DANGER : MEMOIRE - P-J HERAULT

Lorsqu'il se réveille dans une forêt près du Mans, Rowan s'aperçoit que sa mémoire a totalement oblitéré les quinze derniers mois de sa vie. Alors qu'il tente de reprendre le fil de son existence et de comprendre ce qui lui est arrivé, il est assailli par d'étranges révélations. Il s'aperçoit ainsi qu'il est en mesure de créer une pile révolutionnaire...

Si l'on met de côté les trois romans d'espionnage qu'il a pondu au Fleuve avant de se lancer dans la SF, P-J Herault s'est rarement aventuré hors de ces univers de space opéra qu'il affectionne tant. Après avoir lu "Danger : mémoire", je me dis qu'il a bien fait car il y a peu à sauver dans ce roman sans saveur et presque sans intérêt. On peut même s'interroger sur sa présence dans la collection Anticipation puisque, excepté une vague allusion à une intervention extra-terrestre et quelques technologies innovantes, le récit n'a que peu à voir avec le genre qui nous intéresse. C'est donc plutôt à un thriller politico-économique que nous avons affaire avec cette histoire de pile photonique rendant caduque l'utilisation de l'essence  et mettant en émoi l'industrie pétrolière et les gouvernements.

Passés les premiers chapitres dans lesquels le héros renoue avec la réalité et prend la mesure de ses nouvelles connaissances et des bouleversements qu'elles induisent, il ne se passe pas grand-chose d'excitant. L'auteur se contente de décrire ses travaux scientifiques et ses démarches pour imposer ses vues face aux pressions des lobbies de l'énergie. Chantage et intimidation d'un côté, clandestinité et inventivité de l'autre, la lutte est inégale. Elle donnera néanmoins lieu à quelques rares scènes d'action et à quantité de discussions entre le héros et les autorités.

Cela nous donne un récit assez anodin qui renouvelle dans un cadre réel et quotidien, certains aspects de ses romans de SF. On y retrouve notamment son idéal d'une société plus juste, sa conviction qu'un petit groupe soudé peut déplacer des montagnes et sa détestation des politiques corrompus et des industriels assoiffés de richesses. Peut-on lui donner tort ?

Fleuve Noir Anticipation - 1991





GENOCIDES - THOMAS DISCH

Des extra-terrestres ont ensemencé notre planète d'une plante qui a bientôt recouvert la moindre parcelle disponible, entraînant destructions, bouleversements et famines. L'espèce humaine est quasi décimée et les rares rescapés tentent de survivre, disputant leur espace vital à cette plante immense et prolifique et à ses mystérieux gardiens.

J'avais cru déceler en "Génocides" un petit récit post-apocalyptique comme je les aime. Hélas, je fus bien déçu. Certes, il y est question de la lutte pour la survie d'un groupe d'individus, en l'occurrence une petite communauté rassemblée sous l'égide d'un patriarche un peu illuminé. Mais, passées les cinquante premières pages, l'intrigue se resserre sur la vengeance d'un homme dont la compagne a été tuée par la communauté ainsi que sur la rivalité entre les fils du chef. 


Dès lors, nous suivons surtout les développements de ces deux fils conducteurs qui n'ont malheureusement pas grand-chose de passionnant. Ajoutons à cela qu'une bonne part de l'histoire se déroule sous terre, dans les racines de la plante où les survivants ont trouvé refuge, restreignant encore le champ du récit et transformant l'histoire en un huis clos poussif.


Bref, malgré ses 180 petites pages, ce livre traîne en longueur et, là où il y avait matière à une excellente nouvelle, je n'ai trouvé au final qu’un roman assez moyen. Ceci étant, il faut avouer que l’idée de départ est surprenante et originale et cette Terre transformée en culture pour extra-terrestres avec des humains ravalés au rang d’insectes nuisibles me restera un temps en mémoire !


Livre de Poche - SF - 1990

PAS MÊME UN DIEU - JEAN MAZARIN

A la suite d'une bataille stellaire un homme est projeté sur une planète restée à un stade médiéval. Il y rencontre une jolie et peu farouche « indigène », la féconde et disparaît en lui laissant... un pistolet laser. Devenu adulte, leur fils, élevé dans le culte du père, entreprend la conquête du pouvoir à l’aide de cette arme « magique ». 

La seule qualité de ce titre de Jean Mazarin est de me permettre d’expédier ma critique en deux coups de cuiller à pot. Franchement, j'ai beau me creuser le cervelet, je n'ai presque rien à dire, du moins de gentil, sur ce roman bâclé. Les personnages sont convenus et sans relief, l’intrigue est inexistante et la chute – altération du continuum espace/temps – est grotesque. Seul un collectionneur de FNA conservera ce livre pour ne pas dépareiller ses étagères. Les autres s'en sépareront avec soulagement.


Fleuve Noir Anticipation - 1976

LE ROMAN DU MONT SAINT MICHEL - CHARLES LE GOFFIC & NOEL SEVESTRE

"Le roman du Mont Saint Michel" est un ouvrage à destination de la jeunesse publié en 1932. on ne s'étonnera donc pas d'y voir célébrer ces vertus qui faisaient les bons petits français d'alors : la fidélité, le courage, le don de soi et une certaine forme de patriotisme. Ici, il s'agit d'honorer la résistance des montois qui, en cet an de grâce 1422 résistent encore et toujours à l'envahisseur d'Outre-Manche.

Le récit est plutôt bien tournée et alterne judicieusement les passages héroïques et les épisodes plus calmes destinés à faire avancer l'intrigue et nous faire découvrir la merveille de l'Occident. Il y aura donc moult descriptions de la célèbre abbaye ainsi que force combats, assauts, révoltes, duels... Quant aux non moins célèbres dangers de la baie (sa marée, ses sables mouvants) ils joueront bien sûr un rôle non négligeable dans le déroulement de l'histoire.

Celle-ci est moins convenue que je me le figurais en entamant ma lecture puisqu'elle se place, du moins dans un premier temps, du côté des "méchants". Nous suivons en effet les agissements d'une espionne et de son fils, bien déterminés à faire tomber le Mont aux mains des vilains godons pour venger leur mari et père.

Hélas, passé la première moitié du livre, le romantisme encore en vigueur dans les romans d'aventure de l'époque, reprend le dessus. un mystérieux chevalier, une mission périlleuse, une médaille qui redonne son titre et son rang à un jeune pêcheur, une fin heureuse : pas de doute, ce roman fait son âge !

Delagrave

OSE - PHILIP JOSE FARMER

Sur Ose cohabitent plusieurs races douées d'intelligence dont les humains et les Horstels. Les premiers, lointains descendants des terriens, sont regroupés en cité-états rivales et s'adonnent principalement à une activité agricole. Les seconds, semblables aux hommes exception faite de la longue crinière qui prolonge leur chevelure le long de la colonne vertébrale et se termine en une queue majestueuse, forment des communautés pacifiques et travaillent à l'occasion avec les humains pour les travaux des champs. Jack Cage, fils aîné d'un propriétaire terrien, prend conscience de l'amour qu'il éprouve pour R'li, une horstel qu'il connaît depuis l’enfance. Mais dans une société où l'attirance pour une horstel est punie de mort, il aura fort à faire pour surmonter les préjugés de sa famille et les lois de son peuple et devra prendre une part active dans le conflit qui opposera les différentes cités humaines. 

"Ose" est un mélange réussi de planet opera et de steampunk. Philip José Farmer nous y propose une histoire palpitante où l'intrigue va s'épaississant et où il est question de sociétés secrètes, de progrès techniques, d'espionnage et de trahison, le tout dans un univers baroque où même les dragons ont leur mot à dire. 


L'ambiance XIXème siècle y est très bien rendue, que ce soit grâce au décor ou aux mentalités, et l'on a un peu l'impression de revivre les premiers temps des colons britanniques en Amérique et leurs relations tendues avec les autochtones. De fait, l'attitude des humains à l'égard des Horstel rappelle irrésistiblement le racisme et l'extermination dont furent victime les amérindiens. Dans ces conditions particulières, l'amour qui unit Jack et R'li est un véritable plaidoyer en faveur de la tolérance qui n'est pas sans rappeler celui d'un autre roman de Farmer : "Les amants étrangers". 


L'action est également bien présente et l'on ne s'ennuie pas un instant. Evasions, meurtres et combats en tout genre rythment l'histoire et l'on frémira à plus d'une reprise pour la sauvegarde de nos héros.
Finalement, le seul petit bémol que j'apporterais à ce commentaire plutôt élogieux à trait à la conclusion du bouquin. Je l'ai trouvée un peu précipitée et l'intervention d’humains d’une autre galaxie n’était, à mon sens, pas franchement nécessaire à l’intrigue.


J'ai Lu - SF - 1975

LA VILLE SOUS GLOBE - EDMUND HAMILTON

A la suite d'une formidable explosion, la petite ville de Middleton et tous ses habitants font un bond dans le temps de plusieurs centaines de millier d’années. Le soleil y est devenu un astre mort et la Terre ne vaut apparemment guère mieux. Passés les premiers moments de stupeur, les miraculés entreprennent de s'organiser et découvrent à quelque distance de leur cité, une mystérieuse ville abritée par un globe transparent. Ils s'y installent et, peu après, y sont visités par les descendants des terriens...

 Ce roman comporte deux parties qui, bien que complémentaires, sont très différentes l'une de l'autre. La première s'apparente à un récit apocalyptique avec catastrophe, sauvetage des survivants et réactions de chacun face à l’adversité. Puis, sans crier gare, nous changeons radicalement d'atmosphère et sommes projetés dans un space opéra à l’ancienne mode. Des vaisseaux spatiaux, des voyages inter sidéraux, des planètes et des Extra-terrestres : tout le folkore de la SF des années 50 est au-rendez-vous. 


Ça se lit facilement, c'est fort sympathique et plein de bons sentiments mais qu'est-ce que ça a vieilli ! Les déboires amoureux de Kenniston hésitant entre sa fiancée terrienne et une jeune et accorte spationaute en sont un bon exemple. Encore que ce peut être le reflet de ce que ressentent tous les habitants de Middletown, savoir rester sur un monde qu’ils connaissent ou faire un bond vers l’inconnu.

De la SF de grand papa donc, mais qui se laisse lire sans déplaisir. C'est déjà ça !

Le Masque - Science-Fiction - 1974

SHAMBLEAU - CATHERINE L. MOORE

Recueil de 9 nouvelles mettant en scène Northwest Smith, aventurier spatial confronté aux mystères des civilisations millénaires de Vénus et de Mars.

 Bien que se déroulant très clairement dans un univers de science-fiction, les nouvelles de ce recueil sont plutôt d’inspiration fantastique.  Dans la plupart d’entre elles, Northwest Smith est le témoin et parfois la victime, d’entités étranges et dangereuses, vestiges d’anciennes civilisations. Ainsi dans « Songe vermeil », « Juhli » ou encore « L’arbre de vie », il doit tour à tour combattre une chose qui se nourrit de sang, une sorcière qui s’abreuve d’émotions et un arbre qui capte la vie de ses victimes. Ma préférence va toutefois à deux nouvelles dont les intrigues diffèrent un peu de ce schéma : « La soif noire » où un curieux personnage entretient un élevage de femmes toutes plus belles les unes que les autres et « Yvala » sorte de nouvelle Circé qui asservit l’esprit des hommes dans le corps de divers animaux. Il convient aussi de dire un mot de la nouvelle qui donne son titre au recueil et de cette Shambleau, vampire moderne se nourrissant de la force vitale des hommes qu’elle séduit.


Pour ce qui est du style il faut convenir que l’écriture de C. L Moore est irréprochable (elle était universitaire), et que les mots et expressions sont parfaitement pesés et choisis. Mais Dieu ce que cela est lent, ennuyeux et peut manquer de punch ! L’ami Northwest est pourtant présenté comme un dur à cuire qui n’hésite pas à se servir de son pistolet thermique. Or, la plupart du temps, il reste étonnamment passif et ne doit son salut qu’à l’intervention d’une charmante compagne ou de Jarol, son ami vénusien.


En bref, une SF bien sage, mais inventive et remarquablement écrite.


J'ai Lu - SF - 1970

LE VENT DE NULLE PART - J. G. BALLARD

Un vent violent, soufflant toujours dans la même direction et dont la vitesse croît chaque jour de 8 km/heure, balaye l’ensemble de la planète. Nous suivons, jour après jour, la croissance de la tempête et les déboires de quelques personnages cherchant selon les cas à accomplir leur mission ou à sauver leur peau…

Le vent se lève… Il faut tenter de vivre. Cette citation de Paul Valery pourrait presque résumer ce roman de J. G. Ballard, le deuxième de sa tétralogie consacrée aux apocalypses. Après le feu (Sécheresse) et avant l’eau (le monde englouti) et la terre (la forêt de cristal) c’est donc au vent que l’auteur a choisi de confronter l’humanité. Mais la confrontation tourne court et les éléments déchaînés ont tôt fait de mettre à genoux nos pauvres fourmis humaines qui en sont réduites à se réfugier sous terre.


L’intrigue de ce livre est incontestablement un peu mince. J’ai néanmoins apprécié les descriptions hallucinantes d’une Terre dévastée, lacérée, pelée par cette gigantesque tornade. Le seul petit reproche que je ferais à ce livre concerne sa fin., un peu trop abrupte à mon goût et ne donnant aucune idée de ce que sera l'après catastrophe. Mais il faut faire avec puisque Ballard s'intéresse surtout aux réactions d'humains confrontés à l'extraordinaire.


Pocket SF - 1986

LA GUERRE OLYMPIQUE - PIERRE PELOT

Terre, année 2200. La planète est divisée en deux camps : d'un côté les pays d’idéologie capitaliste et libérale, les blancs, de l'autre la fédération socialo-communiste, les rouges. Tous les deux ans la guerre olympique est déclarée entre ces deux blocs. Les participants : des athlètes sur-entrainés, conditionnés et dopés qui risquent leur vie dans des épreuves où la défaite est synonyme de mort. L’enjeu : la suppression dans le camp des perdants d’un certain nombre de citoyens, à raison de quelques centaines de milliers pour une épreuve perdue et de plusieurs millions pour une déroute totale. Les victimes : les délinquants, les condamnés, les asociaux, les déviants de tout poil, à qui l’on a greffé dans la tête une micro-bombe programmée pour exploser en cas de défaite de leur camp. Nous suivons le parcours de quelques personnages dont le sort est intimement lié au déroulement de cette olympiade : un athlète français et sa petite amie ainsi que deux « condamnés », un rouge et un blanc, l’un résigné et fataliste, l’autre décidé à échapper à son destin en se faisant retirer son implant. 

Les compétitions sportives utilisées comme alternative à la guerre. Voilà un thème bien intéressant mais pas si éloigné que çà de la réalité. En effet il n’est que de se rappeler les années de guerre froide pendant lesquelles les jeux olympiques étaient l’occasion pour les Etats-Unis et le bloc soviétique d’affirmer leur suprématie. Les athlètes dopés, endoctrinés, asservis à une cause n’avaient finalement guère plus de libre arbitre que les personnages de ce roman et ce ne sont pas les nageuses est-allemandes qui me contrediront. 

L’auteur a donc juste forcé le trait et ajouté à cette confrontation idéologique l’idée que les perdants doivent payer leur défaite en vies humaines, permettant ainsi à leur gouvernement de se débarrasser de leurs opposants à peu de frais. Comme qui dirait l’occasion de faire d’une pierre deux coups.


On éprouve en tout cas un léger malaise à voir des populations entières suivre avec passion ces olympiades sanglantes. Heureusement, Pierre Pelot a su alterner les scènes d’action au cours desquelles nous voyons les athlètes s’étriper à qui mieux mieux au cours d’épreuves que l’empereur Néron n’aurait pas désavouées, et des passages plus introspectifs nous permettant de ressentir l’angoisse des condamnés.
De la belle ouvrage, mon cher monsieur Pelot !

Denoël - Présence du Futur - 1980

TORSO - BRIAN BENDIS & MARC ANDREYKO

Si l’on ne devait utiliser qu’un mot pour décrire cette BD de la paire Bendis/Andreyko, ce serait sans doute l’adjectif « sombre » qui recueillerait tous les suffrages. 

Sombre le scénario. Ce qui est tout à fait normal s’agissant d’une histoire de tueur en série. Il faut dire qu’en la matière, Torso occupe plutôt le dessus du panier. Le bonhomme ne se contente pas de tuer ses victimes. Il les découpe, les tronçonne, ne laissant que les torses (d’où son nom), un ou deux membres, parfois une tête. Des puzzles humains qui ne facilitent pas la tâche des policiers pour les identifier ou trouver un début de piste.


Sombre l’atmosphère. Là encore rien que de très logique puisque l’action se déroule en 1935 soit quelques années seulement après la grande dépression de 1929. Comme toute les villes américaines, Cleveland compte des milliers de chômeurs et des tas de sans-abris dont la plupart ont trouvé refuge dans l’immense bidonville qui borde les rives du lac Erié. Une ville dans la ville qui concentre toutes les misères et qui sert aussi de « réservoir » au tueur.


Sombres les personnages. Flics corrompus ou bas du front, politiciens démagogues, journalistes avides de sensationnel, Elliott Ness et ses équipiers ne seront guère aidés pour mener à bien leur enquête. Encore tout auréolé de sa lutte victorieuse contre Al Capone, l’incorruptible est attendu au tournant et beaucoup espèrent le voir se ramasser. Et comme il continue de faire la chasse aux tripots clandestins et s’est lancé en politique, la liste de ses ennemis s’est encore allongée !


Sombre le dessin. Brian Bendis a opté pour le noir et blanc. Surtout le noir. La BD baigne dans un clair-obscur permanent. Le trait est épais et souligne les zones d’ombres qui fourmillent dans la ville et dans les esprits. De nombreuses photos d’époque sont insérées dans les planches et viennent rappeler que cette histoire est tout à fait réelle. Quant à la mise en page, elle est souvent originale et multiplie les prises de risque : pixellisation des images, dessins désaxés, en spirale… Le lecteur doit jouer avec le bouquin, se perdre dans ses méandres, errer de page en page jusqu'à une conclusion pas forcément très gaie.


Aussi bien sur le fond que dans la forme, « Torso » est une BD qui met mal à l’aise, et qui dévoile le pire des hommes et de la société. Une BD dure. Une BD sombre.


Delcourt - 2025

LE DIABLE EN GROS - GRAHAM MASTERTON

A Richmond, Virginie, des meurtres d’une rare violence sont commis par un assassin invisible qui ne laisse pas le moindre indice derrière lu...