Ici, on a trois cent pages bien tassées d'un récit solide et bien mené mais qui manque un peu de bruit et de fureur comme dirait ce cher Faulkner. la faute à un Conan qui m'a semblé un peu trop policé. Faut dire que voir le cimmérien faire des visites de courtoisie à ses amis nordiques, accompagner monsieur à la taverne, jouer les baby-sitter et se laisser cogner par une femme, c'est peut-être tendance, mais ça fait quand même un drôle d'effet. pour ma part je préfère un Conan plus taiseux, taciturne, revêche même. un barbare qui ne rechigne pas à aider autrui si tel est son bon plaisir mais qui ne s'impose aucune obligation. Un Conan plus "carpe diem" qui ne théorise pas sur sa condition et se contente de prendre les choses comme elles viennent.
D'ailleurs, l'un des principaux reproches que je ferais au roman de Lovegrove, c'est d'être trop verbeux. Le style de Howard est, ce me semble, plus raccord avec son personnage, avec des phrases courtes et sèches, pas ou peu de figures de style, pas de jeu de mot, pas de fioritures. Comme son héros, il va à l'essentiel. ici, on se perd tout de même un peu en chemin et ça alourdit pas mal le récit.
Lovegrove s'en sort heureusement beaucoup mieux avec son intrigue divisée en deux parties d'égale longueur. La première nous emmène en pays shémite, dans la cité d'Eruk où Conan se lie d'amitié avec un couple et son fils fuyant la vengeance d'une tribu d'aesirs. Quelques bastons et un peu d'humour font agréablement passer le temps en attendant ce que l'on espère être une empoignade d'anthologie entre le barbare et les vilains nordiques qui leur collent aux basques. hélas, le quintette de grands blonds se fait trucider en deux coups de cuiller à pot sans que Conan n'ait à lever le petit doigt. Déception !
J'ai donc beaucoup plus apprécié la seconde partie qui se déroule dans les Terres Pourries au sud du Kush. Là, l'auteur fait preuve d'une belle imagination pour nous concocter de belles saloperies, animales ou végétales, mais toujours prêtes à croquer l'humain imprudent qui passerait à portée de leur appétit. Il y aura aussi une cité cachée, les derniers représentants d'un peuple décadent et un abominable Grand prêtre qui, pour une fois, ne vient pas de Stygie !
Au final, le Conan de Lovegrove est un pastiche tout à fait honorable avec une intrigue qui tient la route et des personnages bien travaillés. Je n'y ai pas retrouvé le héros howardien de mes souvenirs, mais j'ai quand même passé un bon moment.
Bragelonne - 2026

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