Si la plupart des romans de Gilles Thomas se finissent sur des fins heureuses, ses nouvelles sont en revanche beaucoup plus sombres et font ressortir le plus mauvais de l’homme ou de la femme : convoitise, esprit de domination, soif de vengeance, instinct guerrier, rejet de l’autre et peur de l’inconnu. Space opéra, dystopie ou fantastique, quelque soit le genre abordé dans ce recueil, la grande dame de la SF populaire française nous montre la face obscure de son immense talent.
"Une caisse de pruneaux", "La nuit de Martha" et "Mon copain Jick" illustrent chacune à leur manière le risque qu'il peut y avoir à introduire au coeur des sociétés humaines des espèces extra-terrestres. Si l'humour noir est le maître mot du premier texte, les deux autres sont beaucoup plus anxiogènes et se concluent de façon dramatique. Parasite, bestiole meurtrière, insecte télépathe, on ne jour pas avec ce que l'on ne connait pas.
Ses quelques irruptions dans le fantastique sont tout aussi lugubres. "Les crabes" est une micro nouvelle qui parle d'esprits vengeurs. "La fenêtre" est un récit quasi surréaliste où il est question de réalités plurielles et qui se conclut sur une chute d'une rare ironie. "Henrietta" est une histoire de sorcière très conventionnelle. "Le cube" utilise le thème tout aussi classique de l'objet maudit, tandis que "Le brouillard" distille une ambiance joliment horrifique dans un cadre rural bien restitué. Enfin "Rue du loup-pendu" est un conte nostalgique qui déplore la disparition du folklore campagnard sous les coups d'une urbanisation effrénée.
Le post-apo et son cortège d'horreurs sont également au rendez-vous de ce recueil maussade et pessimiste. Qu'il soit question des prémisses de la catastrophe ("Nous ne vieillirons pas ensemble"), des ses lointaines conséquences ("Le mal de Dieu") ou des épreuves qu'elle impose aux survivants ("Les derniers jours").
Et si l'homme ne parvient pas à se détruire tout seul, on peut compter sur les vilains Aliens pour achever le boulot. "Reflet dans un miroir" nous relate en à peine cinq pages une invasion aussi originale qu'efficace. Encore plus courte, "Point final" imagine que l'espèce humaine est le produit d'une simple expérimentation que des ET tout puissants peuvent stopper à tout moment. "Le Laxxi" et "Soyez bon pour les animaux" sont deux récits dans lesquels l'humour pointe le bout de son nez. Le premier est un récit d'horreur joyeux et enlevé tandis que le second revisite le thème de Saint Georges et le dragon.
Humour timide également pour les trois "space Op" du recueil. "Chasse au rêveur" et "Les gladiateurs" sont des récits sans surprise de baroudeurs de l'espace confrontés aux hôtes étranges de planètes lointaines. "Match contre Vénus" est une histoire à chute où il est question d'un homme confronté aux périls de la jungle vénusienne et qui espère retrouver son paradis terrien. Un paradis . Pas sûr !
"La fille de l'eau" et "Les R. A." sont deux nouvelles terriblement tristes où il est question de mutants opprimés. "Sibelles et si froides" est une banale histoire de serial killer, "Les oiseaux de cuir" et "Les rois détrônés" deux dystopies passablement cruelles.
Fleuve Noir Anticipation - 1999

Si à la fois cette complexité et cette diversité de post apo permettait une lecture des plus intéressantes
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