SF EMOI II
De la SF... Oui, mais pas que !
LA TERRE ENDORMIE - ARCADIUS
LE GOUFFRE DE LA LUNE - ABRAHAM MERRITT
Il m’arrive parfois, avant de rédiger mes petites chroniques, d’aller consulter celles que j’ai déjà pondues sur le même auteur. Et bien m’en pris cette fois-ci car j’aurais sans nul doute paraphrasé celle consacrée aux « Habitants du mirage ». Remarquez, il n’y aurait rien eu que de très normal. Les deux bouquins sont des histoires de mondes perdus construites sur des schémas quasiment identiques.
Dans l’un et l’autre cas il est en effet question d’un groupe de scientifiques et d’aventuriers catapulté au coeur d’une antique civilisation et qui se trouve mêlé à la lutte millénaire que se livrent deux factions rivales. Cruelle sorcière ou redoutable prêtresse, adorateurs d’un démon lunaire ou d’une entité extra-terrestre, audacieux géologue ou anthropologue tenace, guerre civile ou affrontements raciaux, les personnages et les ingrédients sont à peu près les mêmes.
On notera cependant quelques différences dont la plus notable concerne la nature des civilisations mises en place. Médiévale et rétrograde pour « Les habitants du mirage », elle est ici technologiquement très avancée et fondée sur une utilisation originale des champs magnétiques permettant à la fois de déplacer les véhicules, de créer des cloisons ou de rendre invisible les soldats…
Pour le reste, rien de bien passionnant à signaler. Passées les phases de découverte et d’acclimatation, les intrus ont tôt fait de rompre le fragile équilibre qui régnait entre les deux camps et précipiter la confrontation finale. S’ensuivent quelques combats au cours desquels nos héros s’illustrent bien sûr par leur bravoure et leur dévouement, et c’est déjà fini.
J'ai Lu - Science-Fiction - 1975
DE VAGUES ET DE BRUME - JEAN-PIERRE ANDREVON
LE FELIN GEANT - J. H. ROSNY AINE
Sensé être une suite à « La guerre du feu », ce livre en constitue plutôt une copie à l’identique. A l’instar de son illustre prédécesseur il nous narre en effet les aventures d’un courageux guerrier confronté aux multiples dangers d’un environnement hostile. Rosny aîné s’y livre de nouveau et avec toujours autant d’emphase à d’abondantes descriptions d’une nature encore intacte et des bêtes fabuleuses qui la peuplent.
Il en profite également pour évoquer les balbutiements d’une humanité encore bien fragile et notamment les premières tentatives de l’homme pour vivre en harmonie avec son environnement et en bonne entente avec ses semblables.
« Le félin géant » constitue donc une lecture dont on peut aisément se dispenser à moins d’être un adepte du grand Rosny ou amateur de récits sur les temps préhistoriques.
Gérard - Bibliothèque Marabout - 1975
LE SOLEIL DU DESERT - ANDRE DHÔTEL
Et puis, alors que le mystère est à son comble, Dhôtel va s'appliquer à déconstruire cette atmosphère onirique. Chaque bizarrerie, chaque incongruité va recevoir une explication rationnelle et tout reprendra sa juste place : "Ainsi tous les évènements qui avaient semblé impossibles se ramenaient peut-être à des proportions ordinaires". Ce "retour à la normale" se fait via trois confessions successives qui, à la façon de récits enchâssés, viennent illustrer le passé plus ou moins récent de plusieurs protagonistes de l'histoire. Cela permet aussi à l'auteur d'ouvrir son récit à d'autres lieux et d'autres personnes et nous voyageons ainsi jusqu'à Paris et même jusqu'au désert du Nevada !
"Le soleil du désert" est donc avant tout un roman d'ambiance dont l'intrigue repose tout entière sur la personnalité pour le moins insaisissable de son héroïne. Une jeune femme de tempérament dont l'inflexibilité et l'influence qu'elle exerce sur les autres rappelleront peut-être à certains le personnage d'Agathe de "La route inconnue".
Phébus Libretto - 2005
LA TREIZIEME GENERATION - P-J HERAULT
Malheureusement qu’avons-nous au final de vraiment excitant ? Pour l’action : deux crashs, celui d’un avion et celui d’un ULM. Pour le suspens : un soupçon d’enquête sur les motivations des envahisseurs ainsi que la menace que fait peser sur la vie du héros un groupe de terroristes. C’est tout de même bien peu pour un roman de plus de 300 pages !
Fleuve Noir Anticipation - 1990
OTAGE DE LA NUIT - RICHARD MATHESON
J’aime assez la façon dont Richard Matheson aborde le thème du fantôme. Une approche plus psychologique que spectaculaire qui nous fait hésiter un temps avant de reconnaître la présence du surnaturel. Ainsi, dans ce roman, l’esprit cartésien demeure longtemps indécis et partagé entre deux explications : pur esprit ou projection des fantasmes d’un quadragénaire, fantôme ou délire né d’un sentiment de culpabilité ?
Finalement, c’est l’auteur qui, délibérément, met fin au suspense pour nous brosser le portrait diabolique d’un esprit, certes désincarné, mais qui aspire à goutter encore aux plaisirs de la chair. Ces plaisirs sont d’ailleurs abondamment illustrés et donnent lieu à quelques scènes très chaudes et particulièrement explicites !
L’autre intérêt de ce roman réside dans la peinture très réaliste d’un couple au bord de la rupture. Tout y est : les aspirations différentes et parfois contraires d’un homme et d’une femme, les non-dits, les ressentiments et même les pathétiques tentatives de réconciliation sur l’oreiller.
Après « Echos », Matheson signe donc une nouvelle réussite dans le domaine du fantastique et des histoires de fantômes et de possession.
Denoël - Présence du Fantastique - 1990
ECLIPSES 2000 - LINO ALDANI
Appétence pour le pouvoir, soif inextinguible de connaissances, instinct de survie et toutes ses compromissions, peur de l'inconnu, en quatre textes Lino Aldani nous expose avec un peu de cynisme mais hélas aussi beaucoup de justesse, les mauvais penchants de l'espèce humaine.
Longue nouvelle ou court roman, "Eclipses 2000" est une histoire de vaisseau générationnel qui nous semble au départ assez classique. Un jeune colon du "Terra Madre" lancé depuis plus d'un siècle à travers l'espace, conçoit des doutes sur la réalité de ce voyage sidéral. Et si le vaisseau n'était jamais parti ? Une quête de vérité qui se transforme en une intéressante réflexion sur l'exercice du pouvoir.
"De l'autre côté du rivage" est en revanche un texte court et percutant qui pose une question simple : quelle valeur ont nos plus beaux principes lorsque notre existence est en jeu ? Sur la planète Igea toutes les ressources, y compris les populations autochtones, sont la propriété d'une multinationale qui les exploite sans vergogne. Une façon de faire qui heurte les visiteurs terriens... jusqu'à un certain point.
"L'ennemi invisible" et "Double échec" ont en commun d'être des monologues intérieurs qui nous font pénétrer l'esprit de deux individus soumis à une pression extrême. Qu'il s'agisse de lutter contre l'environnement délétère de la planète Mars ou de battre aux échecs un ordinateur de dernière génération, mieux vaut avoir confiance en soi et être sûr de son couple !
Denoël - Présence du Futur - 1980
SCENES DE GUERRE CIVILE - JEAN-PIERRE HUBERT
Bien qu’ayant été écrit au début des années 80 et s’inspirant sans doute de la guerre du Liban, ce roman m’a fait penser à la lutte que se livrent Israël, le Hamas et le Hezbollah à Gaza et en Cisjordanie. On y trouve en effet bien des similitudes avec le contexte géographique et politique de ces territoires qui subissent depuis si longtemps la guerre et toutes ses vicissitudes.
Jean-Louis Hubert fait parfaitement ressentir l’absurdité d’un conflit dans lequel les idéologies sont détournées, les alliances incertaines et dont la seule utilité est le renforcement ou l’affaiblissement du pouvoir de quelques dirigeants. Ceci est particulièrement visible dans la description de la ville dévastée où divers groupes s’affrontent pour la maîtrise d’une rue ou d’un pâté de maisons.
Il sait aussi rendre compte de l’âpreté des combats et de la disparition de tout sentiment humain au profit d’un professionnalisme aveugle. Hommes et femmes ne sont plus que des cibles qu’il convient d’abattre par n’importe quel moyen, autorisé ou pas. L’auteur brocarde au passage l’inefficacité et l’hypocrisie des accords internationaux et notamment ceux qui s’attachent à prohiber certaines armes. Ici, en l’absence d’armes à feu, les combattants s’étripent à l’arme blanche et finissent malgré tout par recourir aux « armes censurées ». Et on comprend qu’elles l’aient été, car les effets de la « corrosine » et autres « tortillons vivaces » font froid dans le dos.
« Scènes de guerre civile » est un roman qui ne brille peut-être pas par la complexité de son intrigue (l’histoire toute entière tient dans son titre) mais qui constitue néanmoins un excellent exemple de politique fiction assez pessimiste quant aux penchants de l’espèce humaine.
Le Liban hier, Gaza aujourd'hui, et demain... Maldora ?
Opta - Galaxie-Bis - 1982
CORSAIRE TRIPLEX - PAUL D'IVOI
Bien que le héros de ce cinquième épisode des "voyages excentriques" soit un anglais contraint de lutter contre son pays, nous y retrouvons également les très gaulois Armand et Robert Lavarède. Toutefois, seul le second joue un rôle de quelque ampleur dans ce livre où il est aussi question de Lothia, sa fiancée égyptienne, et des évènements qui secouent la terre des pharaons sous le joug britannique (voir "Le cousin de Lavarède). Mais ici, ce sont les possessions australiennes de l'Angleterre qui servent de cadre à une gentille petite histoire de vengeance. Gentille mais guère passionnante. L'auteur y utilise les thèmes éculés d'un romanesque très XIXème siècle (assassinat pour hériter d'une riche veuve, enlèvement d'enfant et réapparition bien des années plus tard, confusion d'identité) et le mystère qui entoure la personnalité de triplex est trop vite levé pour maintenir l'intérêt du lecteur.
Heureusement, quelques scènes d'action et un peu d'humour nous sauvent in extremis de l'ennui. On frémit donc un tantinet chez les Dayaks réducteurs de têtes, on sourit aux patronymes de certains personnages (Allsmine = tout est à moi, ...) et l'on s'amuse des déboires et des petits travers des militaires anglais (notamment leur amour du Gin et du rosbif). Je soupçonne à ce propos Paul d'Ivoi d'avoir pris un plaisir très cocardier à ridiculiser l'Angleterre dans ce qu'elle a de plus fort : sa puissance navale. D'autant qu'il ne se prive pas de critiquer sa politique colonialiste tout en soulignant la grandeur de l'empire français.
Pourtant, malgré ces petits défauts, les livres de Paul d'Ivoi constituent une lecture naïve et rafraîchissante dont on aurait tort de se priver sous prétexte qu’ils ont mal vieillis. Alors si vous voulez entendre parler de bicyclistes ou d’automédon, et revenir à une époque où les femmes se laissent mourir à cause d’un amour malheureux, n’hésitez plus. Pour ma part je vais me laisser tenter par le volume suivant qui doit voir Robert Lavarède prendre la tête des insurgés égyptiens. Encore un rude coup porté à la couronne britannique !
J'ai Lu - Voyages excentriques - 1983
LA TERRE ENDORMIE - ARCADIUS
A la suite d'une expérience qui a mal tourné, tous les mammifères de la planète, dont les hommes, se trouvent plongés dans un profond so...









