents du récit. Pas de villes désertes, pas de bandes armées, pas de lutte quotidienne pour la survie. 

Toutefois, pour intact qu'il soit, leur univers n'est pas pour autant dénué de dangers. Il y a le froid bien sûr, la neige, le blizzard et, plus dangereuse encore, la tempête qui prospère sous les crânes de tous ces miraculés. Sans nouvelles de leur pays et de leurs proches, ignorants les développements de la guerre, ils sont prêts à tout pour rompre la monotonie des jours et faire cesser l'angoisse qui les ronge. Et c'est précisément cet aspect psychologique que Jean-Louis Le May explore dans son roman. Il le fait d'ailleurs plutôt bien et les sentiments des personnages, la confusion qui les habite, sont correctement rendus. 

Malheureusement le sujet est une peu faible pour nous tenir en haleine pendant 220 pages. L'auteur brode donc un peu et s'étend avec beaucoup de complaisance sur l'activité sexuelle débridée de ses personnages. Cà copule dans tous les coins, en couple ou en groupe, entre hommes ou entre femmes, hétéros et lesbiens confondus, et si Le May parvient à ne pas sombrer dans le scabreux c'est seulement grâce à l'humour avec lequel il nous raconte tout ça !

Bref, malgré un style bien agréable et des personnages assez convaincants, j'ai été déçu par ce livre au sujet prometteur dont j'attendais beaucoup. Sans doute trop. En fait, plus qu'un véritable post-apo, "Heyoka Wakan" est un roman sur le froid, l'isolement et la folie des hommes. Une lecture sympathique, sans plus.

Fleuve Noir Anticipation - 1980

OEDIPE ROI - DIDIER LAMAISON

Le mythe d'oedipe, roi de Thèbes marqué par une destinée tragique.

Sur la couverture de ce roman il est indiqué "Traduit du mythe par Didier Lamaison". Une façon pour l'auteur de faire preuve de modestie et de s'éclipser derrière le célèbre mythe d'Œdipe. Il faut dire que passer derrière Sophocle pour nous conter la triste histoire de ce roi parricide et incestueux relève de la gageure. Mais, à la différence du grand tragédien, il ne s'agit pas ici de théâtre mais d'une enquête policière, d'où la présence de ce livre dans la série noire. 


Et c'est Oedipe lui-même qui joue les détectives pour confondre les meurtriers de Laios, le roi auquel il a succédé. Son enquête est bien sûr un peu particulière puisqu'il interroge aussi bien les témoins oculaires que les devins mais surtout parce que l'assassin qu'il recherche n'est autre que lui-même ! Cela nous donne en tout cas l'occasion de nous replonger dans ce classique grec auquel l'approche originale de l'auteur donne un petit coup de jeune. Le résultat en est vraiment sympathique, plus facile d'accès que la pièce de théâtre et cependant très respectueux de son illustre prédécesseur. J'en retiendrais plus particulièrement les dialogues entre Oedipe et Tirésias que j'ai trouvé forts savoureux.


Gallimard - Série Noire - 1994

LA VOIE DU CYGNE - LAURENT KLOETZER

Pour le professeur Jéophras Dénio, la journée commence plutôt mal. A peine remis de l'échec de sa première tentative de vol mécanique, il apprend que sa pupille a été emprisonnée pour le meurtre du prince de Céthys. Convaincu de l'innocence de Carline et bien déterminé à la sauver, il rend visite à Jaran chez qui s'est déroulée la soirée au cours de laquelle le meurtre a eu lieu. Ce dernier, frère jumeau du prince de Dvern, le charge alors de faire la lumière sur cette affaire. Le voici donc lancé dans une dangereuse enquête qui le conduira à soupçonner tour à tour les personnages les plus puissants du royaume.

Cela fait bien longtemps que je ne m'aventure plus qu'avec circonspection dans le domaine de la fantasy. Non qu'il s'agisse d'un genre qui me déplaise, mais j'ai été déçu par tant de tolkienneries insipides que je m'en suis progressivement éloigné. Avec ce livre de Laurent Kloetzer j'ai pourtant fait une bonne pioche. Il parvient en effet à se démarquer de la production sus-mentionnée de bien des façons. Son univers tout d'abord, fouillé, original et qui, avec son atmosphère de renaissance italienne, nous change agréablement du sempiternel background médiéval. Exit aussi la magie, la sorcellerie et autres effets de manches de vieux croûtons enchapeautés. Place à la raison et à la réflexion scientifique ! Les personnages ne disposent pas de "talents" ou de "pouvoirs" particuliers et utilisent juste leur cervelle pour tracer leur route. Ce qui ne les empêche pas d'être foutrement intéressants, Jeophras denio en tête, savant plus très jeune, grincheux mais recelant un cœur d'or, mais aussi Carline, jeune femme pleine de fougue et d'idéaux ou encore Alexis, le gavroche local.


L'intrigue est au diapason du décor. Surprenante, absolument pas manichéenne mais au contraire multiple et retorse. Elle nous est dévoilée d'une façon singulière et originale au grès de chapitres qui alternent le présent avec l'enquête de Jéophras, le passé proche et la partie de jeu de l'oie dans le palais de Jaran et enfin, l'enfance des protagonistes du crime, seize années plus tôt. Bref, trois niveaux de narration qui s'interpénètrent pour nous donner les clés du mystère.


La cité de Dvern dans laquelle se déroule l'essentiel du roman est également digne d'intérêt. Remarquablement décrite, c'est un véritable plaisir que de se perdre dans ses ruelles et ses tavernes, visiter églises et palais semi-troglodytes ou s'aventurer dans la petite Dvern, enclave mystérieuse et entièrement soumise aux caprices d'un prince.

Une seule petite réserve à mon enthousiasme : le clin d'œil un peu trop marqué à la mythologie grecque. Bien sûr, le jeu de l'oie est l'une des représentations du labyrinthe dont le plus célèbre est sans doute celui imaginé par Dédale pour y enfermer le Minotaure. Pour autant, était-il nécessaire de calquer à ce point le récit sur les aventures de Thésée, Minos, Arianne, Icare et Egée? Je trouve pour ma part que cela n'apporte pas de valeur ajoutée au récit et lui enlève même une part de son originalité. Mais rassurez-vous, tel quel, ce roman demeure très recommandable et vous fera passer un bien bon moment.

Gallimard - Folio SF - 2001

LA CAPITAINE NILIA - PAUL D'IVOI

De retour en Egypte après des aventures mouvementées en Océanie (cf : Corsaire Triplex), Robert Lavarède prend la tête de la rébellion contre l'occupation britannique. Il sera aidé par son incontournable cousin Armand et par sa fiancée Lotia, héritière des derniers pharaons. Il recevra aussi l'appui inattendu de Jack Price, un britannique qui se découvre français, et de Nilia une jeune femme dotée du don de double vue. Toutes ces bonnes volontés ne seront pas de trop pour surmonter les sombres manœuvres de l'infâme Kaufmann et la détermination de Sir Lewis Bigun, commandant en chef des troupes anglaises.

C'est donc avec "La capitaine Nilia" que prennent fin les incroyables aventures de Robert Lavarède en Egypte. L'occasion de renouer avec les décors déjà évoqués dans le "Cousin de Lavarède" et de voyager à nouveau le long du Nil, du Caire à Assouan, de la vallée des rois aux Alpes Abyssiniques. Les personnages aussi nous sont connus, à l'exception des frères Price et de l'énigmatique Nilia qui sont d'ailleurs les véritables héros de ce roman. En effet, si les cousins Lavarède continuent de jouer un rôle de premier plan, ce sont bien les prédictions de Nilia et les relations tendues entre Jack et John, l'un fidèle à la Grande-Bretagne et l'autre découvrant son attachement à la France, qui influent le plus sur le cours de l'histoire.


Celle-ci, bien que toujours aussi romanesque (échange de bébés, amours contrariées), est plus sombre que les précédentes. Elle débute pourtant de façon assez légère et avec beaucoup d'humour. Je pense notamment à l'évasion de Robert grâce à l'avarice d'un vieux grippe-sous ou aux tours pendables joués aux militaires britanniques. Mais très vite, les choses deviennent plus sérieuses et le récit prend un tour dramatique. La guerre s'installe pour de bon, les morts se comptent par milliers et même des personnages de premier plan tirent leur révérence. 

Dans ces conditions, les scènes de combats sont nombreuses et constituent l'essentiel de l'action. Pour le reste il faut compter avec quelques courses poursuites à travers le désert et les dangers que représentent la faune locale. Mais pas d'inquiétude. Nos héros s'en sortent comme toujours grâce à leur esprit d'à-propos et par la présence bienvenue de nombreux passages secrets (pas moins de trois tout de même !). Pour faciliter leurs entreprises, ils peuvent aussi compter sur quelques inventions, sinon futuristes du moins ingénieuses comme les aqua-raquettes qui leur permettent de se déplacer sur l'eau. Sans oublier bien sûr le Karrovarka, ce véhicule blindé et amphibie qui, disparu à la fin de "La Diane de l'archipel", fait ici sa réapparition.

Mais ce qui frappe le plus à la lecture de ce livre, c'est le ton employé par Paul d'Ivoi à l'égard des britanniques. Jusqu'alors gentiment moqueur, il devient franchement hostile et revanchard. L'Angleterre mercantile et colonialiste est fustigée à chaque page tandis que la France de 1789 et de Napoléon est érigée en modèle. Il n'est que de lire la page 274 du présent livre (éditions J'ai lu) pour s'en rendre compte : « or, pour les Africains, France signifie bonté, Angleterre représente l'idée de rapine et de meurtre » !

Ce chauvinisme, déjà bien présent dans les précédents volumes des "voyages excentriques", est ici tellement exacerbé qu'il en devient ridicule. Pour comprendre cette attitude il convient sans doute de replacer ce livre dans son contexte historique. Ce roman a été écrit en 1898, c'est à dire l'année même de l'humiliation de Fashoda qui sonne le glas de l'expansion française en Afrique de l'est. Il n'est donc pas étonnant d'y trouver une certaine rancœur à l'égard de la perfide Albion. Et pour le coup Monsieur d'Ivoi s'en donne à cœur joie ! Les cocoricos du coq gaulois retentissent à chacun des succès de l'insurrection égyptienne tandis que les réflexions sarcastiques pleuvent sur nos voisins d'outre-Manche.  

La fin du roman est encore plus naïve et cocardière. Prenant ses rêves pour la réalité, Paul d'Ivoi réécrit l'histoire à sa convenance. Il imagine un monde où les colonies britanniques secouent le joug de leur oppresseur et accourent dans le giron de la France. Un monde dans lequel les valeurs républicaines supplantent l'arrogance d'une monarchie agonisante et où le commandant Marchand devient prince de Fashoda...

J'ai Lu - Voyages Excentriques - 1982

REQUIEM POUR DIX CERVEAUX EN FUGUE - JEAN-PIERRE ANDREVON

Mark Sidzik est un astrophysicien d'une quarantaine d'années qui rend à l'occasion de petits services au World Ethics and Resaerch, une ONG qui œuvre à la moralisation de la recherche scientifique. Alors qu'il enquête sur les récentes révélations d'une scientifique américaine, d'autres chercheurs ayant comme elle travaillés dans l'équipe du Dr Kramer, sont assassinés. Un groupuscule mystérieux, « les gardiens des commandements divins » ayant revendiqué les meurtres, les survivants décident de se mettre sous la protection du FBI. Profitant de sa ressemblance avec l'une des victimes dont la mort a été tenue secrète, Mark se joint à eux avec la ferme intention de démasquer le meurtrier.

Interrompue aujourd'hui, la collection "Quark noir" s'était donné pour objectif l'édition de romans noirs dont l'intrigue se déroule ou puise certains de ses ingrédients dans le domaine scientifique. Elle marchait aussi sur les brisées du "Poulpe" puisque, si chaque livre était écrit par un auteur différent, le héros en demeurait inchangé. Un héros un peu trop lisse à mon goût, avec un côté "gendre idéal" légèrement agaçant. Il ne boit pas, ne fume pas (si, si, il baise !), il est végétarien et aime beaucoup sa grand-mère. Est-ce Jean-Pierre Andrevon qui a déterminé ces traits de caractère ou bien s'est-il contenté de reprendre à son compte ceux initiés par les autres "géniteurs" du personnage ? Pour le savoir il faudrait lire les 3 romans qui précèdent celui-ci. Un exercice qui serait loin de me rebuter (j'aime beaucoup Richard Canal et Pierre Bordage) main je n'ai malheureusement pas leurs bouquins sous la main ! 

J'ai en tous cas apprécié la première partie de l'histoire grâce notamment aux lieux évoqués. Le Chinatown de la porte d'Ivry, des ateliers d'artistes, un petit laboratoire au cœur du bois de Vincennes composent des décors qui s'accordent bien avec les différents protagonistes et les premiers meurtres. Le rythme de l'enquête est soutenu et les suspects nombreux. Cà cause, çà s'agite, çà conjecture et çà assassine, bref, pas une seconde d'ennui. 

Malheureusement cela ne dure pas. Nos scientifiques s'envolent pour le nouveau monde, s'enferment dans un ranch paumé et le temps passe alors beaucoup moins vite. Pour eux comme pour nous. Ils s'observent, s'engueulent, se dénoncent mais ne tentent rien pour démasquer l'assassin. Même notre héros sans peur et sans reproche reste remarquablement sage. L'hécatombe peut donc continuer et nous assistons alors à une resucée des "10 petits nègres". Sauf qu'ici les meurtres ne suivent pas les strophes d'une comptine mais sont le reflet de chacune des 10 plaies d'Égypte. Dès lors, il ne nous reste plus qu'à parier sur le nom de la prochaine victime et la nature de son trépas en attendant un final un peu trop rapide à mon goût.

Un petit mot pour finir sur le côté "scientifique" du bouquin. Jean-Pierre Andrevon me semble avoir respecté le cahier des charges. Le livre fourmille de scientifiques (les fameux 10 cerveaux) dont les recherches sont au cœur de l'intrigue. Et surtout, il y a la "slavine" cette mystérieuse molécule dont le nom (de l'anglais "slave" = esclave) laisse deviner ses effets sur les personnes qui l'ingère.

Flammarion - Quark Noir - 1999

HORS CONTROLE - P-J HERAULT

C'est une bien mauvaise surprise qui attend Cal à l'occasion de ce nouveau réveil. HI, le super ordinateur qui le seconde en toutes choses et dirige sa base secrète, semble avoir oublié ses ordres et obéit de nouveau aux Lloys. Traités comme des intrus qu'il convient d'éliminer, Cal et Giuse doivent fuir en urgence et trouvent refuge sur l'une des îles du grand archipel. Aidés de leurs fidèles androïdes, ils parviendront à reprendre le contrôle de la situation, non sans avoir au préalable joués les corsaires et être intervenus dans la destinée d'un état insulaire et de quelques-un de ses habitants.

 Si le troisième volume des aventures de Cal avait introduit un peu de neuf dans l'existence de notre demi-dieu, avec « Hors contrôle » PJ Herault est retombé dans un rythme plus routinier. Son schéma est quasi identique à celui du précédent et alterne immersion dans le passé et épisodes plus "futuristes" liés à la technologie Lloy. Ce sont d'ailleurs ces scènes qui permettent à P-J de nous injecter notre dose de SF car, pour l'essentiel, l'action est centrée sur l'évolution de nos héros dans une reproduction des Antilles à l'époque de la flibuste. 


Cela nous donne de chouettes combats entre frégates et sloops avec ce qu'il faut d'abordages et de canonnades, de sabre et de poudre. C'est très réaliste (P-J a dû pas mal se documenter sur la marine à voile du XVIIIème), c'est bourré d'action et sans temps mort avec juste une ch'tite romance pour souffler un peu entre deux combats. Par contre l'auteur recoure un peu trop facilement aux raccourcis et aux coïncidences bien pratiques. La preuve : nos héros débarquent à peine avec une cargaison à vendre qu'un jeune homme paré de toutes les qualités leur propose son aide, ils souhaitent acheter une demeure, le cousin est "agent immobilier", ils sauvent deux sœurs, elles tombent immédiatement amoureuses de nos deux compères. 


Cette petite réserve mise à part, on prend toujours un plaisir naïf à suivre les aventures de Cal et à voir évoluer les habitants de la planète Vaha, même si cette incursion de Cal dans la destinée de ses "ouailles" n'est pas la plus significative et aura pour seul mérite de les doter de la banque, des chèques et du boulier. Le capitalisme est pour demain ! 


Alors que dire de plus sur cette épopée ? Que çà se lit toujours très bien. Oui. Que son petit côté merveilleux est bien sympathique. C'est encore vrai. Mais quand même, cela commence à ronronner dangereusement. Alors j'espère un peu plus de surprises dans le prochain épisode.


Fleuve Noir Anticipation - 1979

FUHRER PRIME TIME - JOHAN HELIOT

Shakira Miuy, présentatrice vedette de l'émission Elixir ADN et Cuzco son assistant, peuvent être ravis. Ce soir les téléspectateurs sont au rendez-vous et la courbe d'audience atteint des sommets. Quoi de plus normal lorsqu'on anime un débat entre Elvis Presley et Adolph Hitler ! Ou plutôt entre leurs zombots, ces clones provisoires fabriqués à partir de leur ADN et appartenant aux états où reposent leurs restes. Mais, alors que l'émission prend fin, un commando parvient à kidnapper la réplique de Hitler et le pauvre Cuzco, va se retrouver mêler à un complot dont les enjeux le dépassent.

Sous ce titre un rien racoleur se cache un petit roman percutant et bien sympathique. Avec seulement une centaine de pages pour s'exprimer (collection Novella SF oblige) Johan Heliot ne perd pas son temps en digressions superflues. Nous sommes de suite dans le vif du sujet, catapultés à une époque où les multinationales imposent leurs règles aux États et où marketing, parts de marchés et audimat règnent en maîtres. 


L'intrigue, menée tambour battant, s'avère finalement assez secondaire et sert de prétexte à une satire des programmes télés et, par ricochet, de notre société de consommation. Tout y passe. La présentatrice botoxée à outrance, les sondages d'opinion ridicules et orientés, l'absence d'éthique et la téléréalité la plus répugnante. Il y est aussi question de collusion entre élus et grands patrons et bien sûr, de clonage.


Le Rocher - Novella SF - 2005

LE CERCUEIL DE CHAIR -PASCAL FRANCAIX

Il se passe de drôles de choses à Noordpeene, triste petit village des Flandres françaises. Un indien meurt dans de mystérieuses circonstances, de vieilles dames s'adonnent au spiritisme, un curé de campagne se voit confier la garde d'une étrange enfant, des personnes disparaissent... Horla, vieil érudit vivant à proximité de la bourgade, y décèle les manifestations d'un culte ancien et démoniaque. Décidé à intervenir, il sera confronté à un puissant sorcier et sa protégée : une jeune goule.

Malgré quelques scènes morbides et repoussantes à souhait, ce tout petit roman m'a déçu par son manque de cohésion. Je n'y ai vu qu'une succession de tableaux qui se veulent percutants mais qui n'ont malheureusement rien de très neufs. Une scène de spiritisme, une cérémonie impie dans une église, une violation de sépulture et pour finir un exorcisme un peu particulier, il n'y a pas vraiment là de quoi fouetter un chat, même noir. 


Et puis cette manie de vouloir utiliser à tout prix des mots rares ou compliqués ! On ne compte plus les «térébrant», «vastitude», «intrados» et autres «ébrasements». Je conçois que l’auteur ait à cœur d’utiliser le mot juste, mais le plus souvent, cela n'apporte rien au récit et alourdit au contraire la narration. Mais soyons tout de même indulgent puisqu'il s'agit (dixit la 4ème de couverture,) d'un premier roman et retenons surtout sa description d’un nord pluvieux et cafardeux que n’aurait pas désavoué Jean Ray.


Fleuve Noir - Frayeur - 1995

QUAND L'URANIUM VINT A MANQUER - B. R. BRUSS

B. R. Bruss est l'une des valeurs sûres du Fleuve Noir Anticipation où il a publié quantité de romans, la plupart de bonne facture. Celui-ci est composé de deux parties de qualité très différentes.

La première, de loin la meilleure, est centré sur le conflit qui oppose Brazal et Martem pour la possession d'un astéroïde riche en uranium. Bruss a construit très habilement son intrigue en nous plaçant tout à tour aux côtés de chacun des belligérants. Ce faisant, il nous permet d'appréhender les motivations des deux camps et de réaliser qu’il n’existe ni bon ni méchant, juste des hommes et des femmes contraints d’agir pour assurer leur survie. C’est donc une guerre absurde car sans espoir qui se profile et qui nous semble d’autant plus regrettable que nous avons appris à apprécier les combattants de chaque camp.

La seconde moitié du roman est plus terne. Une partie des belligérants est kidnappée par de mystérieux extra-terrestres et emmenée en captivité sur un satellite d'Uranus. La découverte de leur nouvel environnement, de leurs ravisseurs et des motivations de ces derniers, sans être déplaisante, est passablement ennuyeuse. Quant à la fin du récit, elle m'a laissé un tantinet songeur. Si j'ai apprécié que l'auteur n'ait pas opté pour le happy-end auquel on s'attendait, j'ai été moins séduit par le retour au bercail de nos sympathiques humains et leur redécouverte de la vie pastorale. Difficile en effet d'imaginer que des hommes et des femme habitués à courir les étoiles puissent s'épanouir dans le tressage de l'osier ou le filage de la laine !


Fleuve Noir Anticipation - 1968

LE CYCLE DE TSCHAÎ - JACK VANCE

Le cycle de Tschaï est sans le moindre doute la plus connue et la plus emblématique des œuvres de Jack Vance, celle qui caractérise le mieux son univers et qui a fait de lui le maître incontesté du planet opera. Son intrigue est pourtant d’une grande simplicité puisque toute l’histoire repose sur la volonté d’un terrien échoué sur une planète inconnue, de trouver le moyen de retourner chez lui. Tout au long des quatre volumes qui composent ses aventures, Adam Reith cherche à mettre la main sur un vaisseau spatial capable de le ramener sur Terre. Ce faisant, il parcourt en tous sens la planète Tschaï et découvre les multiples races qui la peuplent. On le voit, il n'y a là rien de particulièrement fouillé et pourtant ses romans se dévorent en un rien de temps.

C’est que Jack Vance a du métier et sait varier ses effets. Chaque tome baigne dans une ambiance différente, médiévale pour le Chasch (caravanes commerciales, despotes régnant sur une citadelle, culte mortifère), renaissance italienne dans le Wankh (pirates, guildes d’assassins, duels) et enfin plutôt XIXème siècle, genre ruée vers l’or, pour le Dirdir. Cela lui permet d’éviter des situations par trop semblables et empêche la monotonie de s’installer. Et puis soyons honnêtes, il se passe quand même pas mal de choses. En compagnie de notre héros, nous voyageons sur mer, dans les airs et sous terre ; il y a des batailles, une chasse au trésor, des jeux du cirque et bien d'autres scènes d'action. 

Mais surtout il y a son talent de créateur d’univers. L’imagination de Jack Vance est stupéfiante lorsqu’il s’agit d’inventer de toutes pièces des sociétés originales et de concevoir leur organisation et leurs particularismes dans les moindres détails.  Il nous emmène ainsi dans la steppe du Kotan où vivent les Kruthes dont le rôle, le rang et le comportement sont définis en fonction de l’emblème qu’ils portent sur leur casque ; il nous fait débarquer à Vervodeï  en ce pays de Cath où les habitants disposent de plusieurs noms qu’ils utilisent en fonction des circonstances, nous assistons aussi aux étranges pratiques sexuelles des khors, nous baguenaudons dans Urmank la ville dédiée aux jeux d’argent et partons même à la pêche aux sequins dans les redoutables Carabas où les Dirdir chassent le gibier humain… C’est un véritable melting pot de races et de peuples, un gigantesque brassage de cultures et de traditions, un continuel mélange de modernisme et d’archaïsme. 

Le très grand nombre de personnages qui peuplent ces romans compte aussi pour beaucoup dans la qualité du récit. Je passerai rapidement sur Adam Reith qui campe un héros particulièrement monolithique, parfait représentant de cette Amérique des années soixante sûre d’elle et qui ne dévie jamais de l’objectif qu’elle s’est fixé.  Ses compagnons sont heureusement beaucoup plus nuancés et par là même plus attrayants. On voit leur personnalité évoluer au fil des romans et des expériences vécues. C’est ainsi un plaisir que de voir Zap 210 faire l’expérience de sa féminité et découvrir la sexualité ou d'assister aux changements qui s’opèrent chez Traz Onmale qui passe de l’état de barbare un peu fruste à celui de jeune homme à l’aise dans un monde moderne, sans oublier bien sûr la mauvaise foi de Anke at afram Anacho. 

Mais il y a aussi quantité de seconds rôles qui apportent de l’épaisseur à l’histoire et font vivre tous ces lieux enchanteurs. J’ai ainsi pris plaisir à détester l’abominable Aïla Woudiver qui jouera plus d’un mauvais tour à notre héros ou à m’agacer du mercantilisme de Zarfo Detwiler le sympathique mais ô combien intéressé technicien lokhar. Je pense encore à Ylin-Ylan, la fleur de Cath qui sombrera dans la folie de l’Awaile, à son compatriote Dordolio Or et Cornaline le gandin insupportablement arrogant, à Baojian, à Artilo, à Cauch et tant d’autres.


Alors, si d’aucun hésitent encore à se lancer à l’assaut de ces quatre volumes, qu’ils se rassurent, le temps passe bien vite en compagnie d’Adam et de ses compagnons. Beaucoup trop vite ! 


J'ai Lu - Science-Fiction - 2001

HEYOKA WAKAN - JEAN-LOUIS LE MAY

La confrontation entre l'est et l'ouest a fini par avoir lieu et le feu nucléaire s'est abattu sur Terre, détruisant, irradiant,...