LE CULTE DE LA LUNE D'OBSIDIENNE - JAMES LOVEGROVE

Si l'on met de côté le Conan un peu particulier de Laurent Mantese (La source et la sonde), cela faisait bien longtemps qu'un nouveau pastiche du célèbre barbare n'avait été publié en France. Sauf erreur, il faut remonter aux années 80/90 et aller voir du c ôté du Fleuve Noir ou de J'ai Lu pour trouver ce type de récits. Des éditions souvent tronquées et pas toujours de la meilleure qualité.

Ici, on a trois cent pages bien tassées d'un récit solide et bien mené mais qui manque un peu de bruit et de fureur comme dirait ce cher Faulkner. la faute à un Conan qui m'a semblé un peu trop policé. Faut dire que voir le cimmérien faire des visites de courtoisie à ses amis nordiques, accompagner monsieur à la taverne, jouer les baby-sitter et se laisser cogner par une femme, c'est peut-être tendance, mais ça fait quand même un drôle d'effet. pour ma part je préfère un Conan plus taiseux, taciturne, revêche même. un barbare qui ne rechigne pas à aider autrui si tel est son bon plaisir mais qui ne s'impose aucune obligation. Un Conan plus "carpe diem" qui ne théorise pas sur sa condition et se contente de prendre les choses comme elles viennent.

D'ailleurs, l'un des principaux reproches que je ferais au roman de Lovegrove, c'est d'être trop verbeux. Le style de Howard est, ce me semble, plus raccord avec son personnage, avec des phrases courtes et sèches, pas ou peu de figures de style, pas de jeu de mot, pas de fioritures. Comme son héros, il va à l'essentiel. ici, on se perd tout de même un peu en chemin et ça alourdit pas mal le récit.

Lovegrove s'en sort heureusement beaucoup mieux avec son intrigue divisée en deux parties d'égale longueur. La première nous emmène en pays shémite, dans la cité d'Eruk où Conan se lie d'amitié avec un couple et son fils fuyant la vengeance d'une tribu d'aesirs. Quelques bastons et un peu d'humour font agréablement passer le temps en attendant ce que l'on espère être une empoignade d'anthologie entre le barbare et les vilains nordiques qui leur collent aux basques. hélas, le quintette de grands blonds se fait trucider en deux coups de cuiller à pot sans que Conan n'ait à lever le petit doigt. Déception !

J'ai donc beaucoup plus apprécié la seconde partie qui se déroule dans les Terres Pourries au sud du Kush. Là, l'auteur fait preuve d'une belle imagination pour nous concocter de belles saloperies, animales ou végétales, mais toujours prêtes à croquer l'humain imprudent qui passerait à portée de leur appétit. Il y aura aussi une cité cachée, les derniers représentants d'un peuple décadent et un abominable Grand prêtre qui, pour une fois, ne vient pas de Stygie !

Au final, le Conan de Lovegrove est un pastiche tout à fait honorable avec une intrigue qui tient la route et des personnages bien travaillés. Je n'y ai pas retrouvé le héros howardien de mes souvenirs, mais j'ai quand même passé un bon moment.

Bragelonne - 2026




REVIVRE ENCORE - ROBERT SILVERBERG

Il y a de cela quelques années, j'ai lu un excellent roman de Michael Coney dans lequel il était question d'une société qui prônait la perpétuation des individualités en greffant le cerveau des défunts dans le corps de jeunes enfants. Dans "Revivre encore", on retrouve cette idée de pérennité de l'esprit (ou de l'âme) à laquelle aspire une bonne partie de l'humanité. ici, ce ne sont pas les cerveaux mais des enregistrements de leur contenue (la persona) qui sont conservés puis implantés chez d'autres hommes  et femmes qui souhaitent s'adjoindre la personnalité ou les connaissances d'un défunt.

A partir de cette idée pour le moins surprenante, Robert Silverberg nous a concocté une chouette intrigue qui joue sur plusieurs registres, de l'enquête policière au thriller économique. Dès les premiers chapitres, tout est déjà en place et nous suivrons tour à tour une jeune femme qui enquête sur la mort suspecte de sa persona, deux hommes d'affaires qui cherchent s'approprier l'esprit d'un célèbre capitaine d'industrie et un homme luttant contre une persona qui tente de prendre le contrôle de son "moi".

Tout cela donne lieu à des scènes drôles et angoissantes qui dessinent le portrait au vitriol d'une société où les nantis ne se contentes plus de désirer toujours plus mais souhaitent également en profiter ad aeternam.

Pocket SF - 2984





LA NUIT DES ENFANTS ROIS - BERNARD LENTERIC

Une multinationale décide de lancer un vaste programme de recherche dans toutes les écoles maternelles des Etats-Unis afin de détecter les enfants surdoués. Quelques années plus tard, alors que tout le monde s''est désintéressé du projet, Jimbo Farrar, génie de l'informatique chargé du suivi de ce programme, déniche 7 petites têtes blondes incroyablement intelligentes. Malheureusement à l'occasion de leur première rencontre, les enfants sont sauvagement agressés dans Central Park. Dès lors, ils n'auront de cesse de faire payer à tous les adultes le viol de leurs espérances. 

Malgré un ton volontiers enjoué et un mode de narration original ce livre ne m'a pas du tout accroché. Il faut dire à sa décharge qu'une grande partie de son intrigue repose sur le rôle joué par un super ordinateur ainsi que sur la description de manipulations informatiques. Or, si à l'époque de sa sortie (1981) cet aspect pouvait avoir un côté novateur, il ne présente aujourd'hui que peu d'intérêt et prête même à sourire tant la technologie décrite a évoluée depuis lors. 

Mais ce qui m'a réellement gêné dans ce roman, ce sont les petits héros eux-mêmes. Leur côté omnipotent et quasi invincible m'a rapidement lassé et j'ai eu un peu de mal à croire en leur communauté d'esprit, leur "symbiose intellectuelle", d'autant que l'auteur n'apporte aucun éclaircissement à ce sujet. 

Finalement, la seule idée qui m'ait intéressée est la philosophie adoptée par ces petits monstres qui assimilent l'âge adulte à une maladie. 

Le livre de Poche - 1982

LE RETOUR DU DR NIKOLA - GUY BOOTHBY

Le docteur Nikola est de retour et je ne suis pas mécontent. Il est en effet bien plaisant de retrouver ce personnage ambivalent porté par une inextinguible soif de savoir et prêt à tout pour parvenir à ses fins. Bien agréable aussi le style un peu daté de Guy Boothby et la délicieuse ambiance victorienne dans laquelle baigne son roman. Un roman qui n'a que peu à voir avec le précédent puisque l’on n'a plus affaire à un récit d'aventures exotiques mais à un curieux mélange de roman gothique et d'histoire de savant fou. 

L'essentiel de son récit se déroule en effet dans un château médiéval perdu sur une lande déserte en bord de mer. Les personnages évoluent donc dans un décor sombre et inquiétant où passages secrets et souterrains apportent une sérieuse dose de mystère. L'histoire flirte aussi avec la science-fiction puisque ce cher docteur, plus que jamais décidé à percer le secret de l'immortalité, se livre à une expérience visant à rajeunir un vieillard. L'occasion pour l'auteur de se lancer dans des descriptions d'appareillages scientifiques qui rappellent un peu ceux que l'on voit dans la plupart des films mettant en scène le personnage du Dr Frankenstein.

Hélas, si l'ambiance est parfaite, il n'en va pas de même de l'intrigue. Si l'on excepte la menace qu'un assassin chinois fait peser sur Nikola et son équipe ainsi que la petite amourette entre une jeune femme et son assistant, il ne se passe franchement pas grand-chose. Heureusement le roman est plutôt court et l'on n'a guère le temps de s'ennuyer...

Garancière - Aventures Fantastiques - 1987

LES FURIES - KEITH ROBERTS

Des essais nucléaires simultanés ont provoqué de terribles séismes qui ont bouleversé la surface de la Terre. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, des guêpes d’une taille et d’une férocité hors normes s’attaquent aux survivants de la catastrophe. A peine sortis des décombres de sa maison, Bill Sampson et son amie doivent donc faire preuve d’audace et d’ingéniosité pour leur échapper et rallier les secours. Mais il leur faut bientôt se rendre à l’évidence : les guêpes constituent désormais la seule force organisée d’Angleterre et, sans doute, du monde. Fait prisonnier par ces insectes, puis interné dans un camp de travail, Bill parviendra à s’évader et, avec une poignée de compagnons, entrera en résistance face à l’envahisseur.

Voici un bel exemple de roman catastrophe tel que les britanniques s’en sont fait une spécialité. Ici, Keith Roberts a la main lourde puisque ce sont deux calamités qui s’abattent sur ces concitoyens : une catastrophe naturelle (encore qu’un peu aidée par l’homme) et une invasion extra-terrestre. Un schéma qui n’est pas sans rappeler « La révolte des Triffides » de John Wyndham, dans lequel les hommes étaient confrontés à un aveuglement général de la population et à une invasion extra-terrestre. C’est d’ailleurs cette conjonction des catastrophes qui explique dans l’un et l’autre cas, la rapidité avec laquelle la société s’effondre et se retrouve à la merci de ses assaillants. Mais la comparaison s’arrête là car, si Wyndham s’attache très vite à nous décrire la façon dont les survivants se réorganisent et entament une lente reconstruction de leur monde, « Les furies » est davantage le récit d’une lutte. 


Ce côté « roman de guerre » est d’ailleurs particulièrement sensible dans la seconde moitié du livre où il est question de camps de prisonniers, de maquisards et de coups de mains. J’ai beaucoup moins apprécié cette partie et l’aurait même trouvée bien terne n’eut été la richesse psychologique des personnages. Keith Roberts nous fait parfaitement ressentir l’état d’esprit qui les anime et les différentes phases par lesquelles ils passent. L’espoir né de leur évasion, l’euphorie des premières victoires, la tristesse liée à la mort d’un camarade ou l’accablement face à l’ampleur de la tâche à accomplir, tout cela est décrit avec beaucoup de justesse et de sobriété. Et comme l’auteur a une jolie plume, cela donne lieu à de fort jolies pages qui compensent largement la faiblesse du dénouement.


Librairie des Champs-Elysées - Le Masque Science-Fiction - 1979

TOXOPLASMA - SABRINA CALVO

Dans un Montréal sécessionniste qui tente de mettre en place une nouvelle forme de société, Nikki travaille dans un video-club spécialisé dans les films d’horreurs. Elle passe son temps libre à rechercher les chats perdus et à s’embrouiller avec sa copine Kim, une informaticienne extrêmement douée qui forme avec Meï et Jove un trio de hackers très recherché. Alors que la ville se prépare à subir l’assaut des troupes gouvernementales, ils vont se retrouver mêlés à une affaire aussi étrange que dangereuse.

 Je ne suis pas, loin s’en faut, ce que l’on appelle un geek. L’informatique reste pour moi une terra incognita sur laquelle je m’aventure avec beaucoup de prudence et les mots joystick, Game-Boy ou Play-Station ne m’évoquent aucun souvenirs. J’ai donc éprouvé quelques difficultés à m’immerger dans ce roman cyber punk où les nouvelles technologies tiennent une place importante. Les très nombreux passages consacré aux « runs » de Kim et de ses amis sur la toile (la grille) m’ont ainsi parus bien abscons et les nombreuses références aux films d’horreurs qui parsèment le roman ne m’ont pas toutes parlées. Je manque d’une certaine culture underground et il est très vraisemblable que certaines explications, certaines clés m’aient échappées. Pour autant, je n’ai pas été insensible à cet univers décalé, à l’ambiance générale du récit et à son ton si particulier. 


Le cadre est en effet plaisant. Ce Montréal d’après-demain peuplée de hippies et de milices populaires fait penser à une nouvelle commune. Dans cette ville en état de siège qui ressemble à une cocotte-minute où mijotent les idées les plus folles, où l’on troque et où l’on s’autogère, chacun projette ses désirs et ses rêves les plus fous dans une utopie anarchisante, s’octroyant une petite parenthèse d’espoir avant la répression et le clap de fin.


Même constat côté style. L’écriture de David Calvo est novatrice. Abrupte, changeante avec un recours intéressant à différentes techniques de langages - les « clavardages » de Meï, la ventriloquie de Nikki – elle est en parfaite concordance avec l’ambiance. L’auteur innove, essaye, ose. Il donne à son roman un rythme trépidant, très visuel malgré quelques passages un peu chiants dont le long chapitre central qui alterne à chaque paragraphe les aventures de Kim et celles de Nikki nous imposant des aller/retours un peu fastidieux. Les conversations techniques entre Meï et Kim m’ont également un peu lassé mais elles étaient sans doute nécessaires compte tenu du sujet.


Heureusement, le trio d’héroïnes évite, lui, tout ennui. Entre le sale caractère de Meï, le culte que Nikki voue à l’informatique et la culture vidéo de Nikki on a largement de quoi faire. Elles ne sont pas forcément sympathiques ces trois nanas mais elles sont entières et sans tabous, décidées à tirer leur épingle du jeu dans un monde bien pourri qui ressemble un peu au notre, juste un peu plus libéral, un peu plus égoïste, un peu plus dangereux. Elles n’ont pas totalement abdiqué leur joie de vivre et conservent l’espoir d’un avenir meilleur dans une Islande fantasmée où vivre libre et heureux est paraît-il encore possible…


Auparavant, il leur faudra résoudre une énigme tortueuse où il question d’expériences sur les rêves, de meurtres d’animaux et des sombres visées d’une multinationale. Une intrigue assez touffue qui met longtemps à se dessiner mais qui est joliment portée par l’atmosphère d’urgence et de no future qui imprègne tout le récit. Le tout se conclue sur une fin ouverte qui nous laisse libre de choisir la chute qui nous arrange même si on sait bien tout au fond de nous que ce sont toujours les méchants qui ont le dernier mot.


La volte - 2017

REQUIEM DES INNOCENTS - LOUIS CALAFERTE

"Requiem des innocents" est un récit autobiographique qui nous relate l'enfance de l'auteur dans la zone de la banlieue lyonnaise. Mais peut-on réellement parler d'enfance pour décrire cette partie de la vie du jeune Louis et de ses camarades ? Une vie dans un de ces bidonvilles sordides qui fleurissaient avant-guerre sur les fortifs des grandes villes. Une vie de misère qui les force dès le plus jeune âge à la débrouillardise et au vol. Une vie de violence quotidienne et d'alcoolisme généralisé où seule la force est reconnue et respectée. Une vie d'indigence économique, culturelle mais aussi, affective. 

Dans la zone, l'amour est une denrée rare, pour ne pas dire inexistante. Les relations hommes/femmes se limitent à quelques étreintes vite expédiées et les enfants qui naissent de ces unions sont rarement désirés. Un toit en tôle sur la tête, une tranche de pain rassis et une bonne dose de torgnoles, voilà à quoi se résume l'éducation qui leur est dispensée. Pour le reste, qu'ils se démerdent ! Et les parents de l'auteur sont au diapason si l'on en croit cette diatribe lancée à sa mère : "Il ne fallait pas me laisser venir. Garce. Il fallait recourir à l'hygiène. Il fallait me tuer. Il ne fallait pas me laisser subir cette petite mort de mon enfance, garce. Si tu n'es pas morte, je te retrouverais un jour et tu paieras cher, ma mère."


Pour nous décrire cet univers de crasse, d’alcool et de violence, Louis Calaferte sait trouver les mots qui font mouche et qu’il arrange en un argot poétique d’une grande force. La hargne de l’enfant blessé transparait dans chacune des phrases de l’adulte qui n’a rien oublié de ses souffrances. C’est dur, mais c’est beau et ça m’a fait à peu près le même effet que lorsque j’ai lu mon premier Bukowski.


Folio - Gallimard - 2000



LE JOUR DE LA GRATITUDE AU TRAVAIL - AKIKO ITOYAMA

Je n'ai fait jusqu'à présent que de rares incursions dans le domaine de la littérature nippone. Je me rappelle avoir lu Le pavillon d'or de Yukio Mishima parce que, ben, c'était Mishima. Mais ça m'avait passablement barbé ; trop contemplatif à mon goût. J'ai ensuite eu une période Yasushi Inoue, en particulier pour ses romans historiques. Et puis surtout, j'ai dévoré l'excellentissime Femme des sables de Abe Kobo, lu après avoir visionné le non moins superbe film éponyme de Hiroshi Teshigahara. Et c'est à peu près tout. Il était donc plus que temps de retourner faire un tour du côté du soleil levant. C'est en furetant dans les rayons de ma bibliothèque municipale que mon choix s'est arrêté sur ce livre dont le titre a interpellé le français de base que je suis.

Le jour de la gratitude au travail est le récit enjoué quoique teinté d'amertume d'une journée de la vie d'une japonaise d'aujourd'hui.

Trente-six ans, toujours célibataire, Kyöko a un caractère bien trempé. C'est d'ailleurs en remettant vertement à sa place un patron indélicat qu'elle a perdu son boulot et pointe désormais au chômage. Une situation difficile à vivre dans un Japon où l'emploi est autant un signe d'intégration sociale qu'un moyen de subvenir à ses besoins. Retournée vivre chez sa mère qu'elle aide chichement avec ses maigres allocations, elle se sent obligée d'accepter le "rendez-vous arrangé" proposé par une voisine.

Comme on peut sans douter, l'entrevue ne sera pas à la hauteur des espérances de l'entremetteuse. Entre la pétulante trentenaire et le cadre supérieur imbu de sa personne, l'atmosphère sera glaciale mais aura le mérite de pousser Kyöko à s'interroger sur sa situation.
On sent chez elle, malgré sa bonhomie naturelle, beaucoup de déception à l'égard d'une société japonaise encore très traditionaliste. Un pays où les mentalités évoluent trop lentement et dans lequel les femmes ne sont pas encore tout à fait reconnues à l'égal de l'homme.

Elle éprouve aussi de la rancœur envers ces entreprises où elles doivent en faire davantage pour progresser quand elles ne sont pas cantonnées à des tâches subalternes (mais c'est aussi vrai en France). Tout cela génère un gros ressentiment qui s'exprime dans ce véritable cri du cœur : "c'est chiant d'être une femme".

J'attendrai au large est plus drôle et plus tendre malgré un thème à priori plus dramatique. Futo et Oïkawa, deux collègues de travail, se promettent qu'au cas où l'un d'eux venait à mourir, le survivant ferait disparaître de l'ordinateur du défunt les dossiers qu'il juge gênants. 
La plus grande partie de l'histoire nous conte le parcours professionnel de ces deux jeunes diplômés embauchés par la même société. Nous découvrons par leur biais la vie dans une entreprise japonaise. Un univers finalement plus humain que ne le laissent supposer les clichés qui ont cours en France. Les journées sont certes longues, on n'y compte pas ses heures supplémentaires et les mutations sont régulières. Néanmoins, les rapports entre collègues semblent aussi cordiaux que chez nous. Preuve en est de ce pacte entre Futo et Mlle Oïkawa qui est au cœur de l'histoire et qui mettra la jeune femme en présence du fantôme de son ami. Cette petite touche de fantastique est traitée sur un mode humoristique qui enlève toute sa tristesse au décès de Futo (le pauvre est mort pour avoir reçu un suicidé sur le crâne). L'histoire s'en trouve allégée et nous laisse une agréable sensation de bonhomie et de fraîcheur.

Bien que récents, on sent dans ces deux récits beaucoup de nostalgie. Celle des années de fac et des copains de promo, celle des débuts dans la vie active, celle de la bulle économique des années 90, époque bénie où le Japon ne connaissait pas le chômage. Deux jolies tranches de vies rédigées à la première personne par des japonaises actives et indépendantes.

Editions Picquier - 2010

DOCTEUR NIKOLA - GUY BOOTHBY

Jeune aventurier sans le sou échoué à Shangaï, Bruce Wilfred n'a d'autre choix que d'entrer au service du mystérieux Docteur Nikola. Ensemble, ils vont s'aventurer au coeur de l'empire du Milieu à le recherche de secrets immémoriaux.

Je ne sais pas si cela tient à la couverture de Beh Deum ou au résumé de la 4ème de couv' mais, en entamant ce roman de Guy Boothby, je pensais avoir affaire à une histoire de génie du mal avide de puissance et bien décidé à asservir le monde à sa volonté. Or, ce n'est pas exactement le cas. S'il est bien question d'une dangereuse société secrète dirigée par un triumvirat aux immenses pouvoirs, "Le docteur Nikola" est avant tout un roman d'aventures exotiques. 

Ecrit dans les années 1890 par un auteur australien, il s'agit d'un récit dont le but est de dépayser le lecteur de l'époque et lui faire découvrir des régions encore largement méconnues du britannique moyen. En revanche, le lecteur du XXIème siècle risque de s'ennuyer en suivant des péripéties qui m'ont parues fades et assez répétitives. Evasions, courses poursuites, cavalcades dans les montagnes tibétaines ou la campagne pékinoise, pas (ou plus) de quoi enflammer l'imagination. C'est heureusement très bien écrit, dans un style un peu daté mais très agréable à lire pour qui aime les vieilles tournures et les formules ampoulées.

Finalement, le principal intérêt de ce roman réside dans la personnalité de ce fameux Docteur Nikola qui lui donne son titre. Un individu complexe, fidèle en amitié et aimable avec les faibles mais capable de se montrer intraitable envers ceux qui se mettent en travers de son chemin. C'est aussi un esprit éclairé, touche à tout génial dôté d'une volonté de fer. C'est bel et bien lui le héros de cette histoire et non pas le narrateur qui concentre pourtant les qualités du "brave coeur" en vogue dans les romans d'alors. Et c'est tant mieux car cela donne au récit une touche d'ambigüité qui oblige le lecteur à se demander s'il souhaite la réussite ou l'échec de l'étrange docteur.

Garancière - Aventures Fantastiques - 1986

 


LA MEMOIRE DU MORT - CURT SIODMAK

A la fin des années soixante, en pleine guerre froide, un scientifique Est-Allemand est gravement blessé alors qu’il tente de passer à l’ouest. Désespérant de le sauver, la CIA demande au Dr Cory d’expérimenter sur le moribond sa technique de transfert de la mémoire afin de récupérer des informations capitales. La mémoire du mort est ainsi « implantée » dans l’organisme de l’assistant du docteur Cory. Sa mémoire, mais peut-être aussi, sa personnalité…

 Voici le deuxième livre que Curt Siodmak publie dans la série noire et, là encore, il est question d’une expérience sur le cerveau et des conséquences induites sur la vie du cobaye. Nous y retrouvons d’ailleurs le docteur Cory, héros du « Cerveau du nabab », qui joue cette fois-ci les seconds rôles, simple observateur de la transformation de son assistant.


Ce petit rappel étant fait, précisons de suite que ce livre ne souffre pas la comparaison avec son prédécesseur. L’aspect « scientifique » de l’histoire n’est que peu développé et la partie espionnage guère intéressante. On y passe quantité de frontières, on y est capturé, emprisonné, interrogé, on s’échappe, on est repris et interrogé à nouveau, puis l’on s’échappe encore… C’est affreusement long, répétitif et ne présente aucun intérêt d’autant que la chute se laisse très vite deviner. Non vraiment, Siodmak aurait pu faire beaucoup mieux. Un exemple : l’esprit du défunt qui fût une victime du nazisme se retrouve placée dans le corps d’un juif. N’eut-il pas été plus captivant de placer dans ce même corps les pensées d’un nazi et suivre le combat intérieur qui en découlerait ?


Gallimard - Série Noire - 1969

LE CULTE DE LA LUNE D'OBSIDIENNE - JAMES LOVEGROVE

Si l'on met de côté le Conan un peu particulier de Laurent Mantese (La source et la sonde), cela faisait bien longtemps qu'un nouvea...