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LA MORT DE LA TERRE - J. H. ROSNY AINE

Dépressifs, passez votre chemin ! 

"La mort de la Terre" est un récit empreint d'un pessimisme profond dans lequel l'auteur met en scène les derniers temps de l'espèce humaine. Au moment où débute l'histoire, l'humanité est déjà moribonde. Quelques milliers d'habitants survivent difficilement dans les rares oasis d'une planète désertique et soumise à d'impressionnants tremblements de terre. Bien que technologiquement avancés, ils peinent aussi à enrayer la propagation des ferromagnétaux, une espèce dont la proximité peut s'avérer mortelle.

L'évocation de cette société en sursis se fait par petites touches et sans jamais vraiment approfondir le sujet. cela donne néanmoins une bonne idée de son adaptation matérielle et spirituelle à une situation extrêmement précaire. Nous apprenons ainsi que la régulation des naissances est pratiquée, l'euthanasie encouragée et que, d'une manière générale, l'optimisme et la foi en l'avenir ne sont plus d'actualité. La fin est proche. Chacun le sait et la plupart n'essayent même plus de lutter. Seul targuâtes refuse de baisser les bras en cherchant continuellement de nouvelles sources. Animé d'une volonté de fer, il tentera l'impossible pour sauver d'abord son clan puis simplement sa famille et garder une étincelle d'espoir.

J'ai pour ma part beaucoup aimé la chute de cette novella qui voit le dernier homme accepter l'inéluctable et reconnaître la suprématie d'une nouvelle forme de vie. Une sorte de passage de témoin d'une espèce à une autre. La preuve aussi que le roman porte mal son nom car ce n'est pas à la fin de la Terre que nous assistons, mais à celle de l'humanité. Ne nous en déplaise, la Terre nous survivra et avec elles bien des formes de vie, animales, végétales et, pourquoi pas, minérales...

Ce texte est précédé de deux nouvelles.

La première est une histoire de conquête spatiale assez banale où nous suivons trois astronautes dans leur exploration de la planète Mars. Son seul véritable intérêt est qu'elle préfigure ce que sera le sort des terriens quelques millénaires plus tard. Une planète désertique, quelques îlots de terrains viables, une nouvelle espèce en expansion rapide, le pessimisme et l'atonie des derniers martiens : la Terre ne fera que bégayer le malheureux exemple de la planète rouge.

La seconde est un court récit sans grand intérêt qui nous montre une Terre en proie à une catastrophe environnementale majeure. Peut-être déjà le début de la fin...

Denoël - Présence du Futur - 1983

LES ENFANTS DE L'HIVER - MICHAEL CONEY

Après une catastrophe nucléaire la Terre connaît une nouvelle ère glaciaire. Tout a disparu sous plusieurs mètres de glace. La neige couvre de vastes territoires balayés par un vent continuel et sur lesquels on ne peut se déplacer qu'en ski, en raquettes ou en traineau. Jacko et sa petite tribu ont trouvé refuge dans le clocher d'une église qui émerge au milieu des étendues gelées. Cet abri leur permet aussi d'accéder à un village pris dans les glaces et aux boutiques et supermarchés où ils trouvent l'essentiel de leur nourriture. Mais cette manne tend à s'épuiser, les munitions à manquer et leur petit nombre rend leur position précaire face aux terribles "mangeurs de chair". Aussi songent-ils de plus en plus à migrer vers le sud. L'irruption de nouveaux venus et quelques découvertes changeront le cours de leur destinée. 

"Les enfants de l'hiver" est un roman de SF classique qui met en scène un groupe d'individus confrontés à une nouvelle période glaciaire. Pas vraiment d'intrigue dans ce livre, pas de grand secret ou de vengeance à long terme, pas de quête ou de lutte manichéenne. Juste le récit quasi journalier de leurs efforts pour survivre dans des conditions extrêmes. 


Et ils ont effectivement de quoi faire. Leur environnement recèle bien des dangers, à commencer par le froid, la glace et la neige. L'omniprésence de ces éléments est parfaitement rendue et l'on est saisi par cet univers uniformément blanc, par les grandes solitudes enneigées ou l'étouffement des galeries souterraines sombres et gelées. Il y a aussi les Pads, ces ours polaires hyper agressifs qui constituent la principale source de viande fraîche, et les "mangeurs de chair" un clan puissant et bien organisé pour qui la chair humaine est aussi bonne que celles des Pads et surtout moins difficile à chasser. 


Comme si cela n'était pas suffisant il leur faut également compter avec la promiscuité et les désirs de chacun. La peinture des différents caractères et des relations qu'ils entretiennent constitue d'ailleurs l'autre aspect essentiel du livre. Les récriminations incessantes de Cockade, les mensonges de Switch, l'alcoolisme de Shrug. sont autant d'obstacles que Jacko devra surmonter pour sauver le groupe et lui assurer un avenir. Malgré tout, le roman aurait pu s'enliser si Michael Coney n'avait introduit, en cours de route, d'autres personnages. De nouvelles relations se créent, des alliances se forment et l'action s'en trouve relancée. Il y aura des combats, au fusil ou à la dynamite, sous terre et à l'air libre et une étonnante course-poursuite en traineau qui m'a rappelée l'attaque de la diligence dans les westerns de mon enfance ! 

Cela nous donne au final un roman très agréable à lire, servi par un style simple et des phrases courtes qui permettent une lecture aisée et accessible même à de jeunes lecteurs. Mais rassurez- vous, ce livre ne recèle pas la moindre trace de mièvrerie et la chute, chef d'œuvre d'humour grinçant, vous en convaincra.


Albin Michel - Super Fiction - 1976

LA TERRE ENDORMIE - ARCADIUS

A la suite d'une expérience qui a mal tourné, tous les mammifères de la planète, dont les hommes, se trouvent plongés dans un profond sommeil. Seuls sont demeurés éveillés les quelques savants responsables de la catastrophe, leur commanditaire et ses hommes de mains. Tandis que les premiers cherchent un remède à Londres ou Paris et que les autres jouissent de la situation, la végétation en profite pour reprendre ses droits !

C'est la couverture de ce livre trouvé chez mon bouquiniste favori, qui m'a incité à en faire l'acquisition. Difficile en effet de résister à la vision de ces immeubles submergés par une végétation luxuriante et à son titre accrocheur quand on est, comme moi, amateur de récits post-apocalyptique. Car voyez-vous, ces quelques indices associés au résumé de la quatrième de couv' m'ont immédiatement fait penser à un livre du genre. Ce en quoi je n'avais pas tout à fait raison. 

On ne peut en effet pas vraiment parler de post-apo à propos de ce roman puisque c'est surtout la catastrophe, sa genèse, son déroulement et les bouleversements qu'elle induit qui intéressent l'auteur. L'après, le comment les survivants s'organisent n'est pas envisagé et, de toute manière, l'histoire se termine sur la promesse d'un retour à la normale. En fait, si je devais lui trouver une filiation, ce serait plutôt avec les romans catastrophes de "l'école britannique" et plus particulièrement avec les "Triffides" de John Wyndham car, dans ces deux livres, l'humanité est victime d'un fléau qui permet au règne végétal d'occuper le devant de la scène. 

Pour ce qui est de l'écriture, des dialogues ou du rythme, on est bien dans le ton de ce qui se faisait en France au début des années soixante. C'est particulièrement sensible avec les personnages qui demeurent assez convenus : un héros fort et néanmoins intelligent (c'est un chercheur !), une héroïne belle et volontaire (c'est une journaliste !) et un méchant tout à fait caricatural, à la fois savant fou et milliardaire mégalomane. Il y a même le petit détail qui tue avec cette inquiétante main métallique dont paraissent dotés tous les affreux de la littérature populaire ! 

On notera malgré tout quelques scènes de violence gratuite qui surprennent et dénotent dans ce livre par ailleurs bien sage. On y voit ainsi des soudards faire des cartons sur les passants endormis, en défenestrer quelques autres ou assister comme au spectacle au déraillement de trains que la main de l'homme n'est plus en mesure d’arrêter. Nous avons aussi quelques belles descriptions d'un Paris non pas désert, mais figé. Un peu comme si le temps s'était arrêté, transformant la ville en un gigantesque musée Grévin. Plus loin, l'auteur nous propose une jolie peinture d'une nature émancipée et comme prise de frénésie. Des rosiers barbelés, des lianes serpentines et des fleurs carnivores s'attaquent à de pauvres humains transformés en gibier. 

Lisez-le ! C'est classique mais néanmoins surprenant, désuet mais original.

Hachette -  Le Rayon Fantastique - 1961

CELL - STEPHEN KING

Boston, 15 heures. Alors qu'il fait la queue devant le stand d'un glacier, tout bascule autour de Clayton Riddell : les habitants de la ville semblent être pris de folie et commencent à s'entre tuer. Échappant de peu au massacre, Clay se rend compte que cette "épidémie" a été provoquée par un message relayé par tous les téléphones portables. En compagnie d'un vieil homme et d'une adolescente, il décide alors de rejoindre son fils avec l’espoir qu’il ait échappé à la sonnerie fatidique.  Mais leur chemin sera jalonné de rencontres dangereuses tandis que plane sur leur destin une menace plus grande encore.

Avant " Cell " je n'avais lu qu'un seul roman de Stephen king, Rage, il y de çà une quinzaine d'années. L'expérience n'avait pas été concluante et je me souviens que le style de l'auteur m'avait paru assez médiocre. Aussi n'est-il pas étonnant qu'il m'ait fallu si longtemps pour tenter une nouvelle approche de cet écrivain. Hélas la lecture de " Cell " n'est pas parvenue à me faire changer d'opinion. Deux raisons à cela. 

Tout d'abord l'intrigue et son déroulement. Nous sommes à priori en présence d'un livre ayant pour thème le post-apo et les zombies (la dédicace à Richard Matheson et Georges Romero le laisse en tout cas supposer), mais finalement ce roman ne fait qu'emprunter aux deux genres sans parvenir ni à s'en démarquer réellement, ni à s'y insérer tout à fait. 

Et pourtant, côté post-apo, çà ne s'annonçait pas trop mal. La description de la catastrophe qui met fin au monde tel que nous le connaissons est même assez spectaculaire et donne lieu à quelques scènes bien violentes et bourrées d'hémoglobine. En tous cas, elle suffit à jeter les bases du genre et voilà nos survivants formant de petits groupes qui s'arment pour se défendre et résister aux affreux " zombies ". Mais, alors que l'on s'attend à assister à leur lutte quotidienne contre l'adversité en général et les morts-vivants en particulier, Stephen King introduit un nouvel élément, d'ordre fantastique cette fois. 

Alors, exit le post-apo. Soit. Mais que nous propose-t-on en échange ? Malheureusement, rien de très convaincant, juste une histoire de zombies télépathes et télékinésistes (c'est à dire quasi tout puissants) acharnés à se venger des vilains humains qui leur ont mis des bâtons dans les roues. Ce n'est pas que l'idée elle-même soit inepte mais il faut avouer qu'elle est tout sauf passionnante et qu'il est difficile de s'intéresser au destin de personnages qui ne disposent plus de leur libre arbitre. 

Dès lors, à l'instar des héros, nous ne faisons plus que subir. Subir une sorte de " road movie " sans relief, subir une histoire qui peine à trouver une conclusion satisfaisante et subir aussi le style de l'auteur. Style qui constitue d'ailleurs le second point noir de ce roman. Ce n'est pas à proprement parler mal écrit, loin de là, mais la narration souffre de trop nombreuses longueurs et digressions qui n'apportent pas grand-chose à l'intrigue. Ajoutons-y cette manie de citer des marques à tout bout de champs (de sport, de véhicule, d'aliments, d'armes...) et cela nous donne un résultat légèrement horripilant. 

Ce qui me surprend avec Stephen King c'est que, autant j'ai pu apprécier certaines adaptions cinématographique de ses romans, autant ces deux lectures m'ont parue particulièrement pénibles. Mauvais choix ? Peut-être. Mais pour m'en assurer il faudrait faire une nouvelle tentative. En aurais-je le courage ? 

Albin Michel - 2006

LES FURIES - KEITH ROBERTS

Des essais nucléaires simultanés ont provoqué de terribles séismes qui ont bouleversé la surface de la Terre. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, des guêpes d’une taille et d’une férocité hors normes s’attaquent aux survivants de la catastrophe. A peine sortis des décombres de sa maison, Bill Sampson et son amie doivent donc faire preuve d’audace et d’ingéniosité pour leur échapper et rallier les secours. Mais il leur faut bientôt se rendre à l’évidence : les guêpes constituent désormais la seule force organisée d’Angleterre et, sans doute, du monde. Fait prisonnier par ces insectes, puis interné dans un camp de travail, Bill parviendra à s’évader et, avec une poignée de compagnons, entrera en résistance face à l’envahisseur.

Voici un bel exemple de roman catastrophe tel que les britanniques s’en sont fait une spécialité. Ici, Keith Roberts a la main lourde puisque ce sont deux calamités qui s’abattent sur ces concitoyens : une catastrophe naturelle (encore qu’un peu aidée par l’homme) et une invasion extra-terrestre. Un schéma qui n’est pas sans rappeler « La révolte des Triffides » de John Wyndham, dans lequel les hommes étaient confrontés à un aveuglement général de la population et à une invasion extra-terrestre. C’est d’ailleurs cette conjonction des catastrophes qui explique dans l’un et l’autre cas, la rapidité avec laquelle la société s’effondre et se retrouve à la merci de ses assaillants. Mais la comparaison s’arrête là car, si Wyndham s’attache très vite à nous décrire la façon dont les survivants se réorganisent et entament une lente reconstruction de leur monde, « Les furies » est davantage le récit d’une lutte. 


Ce côté « roman de guerre » est d’ailleurs particulièrement sensible dans la seconde moitié du livre où il est question de camps de prisonniers, de maquisards et de coups de mains. J’ai beaucoup moins apprécié cette partie et l’aurait même trouvée bien terne n’eut été la richesse psychologique des personnages. Keith Roberts nous fait parfaitement ressentir l’état d’esprit qui les anime et les différentes phases par lesquelles ils passent. L’espoir né de leur évasion, l’euphorie des premières victoires, la tristesse liée à la mort d’un camarade ou l’accablement face à l’ampleur de la tâche à accomplir, tout cela est décrit avec beaucoup de justesse et de sobriété. Et comme l’auteur a une jolie plume, cela donne lieu à de fort jolies pages qui compensent largement la faiblesse du dénouement.


Librairie des Champs-Elysées - Le Masque Science-Fiction - 1979

LA MORT DU FER - SERGE SIMON HELD

La première fois que j'ai entendu parler de "La mort du fer", c'est dans la postface de l'édition Robert Laffont de "La Terre demeure" de George Stewart. Dans cet appendice, Rémi Maure s'y livrait à une étude du post-apoctalyptisme et citait de nombreux romans du genre dont celui de Serge Simon Held. Hélas, il n'existait à l'époque que l'édition originale de 1931, ce qui le rendait quasi introuvable. Fort heureusement, l'Arbre Vengeur et son goût pour les vieilleries conjecturales sont passés par là et l'on peut désormais se le procurer très facilement. J'ai donc sauté sur l'occasion et je ne regrette pas mon investissement même si cette lecture s'est avérée un peu en-deçà de mes espérances.

Pourtant, l'idée d'une maladie d'origine inconnue qui rendrait le fer impropre à toute utilisation est tout à fait saisissante et riche de nombreuses possibilités. L'auteur ne s'est d'ailleurs pas trop mal débrouillé pour mettre en scène les ravages de la "sidérose", de sa découverte dans le bassin sidérurgique du nord de le France jusqu'à ses conséquences économiques, sociales et politiques. L'angoisse des industriels en faillite, les magouilles des boursicoteurs, la misère des ouvriers jetés sur le pavé, le protectionnisme des états et les différents jeux de pouvoirs, tout y est envisagé avec intelligence et plutôt bien rendu.

Or donc, ce ne sont pas le thème du roman ni ses développements qui sont en cause mais bien la manière dont l'auteur s'y prend pour nous les présenter. Tout au long de son roman, j'ai eu le sentiment de lire un compte-rendu journalistique ou une notule encyclopédique. Qu'il s'agisse de nous décrire les catastrophes provoquées par la maladie, les manifestations d'ouvrier au chômage et les scènes de guerre civile, son style est toujours distant et purement informatif. Il en va de même de ses personnages, bien trop désincarnés pour donner de la consistance au récit. Les passages où ils vivent de leur vie propre sans être de simples silhouettes au milieu des évènements dramatiques qui se jouent sont beaucoup trop rares pour que l'on parvienne à faire nôtre leurs envies, leurs craintes, leurs sentiments... Le désastre est là. Les changements qu'il induit sont profonds et, pourtant, on ne parvient jamais à les toucher du doigt ni à s'en imprégner.

S'il n'était pas tout à fait misanthrope, Serge Simon Held n'était en tout cas pas très confiant dans la capacité de l'homme à faire émerger le meilleur. Dans son récit, la civilisation s'effondre sans que personne n'essaie réellement de s'y opposer. Politiques, militaires, syndicalistes, bourgeois, ouvriers, tous sont renvoyés dos à dos, unis dans une seule et même envie : supplanter autrui, s'approprier sa place, ses richesses, sa femme. Le règne du plus fort s'impose à nouveau tandis que disparaît l'idée d'une société fondée sur la science et la raison dont le fer était l'un des piliers.

L'Arbre Vengeur - 2019


48 - JAMES HERBERT

Londres 1948. Voilà trois ans déjà que la guerre est finie. Trois ans que Hitler, se sachant au bord de la défaite, a lâché sur l’Angleterre ses V2 chargé des souches de la peste écarlate. Trois ans que la quasi-totalité des hommes et des femmes sont morts dans d’affreuses souffrances à l’exception d’une poignée de veinards porteurs du rhésus AB négatif. Hoke est l’un de ceux-là, qui traîne son désespoir au milieu d’une ville morte tout en essayant d’échapper aux Chemises Noires de Sir Hubble…

 Ce roman de James herbert est un petit post apo sans envergure qui se contente de recycler les poncifs du genre sur fond d’uchronie. Des survivants qui errent seuls ou en petits groupes dans une ville à peu près déserte, des chiens redevenus sauvages, un dangereux mégalomane cherchant à imposer sa vision d’une nouvelle société : toutes ces idées ont déjà été abordées dans bien d’autres livres sur ce thème et avec davantage d’originalité. 


Ici, l’auteur se distingue juste par une conclusion alternative et décalée de la seconde guerre mondiale et ce n’est malheureusement pas suffisant pour nous maintenir en haleine. Ses apprentis nazis avides de sang pur (plus pour une bonne transfusion que par idéologie) sont finalement assez pathétiques et la scène des rats enflammés dans le métro londonien m’a rappelé d’autres opus de Monsieur Herbert : sans doute un réflexe de l’auteur. Pour ma part, je ne retiendrais de ce livre qu’une seule idée, celle de ce pilote allemand qui, malgré la fin de la guerre, continue son petit blitz personnel sur la capitale britannique.


Presses de la Cité - Paniques - 1999

LA PIERRE JAUNE - GEOFFREY LE GUILCHER

Jack Banks est un flic britannique chargé d’infiltrer les « jauniens », une petite communauté anarchiste du Morbihan où des activistes anglais auraient trouvé refuge. Un attentat terroriste sur l’usine de la Hague pousse les autorités à décréter l’évacuation d’une partie de la Normandie et de la Bretagne. Les jauniens refusant de partir, Jack décide de rester parmi eux…

Vu le nombre de post-apos qui sortent ces dernières années, en Blanche comme en littérature de genre, je me demande toujours s'il y a encore moyen de faire du neuf avec ce thème. La plupart du temps la réponse est non. Quelques bonnes idées, de bons personnages mais rien de transcendant. Et puis parfois, le miracle. Une approche originale, une intrigue palpitante, des situations jamais envisagées.. Hélas, j'ai tout de suite su que ce ne serait pas le cas avec le roman de Geoffrey Le Guilcher. 

D"abord, parce que l'idée d'un groupe décidé à résister dans un coin de France irradiée a déjà été abordée à plusieurs reprises et ce n'est pas Jean-pierre Andrevon (Les retombées) ou Pierre Marlson (Les compagnons de la Marciliague) qui me contrediront. Ensuite, parce qu'on est pas franchement dans un post-apo. Le monde d'avant, le nôtre, n'a pas vraiment disparu. Il est encore très présent et en état d'envoyer des militaires faire la police dans les territoires évacués. Il constitue même la principale menace à laquelle nos irréductibles bretons doivent faire face, loin devant les problèmes sanitaires ou de ravitaillement. Enfin, parce que "La pierre jaune" est avant tout le récit d'une infiltration parmi un groupe de zadistes, bien plus qu'une histoire de survie dans le monde d'après.

Et de ce point de vue, l'auteur a plutôt bien réussi son affaire. L'intrusion de Jack Banks dans la petite communauté alternative est plutôt bien amenée. sa galerie de personnages (la chaman, le geek, l'ancien de l'E.T.A, le gentil simplet...) apporte beaucoup de crédibilité à son récit et la description de leur quotidien sous contrainte est suffisamment précise pour permettre une immersion convaincante parmi cette tribu de gentils dingos. Mais c'est surtout son flic de héros qui donne corps à ce qui est aussi le compte-rendu d'un cheminement intérieur.

Au contact de sa nouvelle "famille" et d'un mode de vie radicalement différent, il va voir bon nombre de ses certitudes voler en éclat. Il va notamment se rendre compte que si les hurluberlus en tong ou rangers, les chevelus bouffeurs de quinoa, les adeptes de la féralité et autres originaux de tout poil n'ont pas la solution à nos problèmes, ils ont au moins le mérite de tenter et d'innover. Et surtout, ils ont déjà renoncé à notre délétère société du superflu.

A nous désormais de comprendre et admettre que notre survie sur une planète que nous avons lamentablement dégradé réside dans une véritable rupture. Une rupture qui pourrait être librement consentie et accompagnée par les autorités mais qui, j'en suis malheureusement convaincu, finira par s'imposer dans la douleur tant sont puissants le lobbying des industries et la force de notre déni.

Gallimard - Folio SF - 2022

LE CREPUSCULE DE BRIAREUS - RICHARD COWPER

La transformation de l’étoile Briareus Delta en supernova va être la cause de bien des catastrophes sur la Terre. Tornades et typhons font un grand nombre de victimes, le climat est bouleversé et, pire encore, l’espèce humaine est atteinte de stérilité. Mais parmi les survivants, certains commencent à développer d’étonnants pouvoirs psychiques…

Avouons-le tout net, j'ai acheté ce livre en croyant avoir affaire à un bon vieux post-apo des familles comme les britanniques s'en étaient fait une spécialité dans les années soixante-dix. Si les débuts du roman semblaient me donner raison, la suite m'a rapidement fait comprendre l'étendue de mon erreur. En dépit de quelques jolies scènes d'une Angleterre à peu près vidée de ses habitants et soumise à une nouvelle période glaciaire, "Le crépuscule de Briareus" ne fait que flirter avec ce genre, comme il ne fait qu'aborder le thème des mutants ou celui de la stérilité de l'espèce humaine. Et si les passages concernant les expériences dont les mutants sont l'objet font froid dans le dos, sa vision d'une humanité confrontée à l'imminence de son extinction n'a rien de très passionnante. Sur ce sujet, le "Barbe Grise" de Brian Aldiss est bien plus complet et beaucoup plus émouvant.

Ceci étant, ce n'est pas cette dispersion entre différents thèmes qui m'a gêné mais le manque d'emprise du personnage principal dans le déroulement de l'histoire. C'est d'autant plus dommage que Calvin Johnson ne manque pas d'épaisseur. Son passé, son caractère, ses réactions face aux bouleversements que subit l'humanité, tout concoure à en faire un individu éminemment sympathique, un homme sans préventions qui s'interroge constamment et sait écouter les autres. Hélas, il ne sera que cela et passera le plus clair du roman à subir les évènements, sans jamais peser sur son existence et laissant les autres choisir à sa place.

On m'objectera peut-être que cette absence de domination le rend précisément plus humain et permet de laisser du champs aux héroïnes féminines du roman, ce qui n'était pas si fréquent à l'époque. Pas faux, mais cela contribue aussi à renforcer son côté messianique, celui de l'homme qui détient la solution par sa seule présence et qui n'a qu'à attendre l'alignement des étoiles pour voir la prophétie se réaliser. D'ailleurs le roman s'achève sur une approche quasi mystique de l'espace et des extra-terrestres qui m'a laissé un tantinet dubitatif...

Denoël - Présence du Futur - 1976

 


HIER, LES OISEAUX - KATE WILHELM

Pollution, changements climatiques, pénurie des ressources alimentaires : la fin du monde est proche. Ou plutôt, la fin de l’humanité. Une extinction à laquelle la famille Summer ne se résout pas. Elle a de l’argent, des terres, des moyens quasi illimités et compte parmi ses membres des scientifiques de premier ordre. Son objectif : sauver l’espèce humaine. Elle y parviendra mais le résultat sera a-t-il à la hauteur de ses espérances ?

Le roman de Kate Wilhelm se partage en trois époques bien distinctes. La première suit le parcours de David Summer et de quelques autres membres de sa famille dans leur lutte pour préserver un îlot d’espoir pour l’espèce humaine. Nous les voyons organiser leur survie tandis que la société s’écroule, construire un hôpital et aménager un laboratoire à l’intérieur d’une grotte. Là, ils espèrent cloner les rares survivants, devenus stériles, afin de donner à l’homme la possibilité d’un nouveau départ.


La seconde débute plusieurs générations plus tard alors qu’une nouvelle société basée sur le clonage a vu le jour. Les individus sont créés par familles entières en fonction de leurs aptitudes et des besoins de la communauté. Une jeune femme, Molly, refuse cette vie sans relief et cherche à vivre sa différence.


La dernière partie met en scène Marc, le fils naturel de Molly, et sa révolte contre cette nouvelle humanité qui commence à montrer ses limites.


Kate Wilhelm a une bien jolie plume. Elle nous conte avec beaucoup de délicatesse ce que pourrait être notre futur si nous n’y prenons garde. Elle nous propose aussi des éléments de réflexion sur le devenir de l’homme, sur les bienfaits de la diversité et aborde fort justement certains des risques liés au clonage.


Son roman est aussi un très bel hymne à la beauté d'une nature redevenue sauvage et épanoui car libérée des contraintes que l’homme faisait peser sur elle.


Denoël - Présence du Futur - 1977

DEMAIN LES LOUPS - FRITZ LEIBER

Ce recueil nous présente quatre nouvelles se déroulant avant, pendant et après l’apocalypse nucléaire :

« Le loup solitaire » met en scène un individu qui rejette la fuite en avant d’une société toujours plus mécanisée et sophistiquée au détriment des relations humaines.

« La paire de loups » s’attache au parcours d’un couple au milieu des « terres mortes », ces étendues bouleversées par les bombardements et les radiations.

Enfin, « Loup fou » et « La horde des loups » nous content deux épisodes de la difficile reconstruction d’une société plus humaine et libérée de sa folie meurtrière.

 

Toutes ces nouvelles ont en commun une lecture pessimiste de la nature humaine et de sa capacité à faire le bien de tous. L’auteur nous suggère d’ailleurs au travers des quelques portraits qu’il nous brosse, que cette propension au mal est due à la folie qui habite chaque homme. Mais une folie qu’il est néanmoins possible de canaliser et même d’utiliser à des fins autres que destructrices. Il suffit pour cela d’un peu de bonne volonté et surtout de savoir écouter autrui comme le démontre plus particulièrement la seconde nouvelle du recueil.


Malgré tout, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’avenir selon Leiber n’a rien de réjouissant.


Pocket - Science-Fiction - 1978

LES CULBUTEURS DE L'ENFER - ROGER ZELAZNY

A l'issu des "Trois jours" pendant lesquels l'apocalypse nucléaire s'est déchaînée sur la planète, les États-Unis ont été entièrement ravagés. Seuls deux îlots de civilisation subsistent encore : Boston et Los Angeles. Mais à Boston, une épidémie de peste s'est déclarée qui menace de décimer toute la population. Disposant d'un vaccin, les autorités de Los Angeles font partir un convoi à leur secours et recrutent pour l'occasion Hell Tanner, repris de justice mais pilote émérite. Ce dernier aura fort à faire pour se frayer un chemin à travers un pays dévasté, devenu la proie d'une faune mutante et de nombreux gangs de motards.

A la lecture de ce livre on ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment de « déjà vu ». Un univers post-apo, des hordes de malfrats, un homme seul chargé d’une mission a priori impossible, voilà qui n’est pas sans rappeler certains classiques du cinéma d’action. Quelque chose comme un croisement entre "Mad Max" et "New York 2017". Sauf que « Les culbuteurs de l’enfer » a été écrit à la fin des années soixante et par conséquent, s’il y a plagiat ou disons plutôt inspiration, c’est du côté du cinéma qu’il faut le rechercher. Mais cela nous prive quand même du plaisir de la découverte et enlève au livre une part de l'originalité qu'il a pu avoir lors de sa sortie. Et puis, convenons-en, le récit est assez linéaire et se résume finalement à une folle équipée d’un bout à l’autre des States avec son lot de rencontres désagréables. 


Heureusement, il y a le style de l’auteur. Simple, direct, très « parlé », il colle comme un gant à la personnalité de son héros, une espèce d'Hells Angels un peu déjanté mais au cœur d’or. Un passage du roman résume d’ailleurs parfaitement le personnage : « Je suis moi. Un ange. Je n’ai pas besoin de faire semblant d’être quoi que ce soit d’autre. S’il y a des gens à qui ma gueule ne revient pas, ils n’ont qu’à venir m’en parler ». Et bien si mon pote, ta gueule me revient, et tu m’as fait passer un bon petit moment de lecture !


Jean-Claude Lattès - Titres SF - 1979

LA VILLE D'ACIER - MICHEL PAGEL

Après avoir participé à la chute de Gelnar, le faux dieu de Lankor, et initié avec l’aide de Sinndés et Romi la destruction des brouilleurs climatiques qui empêchent la pluie de tomber, Ange a décidé de reprendre ses vieilles habitudes de motard solitaire. Mais il ne restera pas bien longtemps seul. Après une rencontre mouvementée avec une jolie motarde dont il ne tarde pas à s’amouracher, il apprend que ses anciens compagnons ont été emprisonnés par Krina , la fille de Gelnar et nouvelle maîtresse de Lankor.

Pour leur venir en aide, Ange a alors une idée folle : unir les sédentaires et les pillards et prendre d’assaut la ville d’acier.


Ce deuxième opus des aventures de « l’ange du désert » est une copie presque conforme du premier. On y retrouve les mêmes péripéties et quasiment dans le même ordre :

- combat des motards contre les sédentaires et les pillards,

- franchissement du Styx, le fleuve aux exhalaisons méphitiques,

- entrée dans la ville et aventures dans ses bas-fonds,

- arrestation par les autorités et dénouement dans les jardins du donjon.


 Heureusement, le récit nous est compté sur un mode humoristique plus marqué.

Certains personnages sont en effet bien sympathiques tels Orson le pillard obèse ou encore Bugs le lapin télépathe. Mais surtout c’est le duo que forment Ange et Sybille avec son mélange d’amour/haine qui apporte sa saveur à un récit qui sans cela serait bien terne.


A noter que le livre fait état d’une suite : « L’épée maudite » qui n’a malheureusement jamais été publiée. C’est dommage car bien des questions restent en suspens : comment Krina et Orson se vengeront-ils, pourquoi les lapins aident-ils Ange, comment la ville d’acier est-elle approvisionnée ?


Fleuve Noir Anticipation - 1986

L'ANGE DU DESERT - MICHEL PAGEL

Ange est un motard, un vrai, l’un de ceux qui, réunis en meutes d’une dizaine d’individus, arpente en tous sens l’immense désert qu’est devenue la Terre. D’habitude ces meutes n’ont aucun but, si ce n’est atteindre la prochaine station-service et attaquer sur leur chemin les sédentaires qui s’obstinent à cultiver un sol ingrat ou bien affronter les bandes de pillards et leurs ridicules voitures. Mais Cobra, le chef du petit groupe auquel Ange appartient, a une idée fixe : découvrir Lankor, la ville d’acier, et jouir là-bas du paradis des guerriers. Le chemin est cependant bien long jusqu’à Lankor et la cité mythique leur réservera bien des surprises.

 Ce livre débute de façon très classique et l’on est tout de suite dans l'ambiance : univers post-apo avec bandes de motards qui parcourent le désert et s'affrontent à l'arme blanche. Bref, un côté Mad Max très marqué qui rappelle aussi "Les culbuteurs de l'enfer" de Zelazny.


La seconde moitié du roman, qui se déroule dans la ville, est un peu plus fouillée et nous apporte (trop rapidement peut-être) les réponses aux questions que l’on se posait : Gelnar est-il un Dieu, pourquoi la Terre est-elle désertique, qui entretient les stations-services… ? Mais l’ensemble n’est guère convaincant : les personnages sont un peu trop caricaturaux, l’intrigue finalement assez mince et jusqu’aux combats qui manquent de mordant (c’est dingue le nombre de fois où l’adversaire d’Ange vient s’embrocher de lui-même sur son épée !!!)


Dommage car, une suite étant prévue, Michel Pagel aurait dû prendre son temps et donner plus d’épaisseur tant aux personnages qu’au scénario.


Fleuve Noir Anticipation - 1985

LES FUYARDS DU CREPUSCULE - J. B. JOHNSON

"Les fuyards du crépuscule" est un roman à tiroir. Lorsqu'on ouvre le premier, on pense avoir affaire à un bon vieux post-apo des familles. Univers désertique, zones irradiées, petites communautés de survivants, fondamentalistes religieux et, bien sûr, héros individualiste contraint de se transformer en chef de guerre pour mettre fin aux agissements d’une redoutable secte : toutes les figures imposées du genre ont été conviées. Rien de neuf sous le soleil donc, mais Johnson s’en sert plutôt intelligemment tout en y ajoutant, l’air de rien, quelques éléments qui auront leur importance par la suite. Il en va ainsi de l’ascendant que Daystar possède sur les redoutables vers des sables ou des vagues allusions à de mystérieux gardiens qui surveilleraient la planète depuis l’espace.

Et alors que l’on croit s’orienter vers une classique confrontation entre d’affreux sectaires et des hommes et des femmes qui souhaitent rester libre de reconstruire le monde à leur façon, le second tiroir s’entrouvre pour faire basculer le récit dans une histoire de mutants. Figurez-vous en effet que le héros et sa compagne sont autistes et qu’ils ont développés des capacités psychiques un peu particulières. Sachez en outre que les vilains religieux cités plus hauts exterminent justement tous les enfants autistes qui leur tombent entre les mains et emmènent en captivité ceux qui sont néanmoins parvenus à l’âge adulte. Daystar et Shadow prennent leur défense grâce à leurs pouvoirs (télépathie, manipulation mentales…), entreprennent de les libérer et… le troisième tiroir est brusquement tiré pour livrer passage à de vilains extra-terrestres.

S’ensuivent quantité de scènes d’actions et moult révélations pour un final qui donnera la réponse à toutes les interrogations mais sans vraiment surprendre le lecteur. Au final, « Les fuyards du crépuscule » est un roman solide mais sans génie auquel on reconnaîtra néanmoins le mérite d’avoir mis en avant les autistes à une époque - les années 80 - où cela n’était pas encore d’actualité.

Opta - Galaxie-Bis - 1983

REVOLTE DES TRIFFIDES - JOHN WYNDHAM

Pour avoir assisté à une spectaculaire pluie d'étoiles filantes, la quasi-totalité de l'humanité a perdu la vue. Seuls quelques chanceux ont échappé au fléau et se demandent comment venir en aide aux hordes d'aveugles qui tentent de survivre dans un monde devenu soudain périlleux. Mais le pire est encore à venir. Les triffides, des plantes d'origine extra-terrestre, carnivores, dotées de pseudopodes et de flagelles dont la piqure est mortelle, ont quittés les enclos ultra sécurisés où elles étaient cultivées pour leurs qualités nutritives. Elles menacent désormais les millions d'humains devenus des proies faciles. A Londres, William Masen est confronté à un choix cornélien : assurer sa survie sans s'occuper des autres ou sauver les non-voyants de ces terribles prédateurs.

Le jour des Triffides est l'un des tout meilleurs post-apo que je connaisse. C'est en tout cas l'un de ceux qui explore le mieux la question du choix de l'organisation sociale qui s'offre aux survivants. Quel type de société doit succéder à la civilisation qui vient de s'écrouler ? Lequel sera le plus à même d'assurer leur sécurité et de permettre un "redémarrage" ? Voilà l'enjeu fondamental qui s'impose aux personnages.
William Masen, le héros de ce livre, aimerait ne pas avoir à choisir. Profondément individualiste, il n'est pas prêt à troquer sa liberté contre n'importe quel projet de vie. Malheureusement pour lui, les circonstances font le faire à sa place et lui faire expérimenter différents modèles communautaires.

Le premier dont il tâtera est le régime théocratique instauré par Miss Durrant dans le manoir de Tynsham. Une société conservatrice qui prône la perpétuation des anciennes règles de vie et le respect des dogmes religieux. Une organisation sclérosée qui lui semble vouée à l'échec car incapable de s'adapter à un nouvel environnement.

Le second semble plus viable même s'il s'agit là encore d'un modèle fort ancien. Torrence cherche en effet à mettre en place un régime féodal avec résurgence du lien de vassalité. Il proposera ainsi à notre héros de « régner » sur une petite seigneurie héréditaire et de bénéficier de la protection d'un suzerain en échange d'une totale soumission.

Finalement, la forme de société qui emportera l'adhésion de Masen est celle mise en place par le docteur Vorhess. Guidée par les seules considérations utilitaires, sans restriction de liberté autres que celles rendues nécessaires par la vie en communauté, la colonie d'Elspeth Gary sur l'île de Wight, est aussi celle qui offre les meilleures chances de succès sur les triffides.


En conclusion, et ce n'est pas une surprise, la religion, la force et la raison sont bien les fondements des systèmes politiques qui, de tout temps, se sont disputés le pouvoir. Bien sûr, aucun d'eux n'est exempt de défauts et Masen aurait préféré continuer à vivre en dehors de tout système. Toutefois, pour assurer sa sécurité et celle de ses proches, il devra choisir car, ainsi qu'il finira par l'apprendre, hors la société, point de salut !

Fleuve Noir Anticipation - 1956

GENOCIDES - THOMAS DISCH

Des extra-terrestres ont ensemencé notre planète d'une plante qui a bientôt recouvert la moindre parcelle disponible, entraînant destructions, bouleversements et famines. L'espèce humaine est quasi décimée et les rares rescapés tentent de survivre, disputant leur espace vital à cette plante immense et prolifique et à ses mystérieux gardiens.

J'avais cru déceler en "Génocides" un petit récit post-apocalyptique comme je les aime. Hélas, je fus bien déçu. Certes, il y est question de la lutte pour la survie d'un groupe d'individus, en l'occurrence une petite communauté rassemblée sous l'égide d'un patriarche un peu illuminé. Mais, passées les cinquante premières pages, l'intrigue se resserre sur la vengeance d'un homme dont la compagne a été tuée par la communauté ainsi que sur la rivalité entre les fils du chef. 


Dès lors, nous suivons surtout les développements de ces deux fils conducteurs qui n'ont malheureusement pas grand-chose de passionnant. Ajoutons à cela qu'une bonne part de l'histoire se déroule sous terre, dans les racines de la plante où les survivants ont trouvé refuge, restreignant encore le champ du récit et transformant l'histoire en un huis clos poussif.


Bref, malgré ses 180 petites pages, ce livre traîne en longueur et, là où il y avait matière à une excellente nouvelle, je n'ai trouvé au final qu’un roman assez moyen. Ceci étant, il faut avouer que l’idée de départ est surprenante et originale et cette Terre transformée en culture pour extra-terrestres avec des humains ravalés au rang d’insectes nuisibles me restera un temps en mémoire !


Livre de Poche - SF - 1990

LE VENT DE NULLE PART - J. G. BALLARD

Un vent violent, soufflant toujours dans la même direction et dont la vitesse croît chaque jour de 8 km/heure, balaye l’ensemble de la planète. Nous suivons, jour après jour, la croissance de la tempête et les déboires de quelques personnages cherchant selon les cas à accomplir leur mission ou à sauver leur peau…

Le vent se lève… Il faut tenter de vivre. Cette citation de Paul Valery pourrait presque résumer ce roman de J. G. Ballard, le deuxième de sa tétralogie consacrée aux apocalypses. Après le feu (Sécheresse) et avant l’eau (le monde englouti) et la terre (la forêt de cristal) c’est donc au vent que l’auteur a choisi de confronter l’humanité. Mais la confrontation tourne court et les éléments déchaînés ont tôt fait de mettre à genoux nos pauvres fourmis humaines qui en sont réduites à se réfugier sous terre.


L’intrigue de ce livre est incontestablement un peu mince. J’ai néanmoins apprécié les descriptions hallucinantes d’une Terre dévastée, lacérée, pelée par cette gigantesque tornade. Le seul petit reproche que je ferais à ce livre concerne sa fin., un peu trop abrupte à mon goût et ne donnant aucune idée de ce que sera l'après catastrophe. Mais il faut faire avec puisque Ballard s'intéresse surtout aux réactions d'humains confrontés à l'extraordinaire.


Pocket SF - 1986

ET PUIS LES LOUPS VIENDRONT - PIERRE SURAGNE

Dès ses premières incursions dans le domaine de la science-fiction, Pierre Pelot s’est fait remarquer par la poésie rageuse de son écriture et la noirceur de ses univers. Qu’il s’agisse de dystopies, de post-apos, de space ops, il nous a livré des récits superbes quoique foncièrement pessimistes et sans illusions sur le devenir de l’humanité. Pour autant, les hommes et les femmes qu’il met en scène n’abdiquent jamais. Ils luttent jusqu’au bout, bien décidés à continuer à vivre leurs tristes passions et tenter de réaliser leurs pauvres rêves. Le plus souvent, cela se fait dans la douleur et dans le sang. Presque toujours, l’échec est au rendez-vous. 

De ce point de vue, « Et puis les loups viendront » est un Pelot pur jus. Dans un décor d’hiver nucléaire minimaliste, l’auteur nous livre un récit dépouillé et particulièrement abrupt. Ici, presque tous les personnages sont victimes de malformations, de tumeurs, de handicaps. Tous savent que leur existence est précaire et que, si le froid, la faim ou la balle d’un ennemi ne vous ôte pas la vie, c’est la maladie qui s’en chargera. Et pourtant, pas un ne renonce à ses pulsions ni à ses envies même s’il faut pour cela, tuer et massacrer, encore et toujours. Errants conte sédentaires, éleveurs contre pillards, anciens contre néophytes, la lutte est féroce et sans pitié. Les exécutions sommaires se succèdent. On viole, on décapite, on abandonne les enfants aux bêtes sauvages. L’auteur multiplie les scènes dures et sordides. Une volonté, si ce n'est de choquer, du moins de ne rien épargner au lecteur, comme pour le prendre à témoin de la folie des hommes et de leurs penchants pour la haine et la violence. 


Une haine qui se porte aussi sur toutes les formes de culture et de connaissance et qui rappelle un peu la fin de « Ravage ». Mais ici, la charge contre la science et le désir de l’homme de plier la nature à ses désirs est encore plus virulente que chez Barjavel : « Nous tous, sur cette Terre maudite, nous sommes les produits de l’intelligence des hommes ! Nous, avec nos malformations, avec nos yeux qui ne voient pas, avec les doigts qui poussent en surnombre à nos mains, avec nos gueules de monstres ! Avec les ventres de nos femmes qui accouchent des horreurs, et les couilles des hommes plus sèches que des buissons d’épines ! L’intelligence ! L’intelligence nous a donné la nuit et le froid ! ».


Un récit dur mais, ainsi que je le disais plus haut, porté par une très belle plume, vibrante de colère contenue et d’espoir déçu. Pas le plus abouti des Pelot, mais néanmoins un très bon bouquin qui préfigure ses grands romans à venir.


Fleuve Noir Anticipation - 1973


PS : Pour celles et ceux qui l'ignorerait, Suragne et Pelot sont deux des pseudos de l'auteur.

SURVIVANTS DE L'APOCALYPSE - PIERRE BARBET

Américains et Russes ont déclenché le feu nucléaire et la France a écopée d’une partie des missiles envoyés de part et d’autre. Alors que Paris et diverses autres villes ont été sévèrement touchées, quelques individus tentent de trouver un asile sûr pour échapper aux radiations...

Voici un roman de science-fiction apocalyptique de facture bien classique mais néanmoins honnête. Son principal intérêt réside dans le fait qu’il nous décrit les premiers jours qui suivent le feu nucléaire et les réactions d’une poignée d’hommes et de femmes face à cet évènement. Nous assistons ainsi, passé la stupeur des premiers instants, à leurs efforts pour se mettre hors de portée des radiations et trouver un refuge sûr.


Pierre Barbet a dû pas mal se documenter car il n’est pas avare de détails et nous fait découvrir des mots aussi barbares que « röntgens » ou « stylo-dosimètres ». Pour le reste, l’intrigue ne recèle aucune surprise et décline les idées habituelles associées à ce genre de SF : scènes de pillages et retour rapide (trop ?) à une organisation médiévale de la société.


La chute du livre ne fait preuve de guère plus d’originalité puisqu’elle décrit l’une des conséquences des radiations à savoir la mutation génétique des nouveaux nés. L’auteur est d’ailleurs sacrément optimiste puisque ces mutations ont pour effet de doter ces enfants de capacités hors normes en lieu et place des malformations que l’on s’attendrait à découvrir.


Fleuve Noir Anticipation - 1982

ROBUR LE CONQUERANT - JULES VERNE

A l'issue d'une réunion perturbée par l'irruption du mystérieux Rober, le président et le secrétaire du Weldon Institut sont kid...