"Requiem des innocents" est un récit autobiographique qui nous relate l'enfance de l'auteur dans la zone de la banlieue lyonnaise. Mais peut-on réellement parler d'enfance pour décrire cette partie de la vie du jeune Louis et de ses camarades ? Une vie dans un de ces bidonvilles sordides qui fleurissaient avant-guerre sur les fortifs des grandes villes. Une vie de misère qui les force dès le plus jeune âge à la débrouillardise et au vol. Une vie de violence quotidienne et d'alcoolisme généralisé où seule la force est reconnue et respectée. Une vie d'indigence économique, culturelle mais aussi, affective.
Dans la zone, l'amour est une denrée rare, pour ne pas dire inexistante. Les relations hommes/femmes se limitent à quelques étreintes vite expédiées et les enfants qui naissent de ces unions sont rarement désirés. Un toit en tôle sur la tête, une tranche de pain rassis et une bonne dose de torgnoles, voilà à quoi se résume l'éducation qui leur est dispensée. Pour le reste, qu'ils se démerdent ! Et les parents de l'auteur sont au diapason si l'on en croit cette diatribe lancée à sa mère : "Il ne fallait pas me laisser venir. Garce. Il fallait recourir à l'hygiène. Il fallait me tuer. Il ne fallait pas me laisser subir cette petite mort de mon enfance, garce. Si tu n'es pas morte, je te retrouverais un jour et tu paieras cher, ma mère."
Pour nous décrire cet univers de crasse, d’alcool et de violence, Louis Calaferte sait trouver les mots qui font mouche et qu’il arrange en un argot poétique d’une grande force. La hargne de l’enfant blessé transparait dans chacune des phrases de l’adulte qui n’a rien oublié de ses souffrances. C’est dur, mais c’est beau et ça m’a fait à peu près le même effet que lorsque j’ai lu mon premier Bukowski.
Folio - Gallimard - 2000
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