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ROBUR LE CONQUERANT - JULES VERNE

A l'issue d'une réunion perturbée par l'irruption du mystérieux Rober, le président et le secrétaire du Weldon Institut sont kidnappés. L'auteur du rapt est ce même Rober qui entend prouver aux partisans du "Plus léger que l'air", la supériorité de son aéroplane. Et voici les deux malheureux compères embarqués dans un voyage aussi grandiose que dangereux.

On a souvent tendance à voir en Rober un Capitaine Némo des airs. Il est vrai que les deux romans (Robur le conquérant" et "Vingt mille lieues sous les mers") ont en commun un savant visionnaire ayant conçu un engin capable de sillonner des espaces jusqu'alors inaccessibles à l'être humain. Mais, si l'univers sous-marin est propice à l'action et l'aventure (Ah ! la bataille contre la pieuvre géante !), il n'en va pas de même du voyage aérien qui n'offre pour l'essentiel que de forts jolis points de vue. Bien sûr, il n'est pas désagréable de prendre de la hauteur pour visiter les cinq continents et quelques-unes de leurs merveilles. De ce point de vue Jules Verne ne nous vole pas. De l'Ouest américain aux steppes russes, de l'Himalaya aux capitales européennes, de l'Afrique sauvage aux vastes étendues glacées de l'Antarctique, il nous offre un panorama très complet de notre bonne vieille Terre.

Hélas, si la croisière est jolie, elle est aussi passablement ennuyeuse. Il y a bien quelques évènements qui viennent secouer notre torpeur : un typhon, une chasse à la baleine, le sauvetage de naufragés, l'attaque de l'armée du roi du Dahomey... mais cela reste tout de même assez anecdotique. En fait, on a davantage l'impression d'assister à un cours de géographie ou de climatologie qu'à une véritable odyssée aventureuse et il faudra attendre les tout derniers chapitres pour que le récit s'accélère et que les personnages commencent réellement à s'activer. Et encore. Une évasion, une explosion et la messe est dite.

Finalement, si l'on devait rapprocher ce roman d'une autre oeuvre de l'auteur, c'est plutôt du côté de "Cinq semaines en ballon" qu'il conviendrait d'aller voir. Sauf que cette fois, Jules Verne a délaissé la montgolfière au profit de l'aéroplane. Plus de vingt ans séparent les deux récits et il semblerait que dans l'intervalle les partisans du "Plus lourd que l'air" aient marqués quelques points. L'avenir leur donnera raison.

Le Livre de Poche - 1979


CORSAIRE TRIPLEX - PAUL D'IVOI

L'amirauté britannique est en émoi. Trois de ses ports militaires distants de plusieurs milliers de kilomètres les uns des autres, ont été détruit simultanément par le mystérieux corsaire Triplex. Mais qui est donc cet individu qui paraît doué du don d'ubiquité ? Pourquoi réclame-t-il un procès à charge contre Toby Allsmine, le tout puissant chef de la police du pacifique ? Comment fait-il pour narguer si effrontément la flotte britannique ? Et que viennent faire dans cette histoire un célèbre journaliste français et un prisonnier égyptien ? C'est ce que nous découvrirons dans ce roman. 

Bien que le héros de ce cinquième épisode des "voyages excentriques" soit un anglais contraint de lutter contre son pays, nous y retrouvons également les très gaulois Armand et Robert Lavarède. Toutefois, seul le second joue un rôle de quelque ampleur dans ce livre où il est aussi question de Lothia, sa fiancée égyptienne, et des évènements qui secouent la terre des pharaons sous le joug britannique (voir "Le cousin de Lavarède). Mais ici, ce sont les possessions australiennes de l'Angleterre qui servent de cadre à une gentille petite histoire de vengeance. Gentille mais guère passionnante. L'auteur y utilise les thèmes éculés d'un romanesque très XIXème siècle (assassinat pour hériter d'une riche veuve, enlèvement d'enfant et réapparition bien des années plus tard, confusion d'identité) et le mystère qui entoure la personnalité de triplex est trop vite levé pour maintenir l'intérêt du lecteur. 


Heureusement, quelques scènes d'action et un peu d'humour nous sauvent in extremis de l'ennui. On frémit donc un tantinet chez les Dayaks réducteurs de têtes, on sourit aux patronymes de certains personnages (Allsmine = tout est à moi, ...) et l'on s'amuse des déboires et des petits travers des militaires anglais (notamment leur amour du Gin et du rosbif). Je soupçonne à ce propos Paul d'Ivoi d'avoir pris un plaisir très cocardier à ridiculiser l'Angleterre dans ce qu'elle a de plus fort : sa puissance navale. D'autant qu'il ne se prive pas de critiquer sa politique colonialiste tout en soulignant la grandeur de l'empire français. 


Pour le reste signalons que, comme à son habitude, l'écrivain en profite pour instruire et faire rêver ceux de ses lecteurs qui n'ont pas la chance de voyager. Cette fois, c'est l'Océanie qui est à l'honneur. Nous visitons donc l'Australie des kangourous et ses immenses déserts, la jungle de Bornéo peuplée d'orangs-outangs, le détroit de Malacca et les chapelets d'îles qui parsèment l'océan pacifique. Son récit s'agrémente également de nombreux apartés que l'on croirait directement issus d'un dictionnaire et qui nous permettent d'apprendre bien des choses sur la culture de l'huître perlière ou la formation des récifs coralliens. L'auteur se montre en revanche moins prolixe en matière de spéculation scientifique et se contente de puiser sans vergogne dans l'œuvre de Jules Verne : Triplex doit beaucoup à Némo, ses sous-marins ressemblent énormément au Nautilus (jusqu'au piano dans le salon du navire) et l'île d'or rappelle étrangement l'île mystérieuse.

Pourtant, malgré ces petits défauts, les livres de Paul d'Ivoi constituent une lecture naïve et rafraîchissante dont on aurait tort de se priver sous prétexte qu’ils ont mal vieillis. Alors si vous voulez entendre parler de bicyclistes ou d’automédon, et revenir à une époque où les femmes se laissent mourir à cause d’un amour malheureux, n’hésitez plus. Pour ma part je vais me laisser tenter par le volume suivant qui doit voir Robert Lavarède prendre la tête des insurgés égyptiens. Encore un rude coup porté à la couronne britannique !


J'ai Lu - Voyages excentriques - 1983

LE RETOUR DU DR NIKOLA - GUY BOOTHBY

Le docteur Nikola est de retour et je ne suis pas mécontent. Il est en effet bien plaisant de retrouver ce personnage ambivalent porté par une inextinguible soif de savoir et prêt à tout pour parvenir à ses fins. Bien agréable aussi le style un peu daté de Guy Boothby et la délicieuse ambiance victorienne dans laquelle baigne son roman. Un roman qui n'a que peu à voir avec le précédent puisque l’on n'a plus affaire à un récit d'aventures exotiques mais à un curieux mélange de roman gothique et d'histoire de savant fou. 

L'essentiel de son récit se déroule en effet dans un château médiéval perdu sur une lande déserte en bord de mer. Les personnages évoluent donc dans un décor sombre et inquiétant où passages secrets et souterrains apportent une sérieuse dose de mystère. L'histoire flirte aussi avec la science-fiction puisque ce cher docteur, plus que jamais décidé à percer le secret de l'immortalité, se livre à une expérience visant à rajeunir un vieillard. L'occasion pour l'auteur de se lancer dans des descriptions d'appareillages scientifiques qui rappellent un peu ceux que l'on voit dans la plupart des films mettant en scène le personnage du Dr Frankenstein.

Hélas, si l'ambiance est parfaite, il n'en va pas de même de l'intrigue. Si l'on excepte la menace qu'un assassin chinois fait peser sur Nikola et son équipe ainsi que la petite amourette entre une jeune femme et son assistant, il ne se passe franchement pas grand-chose. Heureusement le roman est plutôt court et l'on n'a guère le temps de s'ennuyer...

Garancière - Aventures Fantastiques - 1987

LA GUERRE DES OCEANS - JOSE MOSELLI

Afin de se venger des Etats-Unis et du Royaume-Uni, le savant fou Fiodor Sarraskine se livre à un odieux chantage. Soit ces deux nations s’acquittent d’une fantastique rançon, soit il continue de couler leurs navires. Un témoignage laissant penser que le repaire du maître chanteur se situe dans les parages du Cap Horn, des navires de guerre sont dépêchés sur place. Un journaliste sans scrupules et un « noble cœur » seront également de l’affaire.

 De la SF de grand-papa, désuète à souhait et débutant à la façon d’une fiction romanesque avec un vilain criminel qui cherche à se venger, une jeune héritière en danger et un courageux officier prêt à tout pour la sauver. Le problème, c’est que l’auteur n’arrive pas à faire décoller l’action. Il y a pourtant de nombreux rebondissements, comme dans tout roman feuilleton qui se respecte, mais ça reste très convenu.


Les héros triomphent grâce à une chance insolente et les méchants, pourtant incroyablement puissants, sont battus à plate couture. Cela fini par irriter, puis par lasser, et les éléments de SF introduits dans le récit ne parviennent pas à relever le niveau. Des sous-marins révolutionnaires, une base secrète au fond d’une grotte et un savant acharné à détruire des navires de guerre, çà peut faire un grand roman quand on s’appelle Jules Verne, mais là, ça tombe à plat !


Marabout - Le Rayon Populaire - 1975

CHUTE LIBRE - ALBERT & JEAN CREMIEUX

Cinq terriens sont kidnappés par des extra-terrestres et emmenés sur la planète 54 afin d'y être étudiés.

Je ne suis pas certain que l'objectif premier des frères Crémieux ait été de nous proposer une histoire de pure science-fiction. Pour ma part, j'y ai plutôt vu un moyen de critiquer notre société bien « terrienne » au travers de certains de ses représentants les plus caricaturaux : le militaire, l'industriel, le poète... 


Certes, ces derniers évoluent sur une planète lointaine où ils découvrent des objets et des institutions surprenants ainsi qu'une façon de penser radicalement différente de la leur. Mais c'est surtout de leurs propres mentalités dont il est question et l'on découvre, en négatif et par opposition, leurs petits travers et leurs grands défauts. Cela nous donne une intrigue fort mince et guère passionnante mais heureusement compensée par un humour agréable et une écriture solide. 


Un livre qui a beaucoup vieilli mais qui, justement, est sauvé par ce charme légèrement désuet que possède la SF des années 50.


Nouvelles Editions Oswald - Fantastique/SF/Aventures - 1980

LA DIANE DE L'ARCHIPEL - PAUL D'IVOI

Pour se venger de Nali, la jeune femme qui l’a éconduit et de son fiancé Jean Fanfare, le sculpteur Ergopoulos a conçu un plan diabolique : plonger la pauvre enfant en état de catalepsie et couler sur son corps un sarcophage d’aluminium à sa ressemblance. Puis, son forfait accompli, il s’avise de faire don de la statue ainsi obtenue au musée du Louvre. Dès lors, pour sauver sa belle, Jean Fanfare n’a d’autre solution que de récupérer la statue même s’il lui faut pour cela traverser la moitié de l’Europe.

 Ce roman fait partie de la série des « Voyages excentriques » que Paul d’Ivoi à conçue afin de surfer sur la vague des « Voyages extraordinaires » de Jules Verne. Mais on s’aperçoit vite que l’on est loin des œuvres du maître en matière d’imaginaire déployé et de sens du récit. Ici l’intrigue se résume à une longue course poursuite à travers l’Europe, émaillée de quelques rebondissements et quiproquos. Nous suivons ainsi nos personnages en Angleterre, en Allemagne, en Russie, en Grèce, en Italie et enfin en Espagne, chacun de ces pays servant de décor à une aventure ou étant l’occasion d’un intermède humoristique et ethnologique. J’ai d’ailleurs souvent eu l’impression de feuilleter le guide Michelin tant l’auteur s’y livre à d’interminables inventaires des richesses contenues dans les différents musées européens ainsi qu’à de non moins longs apartés sur l’histoire de ces nations.


Signalons au passage que les différents peuples rencontrés sont présentés selon l’imagerie populaire de la fin du XIXème siècle. Il ne faut par conséquent pas trop s’émouvoir d’y découvrir des allemands brutaux, des anglais ridicules quoique astucieux, des russes arriérés et des italiens voleurs... tandis que les français, parangons de l’honneur et de la fidélité, n’ont qu’un défaut : être des séducteurs !


Les personnages sont eux aussi stéréotypés (héros intrépide, jeune vierge et sinistre crapule) mais j’ai néanmoins éprouvé quelque sympathie pour Lucien Vemtite, fonctionnaire en disponibilité et indécrottable rimailleur et pour le trio de clowns britanniques : Frig, Frog et Lee. Pour ce qui est de l’action je suis en revanche moins indulgent et regrette d’avoir eu à me contenter d’un ou deux vols, deux, trois kidnappings et quelques évasions, d’autant qu’il y a toujours un passage secret, un outil ou une main secourable pour aplanir toutes les difficultés.


Et la SF dans tout ça me direz-vous ? Et bien elle se fait fort discrète et réside toute entière dans l’invention du professeur Taxidi : le Karrovarka (chariot-barque), sorte de véhicule électrique, blindé et amphibie.


Ceci dit, et malgré toutes ces réflexions, je dois avouer que je ne regrette pas cette lecture. Son côté délicieusement désuet et le style solide de son auteur (Monsieur d’Ivoi a des lettres et du vocabulaire) en font une lecture éminemment sympathique que je compte bien renouveler avec l’un des 20 autres volumes de cette série.


J'ai Lu - Voyages Excentriques - 1982

LES INDES NOIRES - JULES VERNE

James Starr est dubitatif. Il vient de recevoir coup sur coup deux missives. La première est signée du contremaître de la mine d'Aberfoyle dont il fut directeur, qui le presse de venir le rejoindre. La seconde, anonyme, lui enjoint au contraire de ne pas répondre à cette invitation.N'écoutant que sa curiosité il retrouve son ancien employé qui lui annonce avoir découvert un gisement qui permettrait peut-être de reprendre l'exploitation de la mine. Après quelques recherches leurs espoirs sont exaucés et l'extraction de la houille repart de plus belle.Mais des incidents étranges font suspecter la présence d'individus malintentionnés. Qui se cache dans les recoins inexplorés de Coal City? Y-a-t-il un rapport avec la lettre anonyme ?

Je me souviens que ce roman figurait au programme de ma classe de 4ème dans le cadre d'un thème consacré au travail dans les mines. J'avais pour ma part opté pour "Qu'elle était verte ma vallée" de Richard Llewellyn et ne l'avais pas regretté. Mais les exposés de mes petits camarades sur ce roman de Jules Verne m'avaient donné envie de le lire. Trente ans plus tard c'est chose faite ! Mais, si la promesse est tenue, le plaisir escompté ne fut pas au rendez-vous.

Cela démarrait pourtant bien. Un scientifique courageux, de fidèles compagnons, une plongée dans un univers sombre et mystérieux, tout concourrait à la production d'un Jules Verne de bonne facture. La mine et son dédale de galeries proposaient un décor propre à susciter le mystère tandis qu'une menace d'origine inconnue et l'apparition d'une étrange jeune femme fournissaient l'essentiel de l'intrigue.

Mais très vite celle-ci passe au second plan et l'ami Jules se contente de jouer les guides touristiques. Il célèbre les beautés de l'Écosse, son patrimoine culturel et ses paysages variés. Il discoure sur les patriotes écossais, encense l'œuvre de Walter Scott et nous abreuve de références historiques ou folkloriques. Cela devient vite lassant et ce n'est pas l'amourette entre Harry et Nell qui relève ce récit bien trop romanesque et contemplatif.

J'ai également été gêné par sa peinture idyllique du monde de la mine. Ses ouvriers ravis de leur sort m'ont paru quelque peu suspects et je n'ai pu m'empêcher de les comparer aux mineurs miséreux et révoltés de "Germinal". Certes Jules Verne ne fait pas dans le roman social. Mais pouvait-il ignorer que les conditions de travail dans les houillères britanniques n'étaient pas plus reluisantes que dans celles du nord de la France ? 

Alors oui, sa vision de cet univers souterrain donne lieu à quelques belles images dont Coal City, la ville érigée au fond de la mine, n'est pas la moindre. Oui le personnage de Nell, jeune femme née dans la mine et n'ayant jamais vu la lumière du jour, est attendrissant. Ça ne suffit pourtant pas à combler le vide laissé par une intrigue extrêmement légère.

Le Livre de Poche - 1976

ROBUR LE CONQUERANT - JULES VERNE

A l'issue d'une réunion perturbée par l'irruption du mystérieux Rober, le président et le secrétaire du Weldon Institut sont kid...