LES OISEAUX DE CUIR - GILLES THOMAS
L'ÎLE DE BETON - J. G. BALLARD
Ce roman de J. G. Ballard est le second de sa célèbre « Trilogie de béton » à laquelle appartiennent aussi Crash et I.G.H. Dans chacun d'eux, l'auteur explore divers aspects de la société moderne et étudie l’attitude d'hommes et de femmes confrontés à certaines de ses dérives. Il parvient de la sorte à peindre d’admirable façon leur désarroi face à un mode de vie qu’ils ne contrôlent plus et qui, par bien des aspects, ne répond plus à leurs besoins essentiels.
Ceci dit, nos trois robinsons sont-ils vraiment prisonniers de leur « île » ? Rien n'est moins sûr. D'ailleurs, dès lors qu'elle l'a décidé, Jane parvient à s'en échapper aisément. Assurément, Mailtand pourrait en faire de même. S'il ne le fait pas c'est que, en dépit des apparences, il accepte son isolement. Il s'agit là encore d'une image. Par paresse et facilité nous acceptons l'existence toute faite que la société de consommation nous vend. Nous ne nous rendons même plus compte de notre asservissement et si, par extraordinaire nous en faisons le constat, nous n'avons pas le courage de lutter contre.
Calmann-lévy - Livre de Poche - 1974
LA GUERRE DES ETOILES - GEORGE LUCAS
Voilà une lecture qui m'a rappelé mes 10 ans et l’émerveillement que j’avais éprouvé à suivre les aventures de Luc, Yan et Leia sur la toile du Grand Rex. Alors, bien évidemment, je n’ai pu m’empêcher de confronter ma lecture aux images du film qui me sont restées en mémoire et, première constatation, livre et film coïncident en tous points, sans la moindre divergence, le moindre manque ou le moindre ajout. Cela m’amène à me demander si c’est bien le roman qui a inspiré le film (comme précisé en quatrième de couverture), où s'il ne s'agirait pas au contraire d'une novellisation. Mais il y a fort à parier que roman et scénario ont été rédigés conjointement pour donner au final deux œuvres identiques.
Deuxième point à aborder, le style de l’auteur. On connaît en effet les qualités de metteur en scène de Georges Lucas, sa maîtrise technique et ses innovations dans le domaine des effets spéciaux, mais qu’en est-il de ses talents d’écrivain ? Et bien je dois dire que le monsieur ne s’en sort pas trop mal dans ce livre ou l’action domine mais où il parvient néanmoins à introduire une bonne dose d’humour.
Enfin, et ce sera mon troisième et dernier commentaire, il convient de dire un mot sur l’histoire elle-même. « La guerre des étoiles » est un exemple de space opéra et rien n’y manque de ce qui fait la particularité du genre : vaisseaux spatiaux, planètes lointaines, voyages sub-luminiques, pistolets lasers et bon nombre d’extra-terrestres. Mais ce qui a fait sa réussite c’est d’avoir su y adjoindre des ingrédients qui, de tout temps, ont fait le bonheur et le sel de la littérature populaire. Nous retrouvons ainsi les personnages bien connus du vieux sage (Obi Wan Kenobi), du jeune héros (Luc), de la blanche vierge (Princesse Leia), du malfrat qui dissimule un cœur pur (Yan Solo) et de l’incarnation du mal en la personne de Dark Vador. Ajoutons à cela un rien de roman d’apprentissage (celui de l’aspirant Jedï) ainsi qu’une menace mortelle pesant sur le monde et nous avons au final un livre à la fois moderne et intemporel.
Pocket - Science-Fiction - 1978
AQUA - JEAN-MARC LIGNY
Afin de s’approprier d’importantes réserves d’eau potable dans le massif du Tibesti, au Tchad, les services secrets européens mettent sur pied une fausse prise d’otage par des rebelles locaux. Ils espèrent ainsi justifier une intervention militaire qui leur permettrait de faire main basse sur la précieuse ressource.
"Aqua" est un thriller d'anticipation politico-économique survitaminé dans lequel Jean-Marc Ligny nous transporte dans un futur qui ne semblera finalement pas si lointain aux lecteurs d'aujourd'hui. Il faut dire que plus de trente années se sont écoulées depuis sa sortie et ce qui apparaissait alors comme de la pure spéculation est devenu une quasi réalité. Une société fortement clivée avec des ultra riches d'un côté et une populace misérable de l'autre, des banlieues quarmondisées et de plus en plus violentes, la confrontation Nord/Sud et ses avatars religieux, les mafias plus puissantes que les états, la raréfaction de l'eau et les tensions autour de cette ressource vitale, tout cela existe en effet déjà. Le trait est à peine grossi et seuls deux, trois gadgets technologiques permettent de rattacher ce roman à la collection de SF dans laquelle il est publié.
Cela n'a toutefois rien de gênant. Jean-marc Ligny a du métier et un grand sens du rythme. Aucun temps mort, de l’action en permanence à peine entrecoupée par quelques conciliabules permettant d’éclairer les dessous d’une machination géopolitique bien retorse, le roman se lit d’une traite. Difficile en revanche d’éprouver de l’empathie pour les personnages. Qu’il s’agisse des politiques pourris jusqu’à la moelle, des mafiosis de la pire espèce, de la gosse de riche insupportable ou du mercenaire sans états d’âme, aucun d’entre eux ne donne envie de s’attacher à ses pas. Tous pourris ? Pas sûr. Juste des humains, hélas trop humains.
Fleuve Noir Anticipation - 1992
POLYMATH - JOHN BRUNNER
Ce roman de John Brunner a pour sujet l’un de mes thèmes favoris : la réaction d’individus confrontés à un bouleversement radical de leur mode de vie. Il s’agit d'ailleurs de l’un des aspects les plus communément développés (et le plus intéressant à mon goût) des romans post-apocalyptiques ou des " Robinsonnades ". Je trouve en effet captivant de découvrir comment ces survivants réagissent en présence d'un environnement nouveau et souvent périlleux. La destruction des infrastructures qui leur facilitaient la vie, la disparition de la société qui les prenait en charge, la perte de leurs repères familiers sont autant d'épreuves à surmonter mais peut-être aussi l'occasion de créer quelque chose de neuf et de meilleur.
UN CHIEN DANS LA SOUPE - STEPHEN DOBYNS
Dans ce roman déjanté et surréaliste, Stephen Dobyns nous embarque pour une balade homérique dans un New York by night fort éloigné de Broadway et de ses lumières. Ici, c'est le New-York de la misère et de la débrouillardise qui est à l'honneur et nous découvrons, entre Bronx et Harlem, un monde interlope dont n'ont pas conscience les braves citoyens.
Au gré des pérégrinations de nos deux compères nous rencontrons des personnages surprenants et hauts en couleurs : des fourreurs juifs qui croisent des gerbilles avec des tigres pour obtenir de belles et grandes peaux, des savants fous avides de cobayes, les tenanciers d'un bordel sado-maso et la directrice d'un restaurant asiatique spécialisé dans... le chien ! Chacune de ces rencontres se clos sur une histoire canine contée par un Latchmer en veine d'imagination et qui, tel un gimmick, apporte une note d'humour répétitif et décalé. Mais il s'agit là d'un talent à double tranchant puisque, invariablement, ses saynètes suscitent la réprobation et l'hostilité de son auditoire.
L'ANGE DES PROFONDEURS - SERGE LEHMAN
« L’ange des profondeurs » est un thriller ésotérique qui fait la part belle à l’action et l’aventure. Il le fait sans grande originalité puisqu’il utilise la plupart des clichés propres à ce type d’histoires : société secrète, multinationale toute puissante et mystérieux secret enfoui dans les profondeurs de la terre.
Son héros n’est guère plus surprenant puisqu’il s’agit d’un universitaire à fort tempérament qui n’est pas sans rappeler l’Indy de Spielberg. Il est heureusement assisté de quelques seconds rôles intéressants dont une fliquette qui n’a pas froid aux yeux et un ado polonais un peu trop curieux.
De Pologne justement, il sera beaucoup question puisqu’une bonne partie du roman s’y déroule. Une Pologne post-communiste qui hésite entre libéralisme sauvage et réflexes autoritaires et qui offre ce qu’il faut de dépaysement et de mystère. Mais cela ne suffit pas à soutenir une intrigue qui se disperse et ne sait pas très bien où elle va.
A sa décharge, il convient de préciser que ce roman devait être le premier volume d’un cycle qui, comme bien d’autres au Fleuve, resta à l’état de projet. Du coup, bien des énigmes restent en suspens au grand dam du lecteur qui se sent quelque peu floué. Tant pis pour lui !
Fleuve Noir - SF Mystère
LES HABITANTS DU MIRAGE - ABRAHAM MERRITT
Dès son arrivée, Leif s'éprend de la jolie déesse. Un amour partagé mais qui va relancer les hostilités entre les deux nations. Car Leif n'est pas un simple mortel. Depuis un séjour chez les Ouigours du désert de Gobi, il est habité par l'esprit de Dwayanu, un guerrier cruel et ancien serviteur de Khalk'ru. Il va ainsi se retrouver écartelé entre les deux peuples et partagé entre deux destinées, entre deux amours...
Abraham Merritt est considéré par beaucoup comme un des pères fondateurs de l'eroïc fantasy. Une opinion à laquelle je souscris sans réserve tant il est vrai que ses romans fourmillent des ingrédients qui feront le succès du genre. Ambiances médiévales, forteresses, combats à l'arme blanche et sanglantes chevauchées, nul doute que de telles histoires aient pu inspirer un Howard ou un Leiber. Nul doute aussi qu'il ait lui-même subi l'influence d'auteurs tels que Rider Haggard ou Burroughs puisqu'on y trouve également tout l'imaginaire des « Lost race tales ».
J'ai Lu - Science-Fiction - 1974
CHIEN BLEU COURONNE - RAYMOND MILESI
LE CERVEAU DU NABAB - CURT SIODMAK
Encore un joli mélange de SF et de littérature policière issu de la célèbre série noire de Gallimard. Dans ce roman, c'est l'aspect SF qui prend le dessus puisque l'intrigue policière est quasi inexistante. Tout juste une petite énigme afférente aux motivations du cerveau ainsi qu'une histoire de chantage vite expédiée.
Heureusement la partie « expérimentale » est beaucoup plus fouillée et plaisante à suivre à condition de ne pas s'arrêter au côté un peu kitch du pitch de départ (que de itch !). Car c’est vrai qu’une grosse cervelle surnageant dans un bocal et communiquant par télépathie, çà peut paraître légèrement ridicule. Mais Curt Siodmak s’en tire parfaitement en choisissant de nous conter l’expérience du Dr Cory sous la forme d’un journal. Cela donne au récit toutes les apparences du vécu et lui permet de gagner en crédibilité. A partir de là on prend un réel plaisir à suivre l’histoire de ce cerveau qui, telle la créature de Frankenstein, échappe à la volonté de son créateur.
Le Livre de Poche - 1970
CALIFE-CIGOGNE - MIHALY BABITS
Les histoires de doubles maléfiques sont des classiques de la littérature fantastique. Dostoïevsky, Stevenson et bien d'autres s'y sont essayés pour, selon les cas, nous faire réfléchir à l'humaine condition ou nous effrayer. Avec son "Calife Cigogne", Mihàly Babits est un peu entre les deux. L'histoire de son héros, jeune homme de la haute bourgeoise hongroise à qui tout réussi mais qui, dès qu'il sombre dans le sommeil, se retrouve dans la peau d'un modeste employé, laid, inculte et sans le sou, est tout à la fois angoissante et riche d'une belle analyse psychologique et sociale.
L'expérience vécue par le riche bourgeois est assurément traumatisante. Habitué à évoluer dans le meilleur monde, menant une vie d'oisif cultivé, il supporte terriblement mal ses plongées parmi la plèbe. Le monde du travail avec ses patrons brutaux et ses collègues malintentionnés lui est une souffrance quotidienne tandis que les conditions matérielles dans lesquelles il se débat minent sa santé. Mais ce qui lui est le plus odieux, c'est d'éprouver par l'intermédiaire de son double, des pensées et des sentiments qui lui étaient jusqu'alors étrangers (l'envie, la concupiscence, la violence...) et qu'il assimile à une sorte de déchéance morale.
La position de son alter ego n'est pas plus enviable. Le monde de luxe qu'il découvre nuit après nuit, lui fait douloureusement mesurer le fossé matériel et intellectuel qui l'en sépare. Il a désormais conscience qu'une autre vie est possible et qu’existe un univers de stimulation intellectuelle, d’art, de voyages, de discussions passionnantes que la pauvreté, un travail abrutissant et l’absence d’éducation lui refusent.
« Calife Cigogne » n’est donc pas seulement une excellente histoire de dédoublement de personnalité ainsi qu’une très fine peinture de la société hongroise du début du XXème siècle. C’est aussi une critique sociale acerbe qui dénonce l’indigence matérielle et intellectuelle dans laquelle le peuple est maintenu.
Editions des Syrtes - Poche - 2025
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