Vu le nombre de post-apos qui sortent ces dernières années, en Blanche comme en littérature de genre, je me demande toujours s'il y a encore moyen de faire du neuf avec ce thème. La plupart du temps la réponse est non. Quelques bonnes idées, de bons personnages mais de transcendant. E puis parfois, le miracle. Une approche originale, une intrigue palpitante, des situations jamais envisagées.. Hélas, j'ai tout de suite su que ce ne serait pas le cas avec le roman de Geoffrey Le Guilcher.
D"abord, parce que l'idée d'un groupe décidé à résister dans un coin de France irradiée a déjà été abordée à plusieurs reprises et ce n'est pas Jean-pierre Andrevon (Les retombées) ou Pierre Marlon (Les compagnons de la Marciliague) qui me contrediront. Ensuite, parce qu'on est pas franchement dans un post-apo. Le monde d'avant, le nôtre, n'a pas vraiment disparu. Il est encore très présent et en état d'envoyer des militaires faire la police dans les territoires évacués. Il constitue même la principale menace à laquelle nos irréductibles bretons doivent faire face, loin devant les problèmes sanitaires ou de ravitaillement. Enfin, parce que "La pierre jaune" est avant tout le récit d'une infiltration parmi un groupe de sudistes, bien plus qu'une histoire de survie dans le monde d'après.
Et de ce point de vue, l'auteur a plutôt bien réussi son affaire. l'intrusion de Jack Banks dans la petite communauté alternative est plutôt bien amenée. sa galerie de personnages (la chaman, le geek, l'ancien de l'E.T.A, le gentil simplet...) apporte beaucoup de crédibilité à son récit et la description de leur quotidien sous contrainte est suffisamment précise pour permettre une immersion convaincante parmi cette tribu de gentils dingos. mais c'est surtout son flic de héros qui donne corps à ce qui est aussi le compte-rendu d'un cheminement intérieur.
Au contact de sa nouvelle "famille" et d'un mode de vie radicalement différent, il va voir bon nombre de ses certitudes voler en éclat. Il va notamment se rendre compte que su les hurluberlus en tong ou rangers, les chevelus bouffeurs de quinoa, les adeptes de la féralité et autres originaux de tout poil n'ont pas la solution à nos problèmes, ils ont au moins le mérite de tenter et d'innover. Et surtout, ils ont déjà renoncé à notre délétère société du superflu.
A nous désormais de comprendre et admettre que notre survie sur une planète que nous avons lamentablement dégradé réside dans une véritable rupture. Une rupture qui pourrait être librement consentie et accompagnée par les autorités mais qui, j'en suis malheureusement convaincu, finira par s'imposer dans la douleur tant sont puissants le lobbying des industries et la force de notre déni.
Gallimard - Folio SF - 2022

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