On a souvent tendance à voir en Rober un Capitaine Némo des airs. Il est vrai que les deux romans (Robur le conquérant" et "Vingt mille lieues sous les mers") ont en commun un savant visionnaire ayant conçu un engin capable de sillonner des espaces jusqu'alors inaccessibles à l'être humain. Mais, si l'univers sous-marin est propice à l'action et l'aventure (Ah ! la bataille contre la pieuvre géante !), il n'en va pas de même du voyage aérien qui n'offre pour l'essentiel que de forts jolis points de vue. Bien sûr, il n'est pas désagréable de prendre de la hauteur pour visiter les cinq continents et quelques-unes de leurs merveilles. De ce point de vue Jules Verne ne nous vole pas. De l'Ouest américain aux steppes russes, de l'Himalaya aux capitales européennes, de l'Afrique sauvage aux vastes étendues glacées de l'Antarctique, il nous offre un panorama très complet de notre bonne vieille Terre.
Hélas, si la croisière est jolie, elle est aussi passablement ennuyeuse. Il y a bien quelques évènements qui viennent secouer notre torpeur : un typhon, une chasse à la baleine, le sauvetage de naufragés, l'attaque de l'armée du roi du Dahomey... mais cela resteront de même assez anecdotique. En fait, on a davantage l'impression d'assister à un cours de géographie ou de climatologie, qu'à une véritable odyssée aventureuse et il faudra attendre les tout derniers chapitres pour que le récit s'accélère et que les personnages commencent réellement à s'activer. Et encore. une évasion, une explosion et la messe est dite.
Finalement, si l'on devait rapprocher ce roman d'une autre oeuvre de l'auteur, c'est plutôt du côté de "Cinq semaines en ballon" qu'il conviendrait d'aller voir. Sauf que cette fois, Jules Verne a délaissé la montgolfière au profit de l'aéroplane. Plus de vingt ans séparent les deux récits et il semblerait que dans l'intervalle les partisans du "Plus lourd que l'air" aient marqués quelques points. l'avenir leur donnera raison.
Le Livre de Poche - 1979

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