NOTRE-DAME DES TENEBRES - FRITZ LEIBER

Si la réputation de Fritz Leiber dans le domaine de la fantasy n'est plus à faire, ses incursions dans le fantastique sont beaucoup moins connues. Il a pourtant donné au genre d'excellents romans parmi lesquels "Ballets de sorcières" renouvelait de façon originale le thème de la sorcellerie en le dépouillant de son folklore. Original, "Notre Dame des Ténèbres" l'est tout autant. Il nous propose une sorte d'enquête ésotérique qui nous lance sur les traces d'un gourou qui aurait connu son heure de gloire au début du XXème siècle, à San Francisco. 

En compagnie d'un personnage qui partage beaucoup de points de communs avec l'auteur, nous voici donc lancés dans une quête tortueuse et aléatoire tandis que des entités paramentales se font de plus en plus menaçantes. Ses recherches lui feront parcourir la cité en tout sens, nous permettant ainsi de la découvrir sous tous ses aspects : toponymie, architecture, histoire, habitants... Elles le mèneront aussi auprès d'un riche collectionneur pour une discussion passionnante sur les Grands Anciens, Lovecraft, Clark Ashton Smith, Jack London et quelques autres.

Certains déploreront peut-être le manque d'action "physique", mais cette carence est largement compensée par les rebondissements de l'intrigue et la tension permanente qui imprègne le récit. Tout cela nous donne un roman singulier, érudit et bourré de clins d'oeil aux littératures du genre. Les amateurs apprécieront.

Denoël - Présence du Fantastique - 1991

HOMO DIVISUS - KONRAD FIALKOWSKI

Lorsque Stef Korn se réveille à l'hôpital après le terrible accident de voiture dont il a été victime, il se rend vite compte que les choses ont bien changées pendant son sommeil. S'il retrouve bien par moment certains repères familiers, c'est un univers futuriste qui, la plupart du temps, s'impose à lui. Combien de temps a donc duré son coma ? Pourquoi cette sensation de vivre sous contrôle ? D'où vient l'impression que son corps vit une vie indépendante pendant son sommeil ? Voici quelques-unes des questions auxquelles il va tenter de trouver une réponse. Ces réponses, Julius Terton les détient, lui dont l'esprit a été introduit dans le cerveau de Stef lorsque son propre corps est arrivé en fin de vie. Une situation qui ne l'enchante guère. C'est qu'il n'est pas partageur Julius, et il va tout faire pour rester seul...

Pour autant que je m'en souvienne je n'avais encore jamais lu de SF polonaise. C'est donc avec curiosité que j'ai entamé ce livre acheté au hasard d'un marché pour un euro symbolique. Mal m'en pris ! J'ai dû déployer des trésors d'obstination pour venir à bout d'une histoire incroyablement confuse et sans grand intérêt. A vrai dire, je soupçonne Konrad Fialkowski d'avoir voulu écrire un roman à la manière de Philip K. Dick, une histoire où réalité et monde virtuel s'imbriquent et interagissent. 

Le résultat est cependant à des années lumières d'œuvres comme "Ubik" ou "Le maître du haut château". Les repères manquent, le fil conducteur est ténu et l'on se demande sans cesse à qui ou quoi l'on a affaire, où l'on se trouve... Il m'aura ainsi fallu attendre la moitié du livre pour comprendre que deux personnages cohabitaient dans un même corps qui lui-même évoluait sur deux plans différents. J'ai peut-être l'esprit un peu lent mais tout cela m'a paru beaucoup trop embrouillé et ne débouchant finalement sur pas grand-chose. Et comme les personnages, hormis le "héros", manquent cruellement de profondeur, ne sont qu'esquissés ou ne font que de brèves apparitions, on aboutit à un résultat extrêmement pauvre. 

Alors, rien à retirer de ce livre ? Eh bien non ! Sauf peut-être une réflexion assez juste sur la perception du temps qui passe et la difficulté à s'adapter à un environnement qui évolue trop vite. 

«Homo divisus» est le dernier roman de la série Super-fiction publiée chez Albin Michel. Ce n'est pas ce qui s'appelle "finir en beauté" !

Albin Michel - Super Fiction - 1983

LE DERNIER DE SON ESPECE - ANDREAS ESCHBACH

Duane Fitzgerald est un cyborg. Un être humain modifié par l'armée américaine pour en faire un soldat d'élite, capable de performances inouïes et quasi indestructible. Enfin, sur le papier. Parce que dans les faits, on est bien loin du compte. L'électronique dont son corps est truffé a des ratés, son ossature en titane se grippe et sa pile nucléaire pourrait bien un jour lui jouer des tours. C'est d'ailleurs pour ça que lui-même et les autres Steel Men ont été mis en retraite anticipée. Pas assez fiables. Dépassés avant même que d'avoir servis. Duane vit désormais à Dingle, une petite ville de la côte irlandaise, où il partage son temps entre ses visites à la bibliothèque municipale, ses balades en bord de mer et la lecture de Sénèque. Sans oublier Bridget, la jolie directrice de l'hôtel Brennan dont il est secrètement amoureux et qu'il prend plaisir à rencontrer chaque fois que cela lui est possible. Une petite vie tranquille, rangée, austère. Jusqu'au jour où il est abordé par un avocat qui semble tout savoir de sa vraie nature, des conséquences sur sa santé et qui lui propose de faire un procès aux autorités américaines. Mais l'homme de loi est bientôt assassiné et pour Duane les ennuis commencent. 

"Le dernier de son espèce" nous raconte quelques jours de la vie d'un cyborg, ancien militaire devenu inutile, voire même vaguement gênant pour l'armée et les services secrets. Mais ceux qui pense avoir affaire à une histoire de surhomme ou d'universal soldiers à la Van Damme risquent d'être profondément déçus. Notre héros ressemble plus à un Terminator en phase terminale qu'à l'homme qui valait trois milliards et le récit accorde plus d'importance à la philosophie et à l'introspection qu'à l'action ou la violence. C'est d'ailleurs tout l'attrait de ce livre que de se pencher sur les états d'âmes d'un Steve Austin sur le retour dont la vie s'est transformée en chemin de croix à cause d'une mécanique défaillante. 

Nous découvrons son calvaire par le biais du journal qu'il tient. Une narration en temps réel puisque notre héros peut enregistrer ses pensées dès qu'elles se forment. Or, le fait que ce journal soit écrit au présent de l'indicatif lui donne une spontanéité remarquable. Les réflexions du narrateur sont prises sur le vif, sans cette distanciation que permettent habituellement les récits à l'imparfait. Nous pénétrons l'esprit même de Duane Fitzgerald. Nous devenons Duane Fitzgerald. Et ce que nous découvrons n'a rien de très réjouissant. Son quotidien est rythmé par les ennuis de santé tandis que les inconvénients liés à sa nature lui imposent de nombreuses contraintes (notamment l'obligation de n'ingurgiter qu'une horrible mixture). Privés de bien des joies, grandes ou petites, il lui est donc difficile de se projeter dans l'avenir et encore moins d'envisager une vie de couple ou la construction d'une famille. Pas davantage de réconfort côté passé puisque les nombreux flashbacks qui parsèment le récit ne nous montrent qu'une jeunesse difficile et sa douloureuse transformation en "surhomme". 


Triste et morose, l'atmosphère qui baigne le récit s'accorde bien à l'histoire. Il faut dire que l'Irlande se prête magnifiquement aux ambiances mélancoliques avec ses landes désertes, son ciel bas, le gris de la mer et l'ombre de l'IRA. D'une manière générale, le background est complet et réaliste. Les nombreux personnages secondaires (le docteur, la bibliothécaire, le musicien...) sont joliment croqués tout comme le petit village de Dingle, ses rues, son port et son pub. Même la Guiness est de la partie, Andreas Eschbach consacrant presque une page à la description d'une pinte de cette bière si particulière ! 

« Le dernier de son espèce » est donc un très beau livre, à la fois violente critique de la raison d'état et jolie réflexion sur ce qui fait la valeur d'une vie. L'intelligence d'Andreas Eschbach est de s'être attaché à l'homme plutôt qu'au super héros et d'avoir fait ressortir la profonde humanité de son personnage. Malgré ses transformations, malgré la volonté des militaires, Duane est resté un homme. Et c'est en homme qu'il entend finir sa vie. Un homme avec ses doutes et ses faiblesses, mais également doté d'une grande force morale. Un peu le triomphe de l'humain sur la machine, la victoire de l'individu sur le matricule.

L'Atalante - La Dentelle du Cygne - 2006

ROBUR LE CONQUERANT - JULES VERNE

A l'issue d'une réunion perturbée par l'irruption du mystérieux Rober, le président et le secrétaire du Weldon Institut sont kidnappés. L'auteur du rapt est ce même Rober qui entend prouver aux partisans du "Plus léger que l'air", la supériorité de son aéroplane. Et voici les deux malheureux compères embarqués dans un voyage aussi grandiose que dangereux.

On a souvent tendance à voir en Rober un Capitaine Némo des airs. Il est vrai que les deux romans (Robur le conquérant" et "Vingt mille lieues sous les mers") ont en commun un savant visionnaire ayant conçu un engin capable de sillonner des espaces jusqu'alors inaccessibles à l'être humain. Mais, si l'univers sous-marin est propice à l'action et l'aventure (Ah ! la bataille contre la pieuvre géante !), il n'en va pas de même du voyage aérien qui n'offre pour l'essentiel que de forts jolis points de vue. Bien sûr, il n'est pas désagréable de prendre de la hauteur pour visiter les cinq continents et quelques-unes de leurs merveilles. De ce point de vue Jules Verne ne nous vole pas. De l'Ouest américain aux steppes russes, de l'Himalaya aux capitales européennes, de l'Afrique sauvage aux vastes étendues glacées de l'Antarctique, il nous offre un panorama très complet de notre bonne vieille Terre.

Hélas, si la croisière est jolie, elle est aussi passablement ennuyeuse. Il y a bien quelques évènements qui viennent secouer notre torpeur : un typhon, une chasse à la baleine, le sauvetage de naufragés, l'attaque de l'armée du roi du Dahomey... mais cela reste tout de même assez anecdotique. En fait, on a davantage l'impression d'assister à un cours de géographie ou de climatologie qu'à une véritable odyssée aventureuse et il faudra attendre les tout derniers chapitres pour que le récit s'accélère et que les personnages commencent réellement à s'activer. Et encore. Une évasion, une explosion et la messe est dite.

Finalement, si l'on devait rapprocher ce roman d'une autre oeuvre de l'auteur, c'est plutôt du côté de "Cinq semaines en ballon" qu'il conviendrait d'aller voir. Sauf que cette fois, Jules Verne a délaissé la montgolfière au profit de l'aéroplane. Plus de vingt ans séparent les deux récits et il semblerait que dans l'intervalle les partisans du "Plus lourd que l'air" aient marqués quelques points. L'avenir leur donnera raison.

Le Livre de Poche - 1979


AVENTURES DE JOHN DAVYS - ALEXANDRE DUMAS

Fils d'un ancien amiral de la marine britannique, John Davys s'engage comme Midshipman (élève officier) à bord du "Trident", un navire militaire en partance pour la Méditerranée. Très vite, il se retrouve en butte aux mesquineries du second, un individu brutal et unanimement détesté de l'équipage. A la suite d'une altercation plus vive qu'à l'accoutumée, John le provoque en duel et le tue. Responsable de la mort d'un supérieur il n'a dès lors d'autre solution que de fuir. S'ensuivront quelques aventures dans les îles grecques et un périple à travers les Balkans au terme desquels il retrouvera son honneur mais connaîtra aussi un bien grand malheur.

"Les aventures de John Davys" est un roman de jeunesse du maître. Il ne faut donc pas être trop exigent et accepter que l'intrigue soit moins étoffée que dans ses œuvres plus tardives. Au vrai, le livre tient presque davantage du récit de voyage que du roman et les descriptions de paysages, de sites antiques ou des mœurs des peuples rencontrés y ont la part belle. Alexandre Dumas se permet même de longues digressions pour nous conter quelques faits historiques qui l'auront marqué comme le massacre de Janina ou la révolte d'une garnison grecque sur l'île de Malte.


L'essentiel de l'action a donc pour cadre la Méditerranée et notamment les contrées et populations subissant le joug de l'empire Ottoman. Nous découvrons par les yeux du jeune John, la Sublime Porte, les Balkans et l'archipel des Cyclades. Nous rencontrons des maltais et des grecs, des marins et des pirates, des despotes et des sages et nous côtoyons même un temps Lord Byron dont Dumas brosse un portrait sans doute plus fidèle à la légende qu'à la réalité. Ce roman est aussi une grande et belle description de la marine à voile du début du XIXème siècle et nous permet de découvrir les rudes conditions de vie des équipages et la discipline de fer qui règne alors sur les navires.


Pour ce qui est de l'intrigue, nous sommes en présence d'une histoire dominée par les sentiments. L'amour bien sûr mais surtout l'honneur qui est ici porté à son paroxysme. Celui du héros qui met en péril son existence et sa carrière pour laver l'affront de son supérieur, mais aussi celui de la famille de son amante que les circonstances le conduiront à bafouer. Roman méconnu mais néanmoins sympathique et dépaysant « les aventures de John Davys » se termine de façon si abrupte que j'ai d'abord cru que mon exemplaire avait perdu ses dernières pages. Mais non, elles étaient toutes là ! Alors tant pis. Ou tant mieux !


Editions Gérard - Marabout

LA MORT DE LA TERRE - J. H. ROSNY AINE

Dépressifs, passez votre chemin ! 

"La mort de la Terre" est un récit empreint d'un pessimisme profond dans lequel l'auteur met en scène les derniers temps de l'espèce humaine. Au moment où débute l'histoire, l'humanité est déjà moribonde. Quelques milliers d'habitants survivent difficilement dans les rares oasis d'une planète désertique et soumise à d'impressionnants tremblements de terre. Bien que technologiquement avancés, ils peinent aussi à enrayer la propagation des ferromagnétaux, une espèce dont la proximité peut s'avérer mortelle.

L'évocation de cette société en sursis se fait par petites touches et sans jamais vraiment approfondir le sujet. cela donne néanmoins une bonne idée de son adaptation matérielle et spirituelle à une situation extrêmement précaire. Nous apprenons ainsi que la régulation des naissances est pratiquée, l'euthanasie encouragée et que, d'une manière générale, l'optimisme et la foi en l'avenir ne sont plus d'actualité. La fin est proche. Chacun le sait et la plupart n'essayent même plus de lutter. Seul targuâtes refuse de baisser les bras en cherchant continuellement de nouvelles sources. Animé d'une volonté de fer, il tentera l'impossible pour sauver d'abord son clan puis simplement sa famille et garder une étincelle d'espoir.

J'ai pour ma part beaucoup aimé la chute de cette novella qui voit le dernier homme accepter l'inéluctable et reconnaître la suprématie d'une nouvelle forme de vie. Une sorte de passage de témoin d'une espèce à une autre. La preuve aussi que le roman porte mal son nom car ce n'est pas à la fin de la Terre que nous assistons, mais à celle de l'humanité. Ne nous en déplaise, la Terre nous survivra et avec elles bien des formes de vie, animales, végétales et, pourquoi pas, minérales...

Ce texte est précédé de deux nouvelles.

La première est une histoire de conquête spatiale assez banale où nous suivons trois astronautes dans leur exploration de la planète Mars. Son seul véritable intérêt est qu'elle préfigure ce que sera le sort des terriens quelques millénaires plus tard. Une planète désertique, quelques îlots de terrains viables, une nouvelle espèce en expansion rapide, le pessimisme et l'atonie des derniers martiens : la Terre ne fera que bégayer le malheureux exemple de la planète rouge.

La seconde est un court récit sans grand intérêt qui nous montre une Terre en proie à une catastrophe environnementale majeure. Peut-être déjà le début de la fin...

Denoël - Présence du Futur - 1983

LE MONDE PERDU - ARTHUR CONAN DOYLE

L'excentrique professeur Challenger prétend avoir découvert au coeur de l'Amazonie un plateau isolé et peuplé d'espèces animales du Jurassique. Mais, ne pouvant apporter la preuve de ses allégations devant l'assemblée de l'institut de zoologie, sa parole est mise en doute par le professeur Summerlee. Afin de tirer les choses au clair il est alors décidé de monter une nouvelle expédition qui, outre Challenger et son détracteur, comprendrait deux observateurs impartiaux. Lord Roxton, chasseur émérite, et Edward Malone jeune et fougueux journaliste, se portent aussitôt volontaires. Après un long périple en Amérique du sud ils aborderont ce territoire plein de surprises extraordinaires et d'innombrables dangers. 

Ce roman de Conan Doyle est, après ceux consacrés à son célèbre détective, l'un de ses plus connus en raison des nombreuses adaptations au cinéma ou à la télévision dont il fut l'objet. Mais les adaptations étant rarement d'une fidélité exemplaire, je souhaitais découvrir l'œuvre originale. Résultat : pas de déception mais pas d'enthousiasme non plus. 

Les personnages sont plutôt stéréotypés même si j'ai tendance à penser que l'auteur a volontairement forcé le trait pour leur apporter une dimension humoristique. Les professeurs Challenger et Summerlee sont présentés comme des caricatures de scientifiques, imbus d'eux même, avides de postérité et oubliant tout, même le danger, lorsqu'ils découvrent une espèce nouvelle ou un spécimen rare. Lord Roxton est le prototype de l'aventurier britannique, sûr de lui, dominateur et gardant son calme (pour ne pas dire son flegme) en toutes circonstances. Finalement, seul Malone apparaît tout à fait normal, ce qui, à la réflexion, est logique puisque ces aventures ne sont relatées par nul autre que lui-même. 

Très amusantes également, les séances à l'institut de zoologie qui sont l'occasion d'insérer une petite critique de la société britannique, de son conservatisme ou de son snobisme. Les scènes d'action sont en revanche bien classiques et ne constituent pas, loin s'en faut, le principal intérêt du roman. Exception faite d'une bataille opposant une tribu primitive à des hommes singes, il n'est question que de survie dans ce monde primitif et de quelques dangereuses rencontres avec la faune locale. 

En conclusion ce roman n'est pas le meilleur ni le plus étonnant de ceux traitant de la découverte de civilisations oubliées ou de terrae incognitae. Henry Rider Haggard ou Edgar Rice Burroughs ont fait beaucoup mieux et, question dinosaure, rien ne nous étonne plus depuis Jurrassic Park. Néanmoins, la lecture en demeure plaisante grâce à un humour très présent et à des personnages aux individualités très marquées. 

Nouvelles Editions Oswald - 1982

LA SINSE GRAVITE AU 21 - RED DEFF

Par ce qu'il a fumé un cigarillo à proximité d'un Xawor et provoqué ainsi la naissance intempestive des milliers de petits rejetons de la créature, Viper a compromis l'équilibre de la planète Achernar VI. Le souci, c'est que ce tout petit monde est une nursery pour bio puces et que par sa faute des années de travaux expérimentaux se trouvent compromis. Condamné à rembourser une somme astronomique, Viper se voit contraint d'accepter les missions les plus farfelues (exfiltrer un espion en danger de mort, livrer des cristaux-m pornos...) et deviendra la cible favorite des dangereux clowns gris.

Roland Wagner, puisque c'est bien lui qui se cache derrière ce pseudo, a dû prendre un plaisir jubilatoire à écrire cette gigantesque et réjouissante loufoquerie. Tout y est en effet motif à rire et à dérision. Ça commence dès le titre et ça continue tout au long des 300 et quelques pages que compte le bouquin. Les noms des planètes ou des galaxies sont autant de clins d'œil aux grands auteurs de SF ou à l'une de leurs œuvres, les Extra-Terrestres y empruntent les formes les plus inattendues et les situations burlesques se suivent à un rythme endiablé. 


Côté personnages, il n'hésite pas à recourir aux stéréotypes les plus éculés et c'est ainsi que défilent devant nous le gentil baroudeur revenu de tout, l'ado en rupture familiale et même un huissier de justice qui, pour le coup, n'a plus rien d'humain. Et puis il y a Ganja, la biopuce Shag TM 73-S à prise A+, sorte de nounours psychédélique et complètement jeté, aussi intelligent qu'effronté, capable de vous sortir de situations invraisemblables ou de vous plonger dans les pires emmerdes...


L'histoire, elle, se résume aux missions confiées à Viper avec en toile de fond le conflit qui oppose deux planètes : Spirit of America et New Amsterdam. Une opposition volontairement exagérée et permettant à Roland Wagner de jouer à fond la carte de cette dissemblance. D'une part un monde austère, gris et bétonné à l'extrême, peuplé des descendants de japonais et d'américains qui ont pris les plus mauvais côtés de leurs ancêtres : le puritanisme des premiers et l'obéissance aveugle des seconds. De l'autre, New Amsterdam, véritable petit paradis libertaire et autogéré, producteur de « sinsé », une herbe aux vertus hallucinogènes. 

Roland Wagner ne fait donc pas dans la finesse mais son délire est totalement assumé et vous assurera une lecture fertile en rebondissements et répondant à un seul mot d'ordre : de l'humour, encore de l'humour, toujours de l'humour. Une recette qui fonctionne plutôt pas mal !


Fleuve Noir Anticipation - 1991

VISIONS NOCTURNES- JOHN FLANDERS

Ce recueil nous offre un bel aperçu du talent de Raymond Jean-Marie de Kremer alias John Flanders pour les néerlandais ou Jean Ray pour les francophones. Conte humoristique, enquête policière, récit fantastique, en seize nouvelles relativement courtes, le maître de Gand distille ses histoires étranges et angoissantes sur lesquelles plane l'ombre du malin. Mais, si la présence démoniaque est souvent avérée, il lui arrive aussi de laisser le lecteur décider par lui-même si le surnaturel est réellement à l'oeuvre ou s'il s'agit de simples coïncidences (Deux heures et pis l'absence, Le miroir vénitien...). Enfin, certains récits n'ont rien à voir avec le fantastique quand bien même leurs personnages s'y livrent à des activités que l'on pourrait aisément qualifier de diaboliques (Pour les yeux de Mathilda Smith, Le voleur). 
Si beaucoup de ces histoires ont pour cadre l'Angleterre, l'auteur n'hésite pas à nous transporter dans des contrées bien plus lointaines pour des récits d'aventures exotiques (La forêt infernale, L'étrange manuscrit). Le plus souvent toutefois, le décor est plus commun quoique toujours inquiétant : des ruines (Sneaky, Knuckle et Peu Blow, L'odeur du souffre), des lieux anciens ou reculés (Le fantôme marin, le château du désert), des tavernes mal famées (Deux heures et puis l'absence). Dans tous les cas cependant, le mystère et l'épouvante sont bel et bien au rendez-vous.

"Pour les yeux de Mathilda Smith" est une chouette enquête policière que Conan Doyle aurait volontiers confiée au génie de Baker Street. Londres, des assassinats sans lien entre eux, un mystérieux chef de gang, un policier tenace sont les ingrédients de ce récit passionnant de bout en bout.

Enquête toujours avec "Deux heures et puis l'absence" où un astucieux policier parvient à mettre la main sur un assassin jusqu'ici insaisissable. Un exploit qui lui laissera pourtant un goût bien amer.

"Le fauteuil" est un récit plutôt anodin dans lequel le diable ne joue qu'un rôle indirect. Il est en revanche bien présent dans "L'odeur du souffre" où il remplit parfaitement ses fonctions de vil tentateur de marins affamés.

Lorsque Satan n'est pas à l'oeuvre, ce sont ses affidés qui prennent la relève. Ainsi, "Le fantôme marin" joue un bien mauvais tour au pêcheur qui vient taquiner le goujon sur le ponton qu'il a pris l'habitude de hanter. En revanche, dans "Sneaky, Knuckle et Peu Blow", ce sont bel et bien les trois démons de Pumblemoor qui seront floués par un simple colporteur !

"Cochrane et Jones" et "Le miroir vénitien" sont deux nouvelles dans lesquelles l'auteur explore le subconscient de ses personnages. le premier est une originale histoire de dédoublement de la personnalité tandis que le second met en scène un scélérat confronté à son reflet dans un étrange miroir et, peut-être, à sa conscience.

Place à l'aventure avec quatre récits du bout du monde. "L'étrange manuscrit" nous emmène dans les montagnes chiliennes à la découverte d'une antique civilisation réfugiée dans les flancs d'un volcan tandis que "Flammes vivantes" nous fait découvrir une race étrange autant que dangereuse au coeur du désert du Yucatan. Mexique toujours pour "La forêt infernale" qui nous met en présence d'une créature capable de prendre l'apparence de n'importe quel arbre de la forêt de Monterrey. Quant à "Château du désert", il renouvèle astucieusement l'épisode biblique de la femme de Loth.

"L'énigmatique aventure" ressemble beaucoup à "L'étrange manuscrit" même si l'action se déroule cette fois dans une région minière d'Angleterre, "La dernière peste de Bergame" est une relecture du "Masque de la mort rouge" et un bel hommage à Edgar Allan Poe, "Le convive" est un texte qui mélange fait de société et folklore portugais.

Le récit qui clôt le recueil est sans aucun doute mon préféré. Ici, pas de démon ni de fantômes, pas même un brigand ou l'une de ces infâmes crapules qui peuplent les pages des autres nouvelles. Pourtant, "Le voleur" nous propose un personnage qui fait particulièrement froid dans le dos car on ne peut s'empêcher de songer que de tels individus existent réellement. Nous avons en effet affaire à un vieil homme titillé depuis toujours par le désir de supprimer une vie. L'auteur nous montre en détail l'évolution et le développement de cette idée fixe ainsi que la façon dont il parvient à l'assouvir en toute impunité. un récit glaçant !

Nouvelles Editions Oswald - 1984


LES ENFANTS DE L'HIVER - MICHAEL CONEY

Après une catastrophe nucléaire la Terre connaît une nouvelle ère glaciaire. Tout a disparu sous plusieurs mètres de glace. La neige couvre de vastes territoires balayés par un vent continuel et sur lesquels on ne peut se déplacer qu'en ski, en raquettes ou en traineau. Jacko et sa petite tribu ont trouvé refuge dans le clocher d'une église qui émerge au milieu des étendues gelées. Cet abri leur permet aussi d'accéder à un village pris dans les glaces et aux boutiques et supermarchés où ils trouvent l'essentiel de leur nourriture. Mais cette manne tend à s'épuiser, les munitions à manquer et leur petit nombre rend leur position précaire face aux terribles "mangeurs de chair". Aussi songent-ils de plus en plus à migrer vers le sud. L'irruption de nouveaux venus et quelques découvertes changeront le cours de leur destinée. 

"Les enfants de l'hiver" est un roman de SF classique qui met en scène un groupe d'individus confrontés à une nouvelle période glaciaire. Pas vraiment d'intrigue dans ce livre, pas de grand secret ou de vengeance à long terme, pas de quête ou de lutte manichéenne. Juste le récit quasi journalier de leurs efforts pour survivre dans des conditions extrêmes. 


Et ils ont effectivement de quoi faire. Leur environnement recèle bien des dangers, à commencer par le froid, la glace et la neige. L'omniprésence de ces éléments est parfaitement rendue et l'on est saisi par cet univers uniformément blanc, par les grandes solitudes enneigées ou l'étouffement des galeries souterraines sombres et gelées. Il y a aussi les Pads, ces ours polaires hyper agressifs qui constituent la principale source de viande fraîche, et les "mangeurs de chair" un clan puissant et bien organisé pour qui la chair humaine est aussi bonne que celles des Pads et surtout moins difficile à chasser. 


Comme si cela n'était pas suffisant il leur faut également compter avec la promiscuité et les désirs de chacun. La peinture des différents caractères et des relations qu'ils entretiennent constitue d'ailleurs l'autre aspect essentiel du livre. Les récriminations incessantes de Cockade, les mensonges de Switch, l'alcoolisme de Shrug. sont autant d'obstacles que Jacko devra surmonter pour sauver le groupe et lui assurer un avenir. Malgré tout, le roman aurait pu s'enliser si Michael Coney n'avait introduit, en cours de route, d'autres personnages. De nouvelles relations se créent, des alliances se forment et l'action s'en trouve relancée. Il y aura des combats, au fusil ou à la dynamite, sous terre et à l'air libre et une étonnante course-poursuite en traineau qui m'a rappelée l'attaque de la diligence dans les westerns de mon enfance ! 

Cela nous donne au final un roman très agréable à lire, servi par un style simple et des phrases courtes qui permettent une lecture aisée et accessible même à de jeunes lecteurs. Mais rassurez- vous, ce livre ne recèle pas la moindre trace de mièvrerie et la chute, chef d'œuvre d'humour grinçant, vous en convaincra.


Albin Michel - Super Fiction - 1976

NOTRE-DAME DES TENEBRES - FRITZ LEIBER

Si la réputation de Fritz Leiber dans le domaine de la fantasy n'est plus à faire, ses incursions dans le fantastique sont beaucoup moin...