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VISIONS NOCTURNES- JOHN FLANDERS

Ce recueil nous offre un bel aperçu du talent de Raymond Jean-Marie de Kremer alias John Flanders pour les néerlandais ou Jean Ray pour les francophones. Conte humoristique, enquête policière, récit fantastique, en seize nouvelles relativement courtes, le maître de Gand distille ses histoires étranges et angoissantes sur lesquelles plane l'ombre du malin. Mais, si la présence démoniaque est souvent avérée, il lui arrive aussi de laisser le lecteur décider par lui-même si le surnaturel est réellement à l'oeuvre ou s'il s'agit de simples coïncidences (Deux heures et pis l'absence, Le miroir vénitien...). Enfin, certains récits n'ont rien à voir avec le fantastique quand bien même leurs personnages s'y livrent à des activités que l'on pourrait aisément qualifier de diaboliques (Pour les yeux de Mathilda Smith, Le voleur). 
Si beaucoup de ces histoires ont pour cadre l'Angleterre, l'auteur n'hésite pas à nous transporter dans des contrées bien plus lointaines pour des récits d'aventures exotiques (La forêt infernale, L'étrange manuscrit). Le plus souvent toutefois, le décor est plus commun quoique toujours inquiétant : des ruines (Sneaky, Knuckle et Peu Blow, L'odeur du souffre), des lieux anciens ou reculés (Le fantôme marin, le château du désert), des tavernes mal famées (Deux heures et puis l'absence). Dans tous les cas cependant, le mystère et l'épouvante sont bel et bien au rendez-vous.

"Pour les yeux de Mathilda Smith" est une chouette enquête policière que Conan Doyle aurait volontiers confiée au génie de Baker Street. Londres, des assassinats sans lien entre eux, un mystérieux chef de gang, un policier tenace sont les ingrédients de ce récit passionnant de bout en bout.

Enquête toujours avec "Deux heures et puis l'absence" où un astucieux policier parvient à mettre la main sur un assassin jusqu'ici insaisissable. Un exploit qui lui laissera pourtant un goût bien amer.

"Le fauteuil" est un récit plutôt anodin dans lequel le diable ne joue qu'un rôle indirect. Il est en revanche bien présent dans "L'odeur du souffre" où il remplit parfaitement ses fonctions de vil tentateur de marins affamés.

Lorsque Satan n'est pas à l'oeuvre, ce sont ses affidés qui prennent la relève. Ainsi, "Le fantôme marin" joue un bien mauvais tour au pêcheur qui vient taquiner le goujon sur le ponton qu'il a pris l'habitude de hanter. En revanche, dans "Sneaky, Knuckle et Peu Blow", ce sont bel et bien les trois démons de Pumblemoor qui seront floués par un simple colporteur !

"Cochrane et Jones" et "Le miroir vénitien" sont deux nouvelles dans lesquelles l'auteur explore le subconscient de ses personnages. le premier est une originale histoire de dédoublement de la personnalité tandis que le second met en scène un scélérat confronté à son reflet dans un étrange miroir et, peut-être, à sa conscience.

Place à l'aventure avec quatre récits du bout du monde. "L'étrange manuscrit" nous emmène dans les montagnes chiliennes à la découverte d'une antique civilisation réfugiée dans les flancs d'un volcan tandis que "Flammes vivantes" nous fait découvrir une race étrange autant que dangereuse au coeur du désert du Yucatan. Mexique toujours pour "La forêt infernale" qui nous met en présence d'une créature capable de prendre l'apparence de n'importe quel arbre de la forêt de Monterrey. Quant à "Château du désert", il renouvèle astucieusement l'épisode biblique de la femme de Loth.

"L'énigmatique aventure" ressemble beaucoup à "L'étrange manuscrit" même si l'action se déroule cette fois dans une région minière d'Angleterre, "La dernière peste de Bergame" est une relecture du "Masque de la mort rouge" et un bel hommage à Edgar Allan Poe, "Le convive" est un texte qui mélange fait de société et folklore portugais.

Le récit qui clôt le recueil est sans aucun doute mon préféré. Ici, pas de démon ni de fantômes, pas même un brigand ou l'une de ces infâmes crapules qui peuplent les pages des autres nouvelles. Pourtant, "Le voleur" nous propose un personnage qui fait particulièrement froid dans le dos car on ne peut s'empêcher de songer que de tels individus existent réellement. Nous avons en effet affaire à un vieil homme titillé depuis toujours par le désir de supprimer une vie. L'auteur nous montre en détail l'évolution et le développement de cette idée fixe ainsi que la façon dont il parvient à l'assouvir en toute impunité. un récit glaçant !

Nouvelles Editions Oswald - 1984


OTAGE DE LA NUIT - RICHARD MATHESON

Ellen et David Cooper ont loué une petite maison en bord de mer et espèrent mettre à profit leurs vacances pour faire le point sur leur couple. Mais ils ignorent qu’une ravissante jeune femme hante les lieux et qu’elle a la fâcheuse habitude de séduire tous les hommes qui passent à sa portée.  Très vite, David succombe à la tentation et ne parvient plus à s’affranchir de sa dépendance vis à vis d’elle. Mais qui est donc cette Marianna ? Une bombe sexuelle dépourvue de la moindre parcelle de moralité ou un succube se nourrissant de l’énergie de ses victimes ?

J’aime assez la façon dont Richard Matheson aborde le thème du fantôme. Une approche plus psychologique que spectaculaire qui nous fait hésiter un temps avant de reconnaître la présence du surnaturel. Ainsi, dans ce roman, l’esprit cartésien demeure longtemps indécis et partagé entre deux explications : pur esprit ou projection des fantasmes d’un quadragénaire, fantôme ou délire né d’un sentiment de culpabilité ? 


Finalement, c’est l’auteur qui, délibérément, met fin au suspense pour nous brosser le portrait diabolique d’un esprit, certes désincarné, mais qui aspire à goutter encore aux plaisirs de la chair. Ces plaisirs sont d’ailleurs abondamment illustrés et donnent lieu à quelques scènes très chaudes et particulièrement explicites !


L’autre intérêt de ce roman réside dans la peinture très réaliste d’un couple au bord de la rupture. Tout y est : les aspirations différentes et parfois contraires d’un homme et d’une femme, les non-dits, les ressentiments et même les pathétiques tentatives de réconciliation sur l’oreiller.


Après « Echos », Matheson signe donc une nouvelle réussite dans le domaine du fantastique et des histoires de fantômes et de possession.


Denoël - Présence du Fantastique - 1990

TROIS SEIGNEURS DE LA NUIT 1 - JACQUES FINNE

Première des trois anthologies consacrées aux créatures des ténèbres publiées par les éditions NéO dans les années 80. Jacques Finné y a réuni les textes de huit auteurs, anglo-saxons pour la plupart, qui s'échelonnent de la fin du XIXème siècle jusqu'au dernier quart du XXème.

Et c'est la goule qui ouvre ce bal des affreux avec une unique nouvelle consacrée à ce monstre qui n'inspire que modérément les auteurs du genre.

"Quietly, now" nous emmène dans une petite bourgade provinciale qui fleure bon son "American Way of Life". Un cadre bucolique, des enfants qui s'amusent, des adultes qui flirtent et, oui, tout de même, quelques touristes qui s'égarent dans les montagnes environnantes. Tout irait donc pour le mieux s'il n'y avait la désagréable Mrs German qui est peut-être bien plus qu'une vieille emmerdeuse... Une nouvelle intéressante qui débute dans la légèreté d'une après-midi ensoleillée et se clos dans une ambiance horrifique des plus sombres.

Place ensuite au loup-garou avec deux histoires extrêmement différentes.

"Pia !" est un huis-clos policier où il s'agit de découvrir lequel des huit invités de la petite sauterie de Hutch est un loup-garou. Un récit d'une grande vivacité qui enchaîne les surprises et les rebondissements.

"Fourrure blanche" a quant à lui un faux air de vieux conte scandinave. Deux jumeaux se disputent à propos d'une merveilleuse jeune femme. Le premier en est tombé follement amoureux tandis que le second la soupçonne d'être une femme-garou particulièrement retorse. Grands espaces immaculés, peurs ancestrales et don de soi sont au menu de cette épopée miniature.

Avec cinq textes, c'est le vampire qui apporte au recueil son plus fort contingent d'horreurs.

Le principal intérêt de "Pendant que luisait la lune" est d'avoir pour personnage principal Edgar Allan Poe. Le précurseur du fantastique d'outre-Atlantique n'est encore qu'un tout jeune écrivain qui tire le diable par la queue. Un malheureux concours de circonstances va le mettre en présence d'une femme de caractère qui semble dissimuler un bien étrange secret dans la cave de sa vieille demeure victorienne.

"Stragella" est un récit très classique qui a la saveur des récits d'horreur maritime de Hogdson. Deux naufragés abordent un vieux gréement en perdition qui renferme d'étranges caisses dans sa cale ainsi qu'une envoûtante jeune femme. Cauchemars éveillés et volupté érotique sont les ingrédients de ce cocktail méphitique et mortel.

Classique aussi, "Le docteur Porthos" reprend la plupart des clichés associés aux histoires de vampires à l'ancienne : vieux manoir isolé, jeune femme qui dépérit jour après jour, mari désespéré.. Il innove juste un tout petit peu en mettant en scène un vampire médecin. Et quand la raison scientifique se met au service du mal, il ne reste plus guère d'espoir pour les victimes.

"Bois mon sang !" est, de loin, la nouvelle la plus originale du recueil. Richard Matheson s'affranchit presque totalement du mythe pour ancrer son récit dans une réalité bien plus prosaïque. Nous y suivons un ado attardé et pas franchement sympathique qui, après avoir lu le Dracula de Bram Stocker, n'a plus qu'une idée en tête : devenir un vampire. Une histoire triste et inquiétante qui se conclut par une chute assez inattendue.

"Le cercueil 14" est un texte qui vaut surtout pour le ton, ironique et désabusé, avec lequel l'histoire nous est contée. un ton parfaitement raccord avec la personnalité du narrateur, un très vieux vampire revenue de tout et sans grandes illusions sur la nature profonde de ses congénères.

Nouvelles Editions Oswald - 1986



ASYLUM - ANNE DUGÜEL

On peut vivre dans un château au milieu d’un grand parc, entouré de ses parents, son oncle, sa tante, et être malheureux. Julien, petit garçon d’une dizaine d’année, en fait l’amère expérience. Le château n’est qu’une prison dont il ne sort jamais et ses parents (mais sont-ils vraiment ceux qu’ils prétendent être) ne lui témoigne aucun amour. Et comme si cela n’était pas suffisant, il lui faut subir jour après jour des examens sans nombre. Mais le parfum d’une délicate orchidée va sonner le vent de la révolte !

 Roman d’épouvante agrémentée de quelques scènes bien gore, « Asylum » est le récit d’une double vengeance. Celle d’un enfant à l’égard des meurtriers de ses parents, et celle d’un cobaye contre ses bourreaux. Par les yeux du petit Julien nous découvrons le monde qui l’entoure et le suivons sur le chemin de sa révolte, hésitant sans cesse entre fantasme et réalité et nous demandant jusqu’à la fin s’il obéit au fantôme de son père ou s’il n’est que la victime d’une expérience qui a mal tourné. 


Il faut dire qu’Anne Duguël entretient le doute en multipliant les références au merveilleux et à l’étrange : un château rempli de pièces secrètes, un tombeau dissimulant un passage secret, une comptine obsédante et jusqu’à la petite Alice dont on se demande bien ce qu’elle peut dissimuler sous son masque de souris.


Ce petit roman parvient en tout cas à distiller, sinon de l’effroi, du moins un certain malaise, et cette petite tête blonde dénuée de morale sera la cause de quelques délicieux frissons.


Fleuve Noir - Frayeur - 1994

LE DIABLE EN GRIS - GRAHAM MASTERTON

A Richmond, Virginie, des meurtres d’une rare violence sont commis par un assassin invisible qui ne laisse pas le moindre indice derrière lui. Toutes les victimes sont pourtant tuées à l'arme blanche non sans avoir été au préalable, horriblement torturées. Chargé de l’enquête, le lieutenant Decker réalise rapidement que ces crimes sont le fait de puissances surnaturelles et qu’il pourrait bien être l’une des prochaines victimes. Avec l’aide inattendue du fantôme de sa défunte compagne et d’une jeune trisomique, il va enquêter dans le milieu de la religion Santeria et sur une page d’histoire de la guerre de sécession.

"Le diable en gris" est un petit roman horrifique et bourré d'hémoglobine dans lequel Graham Masterton se montre fidèle à lui-même. On ne s'étonnera donc pas que ses descriptions des tortures infligées aux victimes, reflet du martyr des saints du calendrier catholique, soient parfaitement écœurantes. On ne sera pas non plus surpris d'y rencontrer un anti-héros, en l'occurrence un policier un peu has been, aidé par une femme dévouée (ou plus précisément son fantôme ce qui exclue du même coup les petites scènes de sexe dont l'auteur est coutumier). On retrouvera enfin, comme toujours serait-on tenté de dire, un démon bien méchant, bien pervers et sacrément revanchard. 

Pour ce qui est de l'intrigue, Masterton semble peiner à se renouveler et celle-ci m’a paru emprunter beaucoup à l'un de ses précédents bouquins : "Le jour J du jugement". On y retrouve notamment l'idée de l'utilisation de démons à des fins militaires et la captivité de l'un deux dans un objet détourné de son usage. Ici Chango, le dieu de la foudre, est enfermé dans un cercueil de plomb en lieu et place du char Sherman retenant prisonnier le démon Elmek... 

Malgré ces petits défauts et son manque d'originalité, on prendra quand même plaisir à cette histoire qui constitue une immersion intéressante dans l'univers de la Santeria, ce culte d'origine cubaine, mélange de christianisme et de vaudou.

Bragelonne - L'Ombre - 2014

LE JOUR J DU JUGEMENT - GRAHAM MASTERTON

Alors qu'il met à profit ses vacances en Normandie pour effectuer quelques recherches sur les combats qui s'y sont déroulés en 1944, l'attention de Daniel McCook est attirée par un vieux tank Shermann abandonné en bord de route. De découvertes en confidences, il en vient à suspecter la présence d'une entité maléfique à l'intérieur du char d'assaut. Avec l'aide d'une jeune femme et d'un curé versé en démonologie, il entreprend alors de libérer la campagne environnante de son influence néfaste et pernicieuse. Mais il apprendra à ses dépend que l'on n'embête pas impunément l'un des "Sept de Rouen". 

Pour le lecteur français le premier intérêt de ce roman réside dans le fait que l'action se déroule pour une large part dans le bocage normand, parmi ses vertes pâtures, ses haies ombragées, ses fermettes isolées et ses petites routes de campagne. La description que nous en donne l'auteur sonne plutôt juste même s'il ne parvient pas à éviter un certain nombre de clichés et l'on sourira à l'évocation de paysans portant béret, fumant des gitanes et se baladant avec leur baguette de pain à la main. D'autres images sont heureusement plus réalistes, tels ces paysans soupçonneux et peu diserts, la soupe à l'oignon mangée sur un coin de table ou encore le vieux et sympathique curé de campagne. 


Cocorico également du côté des démons puisque Elmek et ses petits copains viennent aussi du terroir normand. Des démons peut-être moins impressionnants que de coutume, plus doués pour les palabres que pour l'action mais aussi un peu victimes d’hommes qui usent et abusent de leurs services si particuliers. D’ailleurs, l'utilisation à des fins militaires de ces êtres démoniaques et les risques qui en découlent comptent parmi les aspects les plus intéressants de ce roman. 


Au final, un Masterton moins percutant et moins sanglant que la plupart de ses autres productions mais distillant une chouette atmosphère, sombre, morose et nostalgique.


Nouvelles Editions Oswald - 1987

LES PORTES DE L'EFFROI - LEWIS MALLORY

Après avoir été victime d'une agression ultra-violente, la vie de Martin Sorrel est bouleversée. Désormais possédé par l'esprit de Hans Klemperer, un jeune allemand tué en 1934, il doit lutter pour conserver sa propre personnalité tandis que les morts se succèdent parmi ses proches.

Voilà un roman qui dénote un peu dans la production habituelle de la collection gore. ici le sexe et la violence sont utilisés avec mesure et c'est à peine si on frémit à l'occasion des quelques meurtres qui parsèment le récit. L'auteur ne semble pas à l'aise avec le sordide et ses descriptions des scènes les plus dures sont soir expédiées (l'attaque de la soeur de Martin par des ours) soit métaphoriques (le couple de montagnards). Il est en revanche tout à fait à son affaire lorsqu'il s'agit d'orchestrer l'irruption du surnaturel dans l'existence de son héros et la déchéance psychique qui l'accompagne.

L'essentiel du roman nous parles donc de la manière dont Martin Sorel se voit contraint de lutter contre un double maléfique qui cherche à s'approprier son corps. Le sujet n'est pas neuf mais Lewis Mallory le traite correctement. Il décrit notamment très bien l'évolution psychologique de son personnage, entre déni et acceptation, combativité et résignation, tout en s'attardant sur les quiproquos que la coexistence d deux individualités similaires ne manque pas de provoquer parmi son entourage.

Je me pose néanmoins une question. Pourquoi avoir choisi comme dopplegänger, un membre des SA dans l'Allemagne des années trente ? Cela n'apporte strictement rien à l'intrigue même si les flashbacks qui nous montrent l'adhésion et l'ascension de Hans Klemperer parmi les SA sont plutôt bien tournés. En revanche, avec ce personnage de nazi homosexuel et sadique, à la fois victime et bourreau, Mallory tenait une très bonne idée. Il aurait pu s'en servir pour nous concocter un fort bon roman gore sur les méfaits des SA lors de la montée du nazisme au début des années trente ainsi que sur leur éradication par les SS.

Fleuve Noir - Gore - 1988


LE FOUILLEUR D'AMES - MICHEL HONAKER

Brian Shadley est un écrivain raté. Lâché par son éditeur, méprisé et trompé par sa femme, vivant dans un taudis, il aspire à des jours meilleurs. Il est partiellement exaucé le jour où l’espèce de bon génie qui réside dans la masure dont il vient d’hériter, s’attache à ses pas. Un génie qui n’a d’autre raison de vivre que de réaliser ses moindres désirs, formulés ou non. Mais doit-il vraiment s’en réjouir ? Est-ce vraiment une bénédiction que de voir s’accomplir toutes ses envies ? Même les plus intimes, les moins avouables et, peut-être, les plus dangereuses !

J’ai beaucoup aimé ce petit roman qui renouvelle de façon originale et diabolique le thème du bon génie. Ici, pas de lampe merveilleuse ou de bonne marraine, mais une entité qui a une façon bien à elle de rendre service et une nette prédilection pour les pensées les plus malsaines de son maître.


Sur la trame classique d’un roman d’horreur, Michel Honaker nous propose de découvrir non seulement les actes monstrueux commis par le démon Mash, mais aussi l’état d’esprit et les réflexions qui animent son héros. D’abord ravi de voir sa situation s’améliorer et ses ennemis ou rivaux punis, celui-ci finit par se rendre compte de la part de noirceur que recèle son âme et des terribles conséquences qui en découlent.


Au final, cela nous donne un roman gore mâtinée de psychologie, mélange peu commun mais plutôt réussi.


Fleuve Noir Anticipation - 1991

TRANSE DE MORT - GRAHAM MASTERTON

La vie de Randolph Clare bascule le jour où sa femme et ses trois enfants sont sauvagement assassinés. Accablé par le chagrin, il hésite sur le sens à donner à son existence lorsqu’il apprend que certains hindouistes ont le pouvoir d’entrer en contact avec les morts. Voyant là le moyen de retrouver ses proches il se lance à la recherche de l’un de ces initiés. Mais sa route sera semée d’embûches et il lui faudra affronter la dangereuse déesse Rangda ainsi que les tueurs psychopathes responsables de la mort de sa famille.

 Ames sensibles s’abstenir ! Graham Masterton ne ménage pas la sensibilité de ses lecteurs et il faut avoir le cœur bien accroché pour supporter la description des sévices qu’il fait subir à ses personnages. C’est sa marque de fabrique et je savais donc à quoi m’en tenir. J’ai malgré tout été désarçonné par la crudité de certaines scènes ainsi que par la froideur et la précision dont il fait preuve pour dépeindre tortures et mutilations.


L’histoire est en revanche plus conventionnelle. Il s’agit d’une intrigue criminelle relativement classique sur laquelle vient se greffer un peu de fantastique en la personne de la déesse Rangda, membre éminent du panthéon hindouiste. Mais cet aspect surnaturel n’apporte finalement pas grand-chose au récit sauf, peut-être, une conclusion moins banale que l’arrestation ou la mort des « méchants ».


Nouvelle Editions Oswald - NéO Plus - 1990

SEPPUKU - ROMAIN D'HUISSIER

Court roman issu des défuntes éditions Trash et repris au catalogue des éditions Ogmios, "Seppuku" est un curieux mélange de légende asiatique et de jeu vidéo. Légende asiatique car l'histoire se déroule dans un Japon médiéval et qu'il est question de démons, d'un samouraï, d'une jeune prêtresse et d'une ancienne malédiction. Jeu vidéo parce que l'auteur y reprend le canevas de ces jeux d'arcades qui vous propose d'accompagner un personnage de niveau en niveau, chaque étape de sa progression se concluant par un combat contre un "boss" aux pouvoirs toujours plus puissants.

L'ensemble fonctionne plutôt bien malgré une évocation du Japon des shoguns assez sommaire. Il ne suffit pas de quelques petites touches "couleur locale" (un temple zen, une auberge de campagne, un onsen) pour donner au lecteur la sensation d'évoluer au pays du soleil levant. La faute aussi à un récit qui fait la part belle aux combats. Les trois-quart des 140 et quelques pages que compte le roman sont en effet consacrées aux duels de notre vaillant samouraï. 

Romain D'Huissier est parfaitement à l'aise pour nous décrire ces scènes d'action et de violence. A grand renfort de tripaille, de cervelle et de giclées carminées (sic), il s'amuse visiblement beaucoup à chorégraphies ces furieuses empoignades. J'avoue cependant avoir vu arriver la dernière confrontation avec soulagement car l'exercice finit tout de même par être assez répétitif.

Très linéaire et sans surprise, "Seppuku" constitue un honnête divertissement. Guère plus.

Trash - 2015

PIEGE A DJAKARTA - MORT HUMAN

En sortant de l’aéroport de Djakarta où il vient à peine de débarquer, Yan Croley remarque un couple de jeunes français sans le sou et complètement désorientés. Il décide de les prendre sous son aile et leur propose une chambre dans l’hôtel où il est descendu. Il ignore alors que sa générosité va lui faire courir les pires dangers.

Une chose est sûre, ce n’est pas avec ce pseudo qui rappelle certain chanteur à moustaches des années 80 que l’auteur s’est fait une place dans le petit monde du gore. Et ce n’est pas non plus ce roman qui lui aura ouvert les portes du panthéon de l’horreur. 


Avec son histoire de touriste embarqué dans une affaire qui le dépasse et contraint de lutter contre une organisation criminelle particulièrement décidée, on a plutôt le sentiment d’avoir affaire à un bon vieux thriller. Les ingrédients du genre sont d’ailleurs tous là : chantage, courses poursuites, tension constante et nombreux rebondissements… En fait, il faudra attendre les tous derniers chapitres pour retrouver quelques-unes de ces scènes bien écoeurantes et chargées d’hémoglobine sans lesquelles un roman gore n’en serait pas un.


Entre temps on aura dû se contenter d’une intrigue qui se limite pour l’essentiel aux tentatives de fuite du héros et de ses protégés. Quelques cadavres parsèment bien leur équipée dans la tentaculaire capitale indonésienne mais on reste dans le domaine du politiquement correct : du rythme, de l’action et quelques scènes plus introspectives pour réfléchir et reprendre son souffle.


On retiendra donc surtout de ce roman le personnage de M. Amrun qui, sous ses airs bonhommes et sa parfaite politesse, dissimule une férocité peu commune et une personnalité étonnante à mi-chemin du savant fou et du producteur de snuff-movie.


Vaugirard - Gore - 1990


GARBAGE RAMPAGE - JULIAN C. HELLBROOKE

Dans le quartier du Bronx, de nombreux cadavres sont retrouvés à moitié dévorés. Bêtes sauvages, anthropophages, les rumeurs vont bon train d'autant qu'on signale également la disparition de plusieurs femmes dans le même secteur. La détective Farley, jeune afro-amérocaine ambitieuse, est chargée de l'affaire...

"Garbage Rampage " est un hommage non dissimulé à la célèbre trilogie des rats de James Herbert. Comme son illustre prédécesseur, Julian C. Hellbrooke met en scène des rats plus gros et plus intelligents que la moyenne qui s'attaquent aux humains. On se rend toutefois très vite compte que plus de quarante ans séparent les deux romans. Si celui du britannique peut encore faire frémir, celui de Julian justifie largement sa présence dans la collection trash.  Il faut dire que ses rats sont particulièrement coriaces puisqu'à moitié humains et qu'ils ne se contentent pas de bouffer leurs presque congénères. Ils kidnappent également des jeunes femmes afin de les engrosser et créer ainsi une race de mutants.

Tout cela donne lieu à des scènes finalement plus écoeurantes que véritablement effrayantes et le fait que l'essentiel du récit se déroule dans les endroits les plus dégueus de la Grosse Pomme (égouts, caves, souterrains...) ajoute encore à cette ambiance sale et visqueuse.

Côté intrigue, l'auteur n'a pas fait de gros efforts pour expliquer le pourquoi et le comment de ces rats transgéniques. Il se contente d'évoquer pêle-mêle des recherches militaires interdites et les magouilles de l'industrie agro-alimentaire sans chercher à approfondir son sujet. Même légèreté côté personnages en dépit d'un duo de flics - la bombasse métissée et le macho raciste - plutôt explosif.

Trask 2014


VALS SANGLANTE - VIOLAINE DE CHARNAGE

En seulement deux ou trois ans, Violaine de Charnage s’est fait un nom dans le petit monde du gore made in France et l’on trouve désormais ses bouquins dans toutes les bonnes maisons spécialisées dans l’horreur et la boucherie : Faute de frappe, Karnage et, depuis peu, les petits suisses de Gore des Alpes. Et force est de constater qu’elle a parfaitement négocié sa petite virée au pays des banques et du chocolat.

Elle a bien sûr été contrainte d’utiliser des raccourcis dans le développement de son intrigue et dans la présentation de ses personnages pour respecter le format, assez court, de la collection. Nonobstant ce petit bémol, le résultat est parfaitement conforme à ce que l’on est en droit d’attendre de ce type de roman : un peu d’humour (noir de préférence), quelques frissons et pas mal d’hémoglobine.

Son récit mélange astucieusement horreur classique et moderne en juxtaposant mythe du vampire et trafic d’organes, chirurgie esthétique et savant fou. Il nous propose aussi trois portraits de femmes peu recommandables et bien décidées à combler leurs désirs quel que soit le prix à payer. Nous suivons ainsi Véréna au temps de la peste noire, Béatriz, l’actrice qui refuse de vieillir et surtout Katrin, l’hématologue de génie qui, de sa Suisse natale aux confins de la Chine, poursuit sa quête de vérité scientifique et de plaisir malsain.

Tout cela nous est conté d’un ton léger qui contraste fortement avec toutes les horreurs que Violaine met en scène. Il y a en effet quelque chose de primesautier dans sa plume qui donne à son texte des allures de conte de fée sadique. Du coup, et en dépit des crimes monstrueux dont l’héroïne se rend coupable, on reste attaché à la petite fille qui sommeille en elle avec ses rêves de vampires et ses jeux interdits.

Gore des Alpes - 2024

BLOODFIST - SCHWEINDHUND

Bien que figurant au catalogue des éphémères éditions Trash, collection que l’auteur a contribué à créer, « Bloodfist » n’est pas à proprement parler un roman gore. Que les amateurs de tripaille fumante se rassurent, ils y trouveront des scènes bien dégueues propres à satisfaire leurs vilains penchants. Question ambiance, ils seront aussi bien servis. L’atmosphère dans laquelle baigne l’histoire est poisseuse à souhait et on éprouve en s’y plongeant comme une sensation de crasse et de vermine qui vous colle aux baskets. 

L’intrigue est quant à elle assez banale et tient davantage du prétexte que de l’intention. Un ex-flic cherche à se venger du gourou d’une secte. Pour ce faire, il manipule un psychopathe adepte de la dissection in vivo. Rien de passionnant, mais ça fait le job et la confrontation de ces trois individus passablement givrés ne manque pas de sel.

L’auteur s’attache plus particulièrement au personnage du psychopathe dont il nous fait découvrir les pensées grâce à une narration à la première personne. Et ce qu’on y découvre est un beau merdier ! Une plongée abyssale dans les pensées d’un asocial de la pire espèce. Outre ses passages à l’acte à la limite du soutenable, les monologues intérieurs du bonhomme font froid dans le dos. Une logorrhée ahurissante, mais non dénuée d’une certaine poésie avec jeux de mots, allitérations et autres figures de style. Bref, un roman certes trash, mais qui fait moins peur qu’il ne met mal à l’aise.

Trash -2013

ROBUR LE CONQUERANT - JULES VERNE

A l'issue d'une réunion perturbée par l'irruption du mystérieux Rober, le président et le secrétaire du Weldon Institut sont kid...