HOMO DIVISUS - KONRAD FIALKOWSKI
LE DERNIER DE SON ESPECE - ANDREAS ESCHBACH
"Le dernier de son espèce" nous raconte quelques jours de la vie d'un cyborg, ancien militaire devenu inutile, voire même vaguement gênant pour l'armée et les services secrets. Mais ceux qui pense avoir affaire à une histoire de surhomme ou d'universal soldiers à la Van Damme risquent d'être profondément déçus. Notre héros ressemble plus à un Terminator en phase terminale qu'à l'homme qui valait trois milliards et le récit accorde plus d'importance à la philosophie et à l'introspection qu'à l'action ou la violence. C'est d'ailleurs tout l'attrait de ce livre que de se pencher sur les états d'âmes d'un Steve Austin sur le retour dont la vie s'est transformée en chemin de croix à cause d'une mécanique défaillante.
Nous découvrons son calvaire par le biais du journal qu'il tient. Une narration en temps réel puisque notre héros peut enregistrer ses pensées dès qu'elles se forment. Or, le fait que ce journal soit écrit au présent de l'indicatif lui donne une spontanéité remarquable. Les réflexions du narrateur sont prises sur le vif, sans cette distanciation que permettent habituellement les récits à l'imparfait. Nous pénétrons l'esprit même de Duane Fitzgerald. Nous devenons Duane Fitzgerald. Et ce que nous découvrons n'a rien de très réjouissant. Son quotidien est rythmé par les ennuis de santé tandis que les inconvénients liés à sa nature lui imposent de nombreuses contraintes (notamment l'obligation de n'ingurgiter qu'une horrible mixture). Privés de bien des joies, grandes ou petites, il lui est donc difficile de se projeter dans l'avenir et encore moins d'envisager une vie de couple ou la construction d'une famille. Pas davantage de réconfort côté passé puisque les nombreux flashbacks qui parsèment le récit ne nous montrent qu'une jeunesse difficile et sa douloureuse transformation en "surhomme".
L'Atalante - La Dentelle du Cygne - 2006
ROBUR LE CONQUERANT - JULES VERNE
On a souvent tendance à voir en Rober un Capitaine Némo des airs. Il est vrai que les deux romans (Robur le conquérant" et "Vingt mille lieues sous les mers") ont en commun un savant visionnaire ayant conçu un engin capable de sillonner des espaces jusqu'alors inaccessibles à l'être humain. Mais, si l'univers sous-marin est propice à l'action et l'aventure (Ah ! la bataille contre la pieuvre géante !), il n'en va pas de même du voyage aérien qui n'offre pour l'essentiel que de forts jolis points de vue. Bien sûr, il n'est pas désagréable de prendre de la hauteur pour visiter les cinq continents et quelques-unes de leurs merveilles. De ce point de vue Jules Verne ne nous vole pas. De l'Ouest américain aux steppes russes, de l'Himalaya aux capitales européennes, de l'Afrique sauvage aux vastes étendues glacées de l'Antarctique, il nous offre un panorama très complet de notre bonne vieille Terre.
Hélas, si la croisière est jolie, elle est aussi passablement ennuyeuse. Il y a bien quelques évènements qui viennent secouer notre torpeur : un typhon, une chasse à la baleine, le sauvetage de naufragés, l'attaque de l'armée du roi du Dahomey... mais cela reste tout de même assez anecdotique. En fait, on a davantage l'impression d'assister à un cours de géographie ou de climatologie qu'à une véritable odyssée aventureuse et il faudra attendre les tout derniers chapitres pour que le récit s'accélère et que les personnages commencent réellement à s'activer. Et encore. Une évasion, une explosion et la messe est dite.
Finalement, si l'on devait rapprocher ce roman d'une autre oeuvre de l'auteur, c'est plutôt du côté de "Cinq semaines en ballon" qu'il conviendrait d'aller voir. Sauf que cette fois, Jules Verne a délaissé la montgolfière au profit de l'aéroplane. Plus de vingt ans séparent les deux récits et il semblerait que dans l'intervalle les partisans du "Plus lourd que l'air" aient marqués quelques points. L'avenir leur donnera raison.
Le Livre de Poche - 1979
AVENTURES DE JOHN DAVYS - ALEXANDRE DUMAS
"Les aventures de John Davys" est un roman de jeunesse du maître. Il ne faut donc pas être trop exigent et accepter que l'intrigue soit moins étoffée que dans ses œuvres plus tardives. Au vrai, le livre tient presque davantage du récit de voyage que du roman et les descriptions de paysages, de sites antiques ou des mœurs des peuples rencontrés y ont la part belle. Alexandre Dumas se permet même de longues digressions pour nous conter quelques faits historiques qui l'auront marqué comme le massacre de Janina ou la révolte d'une garnison grecque sur l'île de Malte.
L'essentiel de l'action a donc pour cadre la Méditerranée et notamment les contrées et populations subissant le joug de l'empire Ottoman. Nous découvrons par les yeux du jeune John, la Sublime Porte, les Balkans et l'archipel des Cyclades. Nous rencontrons des maltais et des grecs, des marins et des pirates, des despotes et des sages et nous côtoyons même un temps Lord Byron dont Dumas brosse un portrait sans doute plus fidèle à la légende qu'à la réalité. Ce roman est aussi une grande et belle description de la marine à voile du début du XIXème siècle et nous permet de découvrir les rudes conditions de vie des équipages et la discipline de fer qui règne alors sur les navires.
Pour ce qui est de l'intrigue, nous sommes en présence d'une histoire dominée par les sentiments. L'amour bien sûr mais surtout l'honneur qui est ici porté à son paroxysme. Celui du héros qui met en péril son existence et sa carrière pour laver l'affront de son supérieur, mais aussi celui de la famille de son amante que les circonstances le conduiront à bafouer. Roman méconnu mais néanmoins sympathique et dépaysant « les aventures de John Davys » se termine de façon si abrupte que j'ai d'abord cru que mon exemplaire avait perdu ses dernières pages. Mais non, elles étaient toutes là ! Alors tant pis. Ou tant mieux !
Editions Gérard - Marabout
LA MORT DE LA TERRE - J. H. ROSNY AINE
Denoël - Présence du Futur - 1983
LE MONDE PERDU - ARTHUR CONAN DOYLE
LA SINSE GRAVITE AU 21 - RED DEFF
Roland Wagner, puisque c'est bien lui qui se cache derrière ce pseudo, a dû prendre un plaisir jubilatoire à écrire cette gigantesque et réjouissante loufoquerie. Tout y est en effet motif à rire et à dérision. Ça commence dès le titre et ça continue tout au long des 300 et quelques pages que compte le bouquin. Les noms des planètes ou des galaxies sont autant de clins d'œil aux grands auteurs de SF ou à l'une de leurs œuvres, les Extra-Terrestres y empruntent les formes les plus inattendues et les situations burlesques se suivent à un rythme endiablé.
Côté personnages, il n'hésite pas à recourir aux stéréotypes les plus éculés et c'est ainsi que défilent devant nous le gentil baroudeur revenu de tout, l'ado en rupture familiale et même un huissier de justice qui, pour le coup, n'a plus rien d'humain. Et puis il y a Ganja, la biopuce Shag TM 73-S à prise A+, sorte de nounours psychédélique et complètement jeté, aussi intelligent qu'effronté, capable de vous sortir de situations invraisemblables ou de vous plonger dans les pires emmerdes...
Fleuve Noir Anticipation - 1991
VISIONS NOCTURNES- JOHN FLANDERS
"Pour les yeux de Mathilda Smith" est une chouette enquête policière que Conan Doyle aurait volontiers confiée au génie de Baker Street. Londres, des assassinats sans lien entre eux, un mystérieux chef de gang, un policier tenace sont les ingrédients de ce récit passionnant de bout en bout.
Enquête toujours avec "Deux heures et puis l'absence" où un astucieux policier parvient à mettre la main sur un assassin jusqu'ici insaisissable. Un exploit qui lui laissera pourtant un goût bien amer.
"Le fauteuil" est un récit plutôt anodin dans lequel le diable ne joue qu'un rôle indirect. Il est en revanche bien présent dans "L'odeur du souffre" où il remplit parfaitement ses fonctions de vil tentateur de marins affamés.
Lorsque Satan n'est pas à l'oeuvre, ce sont ses affidés qui prennent la relève. Ainsi, "Le fantôme marin" joue un bien mauvais tour au pêcheur qui vient taquiner le goujon sur le ponton qu'il a pris l'habitude de hanter. En revanche, dans "Sneaky, Knuckle et Peu Blow", ce sont bel et bien les trois démons de Pumblemoor qui seront floués par un simple colporteur !
"Cochrane et Jones" et "Le miroir vénitien" sont deux nouvelles dans lesquelles l'auteur explore le subconscient de ses personnages. le premier est une originale histoire de dédoublement de la personnalité tandis que le second met en scène un scélérat confronté à son reflet dans un étrange miroir et, peut-être, à sa conscience.
Place à l'aventure avec quatre récits du bout du monde. "L'étrange manuscrit" nous emmène dans les montagnes chiliennes à la découverte d'une antique civilisation réfugiée dans les flancs d'un volcan tandis que "Flammes vivantes" nous fait découvrir une race étrange autant que dangereuse au coeur du désert du Yucatan. Mexique toujours pour "La forêt infernale" qui nous met en présence d'une créature capable de prendre l'apparence de n'importe quel arbre de la forêt de Monterrey. Quant à "Château du désert", il renouvèle astucieusement l'épisode biblique de la femme de Loth.
"L'énigmatique aventure" ressemble beaucoup à "L'étrange manuscrit" même si l'action se déroule cette fois dans une région minière d'Angleterre, "La dernière peste de Bergame" est une relecture du "Masque de la mort rouge" et un bel hommage à Edgar Allan Poe, "Le convive" est un texte qui mélange fait de société et folklore portugais.
Le récit qui clôt le recueil est sans aucun doute mon préféré. Ici, pas de démon ni de fantômes, pas même un brigand ou l'une de ces infâmes crapules qui peuplent les pages des autres nouvelles. Pourtant, "Le voleur" nous propose un personnage qui fait particulièrement froid dans le dos car on ne peut s'empêcher de songer que de tels individus existent réellement. Nous avons en effet affaire à un vieil homme titillé depuis toujours par le désir de supprimer une vie. L'auteur nous montre en détail l'évolution et le développement de cette idée fixe ainsi que la façon dont il parvient à l'assouvir en toute impunité. un récit glaçant !
Nouvelles Editions Oswald - 1984
LES ENFANTS DE L'HIVER - MICHAEL CONEY
"Les enfants de l'hiver" est un roman de SF classique qui met en scène un groupe d'individus confrontés à une nouvelle période glaciaire. Pas vraiment d'intrigue dans ce livre, pas de grand secret ou de vengeance à long terme, pas de quête ou de lutte manichéenne. Juste le récit quasi journalier de leurs efforts pour survivre dans des conditions extrêmes.
Et ils ont effectivement de quoi faire. Leur environnement recèle bien des dangers, à commencer par le froid, la glace et la neige. L'omniprésence de ces éléments est parfaitement rendue et l'on est saisi par cet univers uniformément blanc, par les grandes solitudes enneigées ou l'étouffement des galeries souterraines sombres et gelées. Il y a aussi les Pads, ces ours polaires hyper agressifs qui constituent la principale source de viande fraîche, et les "mangeurs de chair" un clan puissant et bien organisé pour qui la chair humaine est aussi bonne que celles des Pads et surtout moins difficile à chasser.
Albin Michel - Super Fiction - 1976
L'HEURE PERDUE - GUY CHARMASSON
Vous découvrirez dans cet univers clos une société oiseuse où le voyeurisme et le libertinage sont les passe-temps favoris de tout un peuple, vous frémirez en assistant à un procès où la population entière est à la fois juge et bourreau et, bien sûr, vous haïrez des dirigeants corrompus et jaloux de leurs privilèges (les O pour oligarques) et leurs miliciens brutaux (les Rouges). Vous vous laisserez happer par une intrigue qui se développe tranquillement au gré de chapitres alternant narration à la troisième personne (les scènes d'action ou les passages descriptifs) et monologue intérieur lorsque c'est le point de vue du héros qui domine. Un héros travaillé en profondeur et qui s'étoffe au fur et à mesure que la force brute de Quatre-vingt (je vous laisse découvrir l'origine de son sobriquet) s'efface derrière la froide intelligence de Renaud. Vous assisterez enfin à l'emballement final qui vous réserve moult révélations et rebondissements.
Vous l'aurez compris, "L'heure perdue" est un chouette roman qui compense son manque d'originalité par la qualité de son traitement
Fleuve Noir Anticipation - 1986
THECEL - LEO HENRY
Lorsque j'ai commencé à lire de la fantasy il y a... longtemps, les ouvrages francophones du genre étaient quasi inexistants. Depuis, les choses ont bien changées. La fantasy francophone est dense et quelques auteurs (Jaworski, Dewney...) se distinguent tout particulièrement. Léo Henry, lui, n'est pas un spécialiste du genre. Il s'est pourtant parfaitement approprié ses codes en y ajoutant une vision toute personnelle qui fait de "Thécel" une oeuvre tout à fait originale.
C'était pourtant loin d'être gagné si l'on considère les premiers chapitres qui égrènent la plupart des poncifs du genre : une princesse intrépide, une quête, des dragons... Et puis, au fur et à mesure que sa jeune héroïne parcourt son monde, on se rend compte que le propos de l'auteur n'est pas de nous livrer une geste guerrière. Il s'agit plutôt de nous immerger dans une ambiance particulière pour nous faire ressentir l'incertitude et le désarroi dans lesquels sont plongés ses personnages.
Il faut dire que le monde de "Thécel" a de quoi inquiéter, tributaire qu'il est d'un jeu dont chaque coup peut modifier ses frontières en envoyant sur son autre face de gigantesques portions de territoires. Des "retournements" qui affectent les empires et les politiques mais aussi les hommes et les femmes contraint de s'adapter à de nouveaux modes de vie. Léo Henry nous perd volontiers dans cet univers en nous faisant régulièrement passer d'une face à l'autre pour nous montrer ce qui est, ce qui a été et qui, peut-être, sera de nouveau. Il nous rappelle ainsi que les empires ne sont pas éternels, que la vie est pleine de surprises et que rien n'est jamais figé.
On regrettera peut-être que la plupart des personnages ne soient pas assez fouillés et que l'âpreté de la lutte souterraine entre les sombres et les faces pâles ne soient pas suffisamment développée. Mais tel quel, ce roman constitue une chouette fantasy que l'on rapprochera du "Terremer" d'Ursula Le Guin ou des "Chroniques de Tornor" d'Elizabeth Lynn, c'est à dire des romans où la description de l'univers est au moins aussi importante que l'intrigue elle-même et où les menus faits apportent autant de relief à l'histoire que des combats ou de grandes chevauchées
Gallimard - Folio SF - 2020
LA CITE FOLLE - KENNETH BULMER
N'ayant jamais ouï parler de cet auteur, c'est complètement par hasard que j'ai acheté ce livre. Et le hasard faisant bien les choses, c'est à un chouette petit roman que j'ai eu affaire. Il commence pourtant de façon très classique avec la description d'une ville du futur assez banale. Une ville où les robots, (Bulmer les appelle Robex, oui...bon...pourquoi pas), y assument la plupart des tâches sous le contrôle de plus en plus poussé et hégémonique d'un super ordinateur. C'est un peu lent, mollasson même, mais ce rythme de sénateur permet de présenter convenablement les principaux protagonistes de l'histoire et de mettre l'intrigue sur ses rails. Celle-ci n'a, là encore, rien de particulièrement excitant ou original. Sur fond de guéguerre économique entre deux firmes concurrentes se profile une histoire d'intelligence artificielle qui semble vouloir s'émanciper et échapper à la volonté de ses concepteurs.
Arrivé là, je me suis dit que M. Bulmer allait nous refaire le coup de la révolte des robots. Un « Terminator » avant l'heure, opposant ordinateurs et droïdes à de pauvres humains désemparés. Mais c'est un peu plus compliqué que çà. Plus malin aussi. Car, depuis le tout début du livre, l'auteur a soigneusement planté ses jalons, dissimulés des indices qui se révéleront sur la fin. Une fin en feu d'artifice, véritable morceau de bravoure nous décrivant la lutte de deux hommes face à une ville bien vivante, contrôlant tout et où chaque objet, même le plus anodin, peut se révéler mortel.
Toutefois, plus que cette confrontation dantesque, ce sont d'autres aspects du roman qui ont captés mon attention. La critique sociale par exemple, qui transparaît à divers moments (la manifestation sévèrement réprimée, les taudis où sont contraints de vivre les exclus du système, l'automatisation des moyens de production qui condamne les ouvriers au chômage...) mais aussi ses réflexions sur l'usage de l'informatique et de la robotique, outils par nature inoffensifs mais qui peuvent s'avérer dangereux entre des mains malintentionnées ou dénuées de scrupules. Bref, ainsi qu'il est dit sur la quatrième de couverture : "l'auteur traite de sujets, qui, sans négliger l'attrait de l'intrigue, abordent des problèmes plus proches de nous et sur un ton plus grave". Je ne saurais dire mieux.
Le Masque Science-Fiction - 1975
HORS CONTROLE - P-J HERAULT
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