LA MORT DU FER - SERGE SIMON HELD

La première fois que j'ai entendu parler de "La mort du fer", c'est dans la postface de l'édition Robert Laffont de "La Terre demeure" de George Stewart. Dans cet appendice, Rémi Maure s'y livrait à une étude du post-apoctalyptisme et citait de nombreux romans du genre dont celui de Serge Simon Held. Hélas, il n'existait à l'époque que l'édition originale de 1931, ce qui le rendait quasi introuvable. Fort heureusement, l'Arbre Vengeur et son goût pour les vieilleries conjecturales sont passés par là et l'on peut désormais se le procurer très facilement. J'ai donc sauté sur l'occasion et je ne regrette pas mon investissement même si cette lecture s'est avérée un peu en-deçà de mes espérances.

Pourtant, l'idée d'une maladie d'origine inconnue qui rendrait le fer impropre à toute utilisation est tout à fait saisissante et riche de nombreuses possibilités. L'auteur ne s'est d'ailleurs pas trop mal débrouillé pour mettre en scène les ravages de la "sidérose", de sa découverte dans le bassin sidérurgique du nord de le France jusqu'à ses conséquences économiques, sociales et politiques. L'angoisse des industriels en faillite, les magouilles des boursicoteurs, la misère des ouvriers jetés sur le pavé, le protectionnisme des états et les différents jeux de pouvoirs, tout y est envisagé avec intelligence et plutôt bien rendu.

Or donc, ce ne sont pas le thème du roman ni ses développements qui sont en cause mais bien la manière dont l'auteur s'y prend pour nous les présenter. Tout au long de son roman, j'ai eu le sentiment de lire un compte-rendu journalistique ou une notule encyclopédique. Qu'il s'agisse de nous décrire les catastrophes provoquées par la maladie, les manifestations d'ouvrier au chômage et les scènes de guerre civile, son style est toujours distant et purement informatif. Il en va de même de ses personnages, bien trop désincarnés pour donner de la consistance au récit. Les passages où ils vivent de leur vie propre sans être de simples silhouettes au milieu des évènements dramatiques qui se jouent sont beaucoup trop rares pour que l'on parvienne à faire nôtre leurs envies, leurs craintes, leurs sentiments... Le désastre est là. Les changements qu'il induit sont profonds et, pourtant, on ne parvient jamais à les toucher du doigt ni à s'en imprégner.

S'il n'était pas tout à fait misanthrope, Serge Simon Held n'était en tout cas pas très confiant dans la capacité de l'homme à faire émerger le meilleur. Dans son récit, la civilisation s'effondre sans que personne n'essaie réellement de s'y opposer. Politiques, militaires, syndicalistes, bourgeois, ouvriers, tous sont renvoyés dos à dos, unis dans une seule et même envie : supplanter autrui, s'approprier sa place, ses richesses, sa femme. Le règne du plus fort s'impose à nouveau tandis que disparaît l'idée d'une société fondée sur la science et la raison dont le fer était l'un des piliers.

L'Arbre Vengeur - 2019


1 commentaire:

  1. C’était une super idée cette maladie 😷 la sidérose

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