Comme "Requiem des enfants" auquel il fait immédiatement suite, "Partage des vivants" est un récit autobiographique sur la jeunesse de l'auteur. Un témoignage toujours aussi brut et vibrant de colère à peine contenue mais aussi une déclarationd'amour à ses amis disparus, empreinte de sensibilité, de tendresse et de pudeur.
A peine sortis de l'enfance, Louis Calaferte et Ernest Schborn, son ami de toujours, ont décidés de laisser derrière eux la Zone et ses turpitudes, la misère, la violence, l'alcool. mais dans la France de l'après-guerre, il est bien difficile de se faire une place au soleil. Les restrictions et le rationnement pèsent encore lourdement sur la vie quotidienne et il est presque impossible pour deux jeunes sans qualifications de trouver de l'embauche. L'envie de s'extirper de leur milieu et l'incroyable volonté dont ils font preuve ne suffiront pas à exaucer leurs voeux d'insertion dans une société qui les a toujours rejetés. Le froid, la faim, l'hostilité des policiers qui ne voient en eux que des vagabonds et de la graine de délinquants auront raison de leurs meilleures intentions.
Commencent alors d'interminables randonnées à travers Lyon et sa banlieue à la recherche d'un toit, d'un emploi, d'un peu de nourriture. Des déambulations qui m'ont irrésistiblement fait penser à celles du héros de "La faim" de Knut Hansum. "Je sais comment s'enchaînent les détresses pour vous flanquer par terre, comment le hasard vous agrippe et vous enserre jusqu'à vous laisser sur place, sanglant de déchirures". La chute est rapide : les chambres d'hôtels miteuses, la mendicité puis les ponts, la soupe populaire.
Il y aura heureusement quelques mains tendues, pas forcément les plus manucurées : un cafetier, un débardeur, un clochard. Il y aura aussi l'amour en la personne de Libby, la jeune tubarde qui vend son corps maladif quand la faim devient trop pressante. Libby qui illuminera de sa présence ces jours ternes et sans espoir.
Louis Calaferte s'en sortira. Quelques rencontres inespérées, beaucoup d'abnégation et un peu de chance lui permettront de survivre à cette mauvaise passe et de continuer une existence bien mal entamée. Ce ne sera pas le cas de ses compagnons de misère. Ernst Schborn préfèrera noyer sa détresse dans l'eau de la Saône et d'hivers aura raison des poumons de Libby. Mais Louis Calaferte ne les a pas oubliés et il témoigne ici de leur existence, quelque difficile qu'elle ait pu être.
Tarabuste - 2011

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