SF EMOI II
De la SF... Oui, mais pas que !
LE MONDE PERDU - ARTHUR CONAN DOYLE
LA SINSE GRAVITE AU 21 - RED DEFF
Roland Wagner, puisque c'est bien lui qui se cache derrière ce pseudo, a dû prendre un plaisir jubilatoire à écrire cette gigantesque et réjouissante loufoquerie. Tout y est en effet motif à rire et à dérision. Ça commence dès le titre et ça continue tout au long des 300 et quelques pages que compte le bouquin. Les noms des planètes ou des galaxies sont autant de clins d'œil aux grands auteurs de SF ou à l'une de leurs œuvres, les Extra-Terrestres y empruntent les formes les plus inattendues et les situations burlesques se suivent à un rythme endiablé.
Côté personnages, il n'hésite pas à recourir aux stéréotypes les plus éculés et c'est ainsi que défilent devant nous le gentil baroudeur revenu de tout, l'ado en rupture familiale et même un huissier de justice qui, pour le coup, n'a plus rien d'humain. Et puis il y a Ganja, la biopuce Shag TM 73-S à prise A+, sorte de nounours psychédélique et complètement jeté, aussi intelligent qu'effronté, capable de vous sortir de situations invraisemblables ou de vous plonger dans les pires emmerdes...
Fleuve Noir Anticipation - 1991
VISIONS NOCTURNES- JOHN FLANDERS
"Pour les yeux de Mathilda Smith" est une chouette enquête policière que Conan Doyle aurait volontiers confiée au génie de Baker Street. Londres, des assassinats sans lien entre eux, un mystérieux chef de gang, un policier tenace sont les ingrédients de ce récit passionnant de bout en bout.
Enquête toujours avec "Deux heures et puis l'absence" où un astucieux policier parvient à mettre la main sur un assassin jusqu'ici insaisissable. Un exploit qui lui laissera pourtant un goût bien amer.
"Le fauteuil" est un récit plutôt anodin dans lequel le diable ne joue qu'un rôle indirect. Il est en revanche bien présent dans "L'odeur du souffre" où il remplit parfaitement ses fonctions de vil tentateur de marins affamés.
Lorsque Satan n'est pas à l'oeuvre, ce sont ses affidés qui prennent la relève. Ainsi, "Le fantôme marin" joue un bien mauvais tour au pêcheur qui vient taquiner le goujon sur le ponton qu'il a pris l'habitude de hanter. En revanche, dans "Sneaky, Knuckle et Peu Blow", ce sont bel et bien les trois démons de Pumblemoor qui seront floués par un simple colporteur !
"Cochrane et Jones" et "Le miroir vénitien" sont deux nouvelles dans lesquelles l'auteur explore le subconscient de ses personnages. le premier est une originale histoire de dédoublement de la personnalité tandis que le second met en scène un scélérat confronté à son reflet dans un étrange miroir et, peut-être, à sa conscience.
Place à l'aventure avec quatre récits du bout du monde. "L'étrange manuscrit" nous emmène dans les montagnes chiliennes à la découverte d'une antique civilisation réfugiée dans les flancs d'un volcan tandis que "Flammes vivantes" nous fait découvrir une race étrange autant que dangereuse au coeur du désert du Yucatan. Mexique toujours pour "La forêt infernale" qui nous met en présence d'une créature capable de prendre l'apparence de n'importe quel arbre de la forêt de Monterrey. Quant à "Château du désert", il renouvèle astucieusement l'épisode biblique de la femme de Loth.
"L'énigmatique aventure" ressemble beaucoup à "L'étrange manuscrit" même si l'action se déroule cette fois dans une région minière d'Angleterre, "La dernière peste de Bergame" est une relecture du "Masque de la mort rouge" et un bel hommage à Edgar Allan Poe, "Le convive" est un texte qui mélange fait de société et folklore portugais.
Le récit qui clôt le recueil est sans aucun doute mon préféré. Ici, pas de démon ni de fantômes, pas même un brigand ou l'une de ces infâmes crapules qui peuplent les pages des autres nouvelles. Pourtant, "Le voleur" nous propose un personnage qui fait particulièrement froid dans le dos car on ne peut s'empêcher de songer que de tels individus existent réellement. Nous avons en effet affaire à un vieil homme titillé depuis toujours par le désir de supprimer une vie. L'auteur nous montre en détail l'évolution et le développement de cette idée fixe ainsi que la façon dont il parvient à l'assouvir en toute impunité. un récit glaçant !
Nouvelles Editions Oswald - 1984
LES ENFANTS DE L'HIVER - MICHAEL CONEY
"Les enfants de l'hiver" est un roman de SF classique qui met en scène un groupe d'individus confrontés à une nouvelle période glaciaire. Pas vraiment d'intrigue dans ce livre, pas de grand secret ou de vengeance à long terme, pas de quête ou de lutte manichéenne. Juste le récit quasi journalier de leurs efforts pour survivre dans des conditions extrêmes.
Et ils ont effectivement de quoi faire. Leur environnement recèle bien des dangers, à commencer par le froid, la glace et la neige. L'omniprésence de ces éléments est parfaitement rendue et l'on est saisi par cet univers uniformément blanc, par les grandes solitudes enneigées ou l'étouffement des galeries souterraines sombres et gelées. Il y a aussi les Pads, ces ours polaires hyper agressifs qui constituent la principale source de viande fraîche, et les "mangeurs de chair" un clan puissant et bien organisé pour qui la chair humaine est aussi bonne que celles des Pads et surtout moins difficile à chasser.
Albin Michel - Super Fiction - 1976
L'HEURE PERDUE - GUY CHARMASSON
Vous découvrirez dans cet univers clos une société oiseuse où le voyeurisme et le libertinage sont les passe-temps favoris de tout un peuple, vous frémirez en assistant à un procès où la population entière est à la fois juge et bourreau et, bien sûr, vous haïrez des dirigeants corrompus et jaloux de leurs privilèges (les O pour oligarques) et leurs miliciens brutaux (les Rouges). Vous vous laisserez happer par une intrigue qui se développe tranquillement au gré de chapitres alternant narration à la troisième personne (les scènes d'action ou les passages descriptifs) et monologue intérieur lorsque c'est le point de vue du héros qui domine. Un héros travaillé en profondeur et qui s'étoffe au fur et à mesure que la force brute de Quatre-vingt (je vous laisse découvrir l'origine de son sobriquet) s'efface derrière la froide intelligence de Renaud. Vous assisterez enfin à l'emballement final qui vous réserve moult révélations et rebondissements.
Vous l'aurez compris, "L'heure perdue" est un chouette roman qui compense son manque d'originalité par la qualité de son traitement
Fleuve Noir Anticipation - 1986
THECEL - LEO HENRY
Lorsque j'ai commencé à lire de la fantasy il y a... longtemps, les ouvrages francophones du genre étaient quasi inexistants. Depuis, les choses ont bien changées. La fantasy francophone est dense et quelques auteurs (Jaworski, Dewney...) se distinguent tout particulièrement. Léo Henry, lui, n'est pas un spécialiste du genre. Il s'est pourtant parfaitement approprié ses codes en y ajoutant une vision toute personnelle qui fait de "Thécel" une oeuvre tout à fait originale.
C'était pourtant loin d'être gagné si l'on considère les premiers chapitres qui égrènent la plupart des poncifs du genre : une princesse intrépide, une quête, des dragons... Et puis, au fur et à mesure que sa jeune héroïne parcourt son monde, on se rend compte que le propos de l'auteur n'est pas de nous livrer une geste guerrière. Il s'agit plutôt de nous immerger dans une ambiance particulière pour nous faire ressentir l'incertitude et le désarroi dans lesquels sont plongés ses personnages.
Il faut dire que le monde de "Thécel" a de quoi inquiéter, tributaire qu'il est d'un jeu dont chaque coup peut modifier ses frontières en envoyant sur son autre face de gigantesques portions de territoires. Des "retournements" qui affectent les empires et les politiques mais aussi les hommes et les femmes contraint de s'adapter à de nouveaux modes de vie. Léo Henry nous perd volontiers dans cet univers en nous faisant régulièrement passer d'une face à l'autre pour nous montrer ce qui est, ce qui a été et qui, peut-être, sera de nouveau. Il nous rappelle ainsi que les empires ne sont pas éternels, que la vie est pleine de surprises et que rien n'est jamais figé.
On regrettera peut-être que la plupart des personnages ne soient pas assez fouillés et que l'âpreté de la lutte souterraine entre les sombres et les faces pâles ne soient pas suffisamment développée. Mais tel quel, ce roman constitue une chouette fantasy que l'on rapprochera du "Terremer" d'Ursula Le Guin ou des "Chroniques de Tornor" d'Elizabeth Lynn, c'est à dire des romans où la description de l'univers est au moins aussi importante que l'intrigue elle-même et où les menus faits apportent autant de relief à l'histoire que des combats ou de grandes chevauchées
Gallimard - Folio SF - 2020
LA CITE FOLLE - KENNETH BULMER
N'ayant jamais ouï parler de cet auteur, c'est complètement par hasard que j'ai acheté ce livre. Et le hasard faisant bien les choses, c'est à un chouette petit roman que j'ai eu affaire. Il commence pourtant de façon très classique avec la description d'une ville du futur assez banale. Une ville où les robots, (Bulmer les appelle Robex, oui...bon...pourquoi pas), y assument la plupart des tâches sous le contrôle de plus en plus poussé et hégémonique d'un super ordinateur. C'est un peu lent, mollasson même, mais ce rythme de sénateur permet de présenter convenablement les principaux protagonistes de l'histoire et de mettre l'intrigue sur ses rails. Celle-ci n'a, là encore, rien de particulièrement excitant ou original. Sur fond de guéguerre économique entre deux firmes concurrentes se profile une histoire d'intelligence artificielle qui semble vouloir s'émanciper et échapper à la volonté de ses concepteurs.
Arrivé là, je me suis dit que M. Bulmer allait nous refaire le coup de la révolte des robots. Un « Terminator » avant l'heure, opposant ordinateurs et droïdes à de pauvres humains désemparés. Mais c'est un peu plus compliqué que çà. Plus malin aussi. Car, depuis le tout début du livre, l'auteur a soigneusement planté ses jalons, dissimulés des indices qui se révéleront sur la fin. Une fin en feu d'artifice, véritable morceau de bravoure nous décrivant la lutte de deux hommes face à une ville bien vivante, contrôlant tout et où chaque objet, même le plus anodin, peut se révéler mortel.
Toutefois, plus que cette confrontation dantesque, ce sont d'autres aspects du roman qui ont captés mon attention. La critique sociale par exemple, qui transparaît à divers moments (la manifestation sévèrement réprimée, les taudis où sont contraints de vivre les exclus du système, l'automatisation des moyens de production qui condamne les ouvriers au chômage...) mais aussi ses réflexions sur l'usage de l'informatique et de la robotique, outils par nature inoffensifs mais qui peuvent s'avérer dangereux entre des mains malintentionnées ou dénuées de scrupules. Bref, ainsi qu'il est dit sur la quatrième de couverture : "l'auteur traite de sujets, qui, sans négliger l'attrait de l'intrigue, abordent des problèmes plus proches de nous et sur un ton plus grave". Je ne saurais dire mieux.
Le Masque Science-Fiction - 1975
L'OEIL DERRIERE L'EPAULE- JEAN-PIERRE ANDREVON
L'UNIVERS CAPTIF - HARRY HARRISSON
On est ainsi surpris de voir l'histoire commencer dans un village aztèque où d'infâmes prêtres maintiennent en servitude les habitants de deux villages. Et puis, au gré des découvertes du héros, on est parachuté dans un nouvel univers avec de nouveaux personnages et de nouveaux enjeux. A la façon de poupées russes, les "mondes "s'emboitent et leurs problématiques se juxtaposent. je ne suis jamais parvenu à anticiper le déroulement du récit et, jusqu'à la fin, je me suis demandé où l'auteur allait nous emmener.
Je ne peux hélas pas en dire beaucoup plus sans risquer de déflorer l'intrigue. je me bornerais donc à saluer un récit pleine de rebondissements et de jolies trouvailles, des personnages en petit nombre mais aux caractères bien établis et ce qu'il faut d'action pour ne pas s'ennuyer. Et n'oublions pas non plus une critique bien sentie des religions et de leurs dérives, notamment lorsque le dogme devient une fin en soi et prend le pas sur le message d'amour et de paix, ou lorsque les officiants oppriment les fidèles sans rime ni raison.
Le Masque Science-Fiction - 1978
LE DRAGON DU ROI SQUELETTE - SERGE BRUSSOLO
Ce second volume du " roi squelette " s'inscrit dans la droite ligne du précédent. Nous y retrouvons donc son atmosphère de fantasy d'opérette truffée d'anachronismes que même la magie ne saurait justifier (la montgolfière, le fil de fer barbelé...) et qui mélange allègrement moyen âge et péplum. Il met également en scène les mêmes protagonistes : le roi squelette, le magicien Massalian et bien sûr notre duo de choc : Shagan et Junia. C'est d'ailleurs cette dernière qui est à l'honneur et qui, la plupart du temps, prend les choses en mains et relègue son compagnon à un rôle d'assistant. Nous aurons d'ailleurs l'occasion d'en savoir un peu plus sur elle (seul l'histoire de Shagan nous avait été dévoilé dans "Le tombeau du roi squelette"), sur son passé et sur la race des femmes Ooni, géantes et cannibales.
Sous ses airs de conte de fée horrifique ce roman est donc un Brussolo pur jus où chaque page recèle son lot d'idées géniales et loufoques. La plupart du temps elles sont pour l'auteur l'occasion d'explorer l'infini variété des mutations et transformations auxquelles il peut soumettre le corps humain. Et il s'en donne à coeur joie le bougre : foetus phagocytés par des esprits malins, enfants malformés, cadavres ramenés à la vie, hommes et femmes transformés en reptiles ou en viande de boucherie ; la liste est longue des mauvais traitements qu'il fait subir à ses personnages. Mais on ne s'en plaindra pas car cela nous procure quelques agréables frissons et une lecture facile et dépaysante. Que demander de plus ?
Fleuve Noir Anticipation - 1989
LE MONDE PERDU - ARTHUR CONAN DOYLE
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