Par ce qu'il a fumé un cigarillo à proximité d'un Xawor et provoqué ainsi la naissance intempestive des milliers de petits rejetons de la créature, Viper a compromis l'équilibre de la planète Achernar VI. Le souci, c'est que ce tout petit monde est une nursery pour bio puces et que par sa faute des années de travaux expérimentaux se trouvent compromis. Condamné à rembourser une somme astronomique, Viper se voit contraint d'accepter les missions les plus farfelues (exfiltrer un espion en danger de mort, livrer des cristaux-m pornos...) et deviendra la cible favorite des dangereux clowns gris.
Roland Wagner, puisque c'est bien lui qui se cache derrière ce pseudo, a dû prendre un plaisir jubilatoire à écrire cette gigantesque et réjouissante loufoquerie. Tout y est en effet motif à rire et à dérision. Ça commence dès le titre et ça continue tout au long des 300 et quelques pages que compte le bouquin. Les noms des planètes ou des galaxies sont autant de clins d'œil aux grands auteurs de SF ou à l'une de leurs œuvres, les Extra-Terrestres y empruntent les formes les plus inattendues et les situations burlesques se suivent à un rythme endiablé.
Côté personnages, il n'hésite pas à recourir aux stéréotypes les plus éculés et c'est ainsi que défilent devant nous le gentil baroudeur revenu de tout, l'ado en rupture familiale et même un huissier de justice qui, pour le coup, n'a plus rien d'humain. Et puis il y a Ganja, la biopuce Shag TM 73-S à prise A+, sorte de nounours psychédélique et complètement jeté, aussi intelligent qu'effronté, capable de vous sortir de situations invraisemblables ou de vous plonger dans les pires emmerdes...
L'histoire, elle, se résume aux missions confiées à Viper avec en toile de fond le conflit qui oppose deux planètes : Spirit of America et New Amsterdam. Une opposition volontairement exagérée et permettant à Roland Wagner de jouer à fond la carte de cette dissemblance. D'une part un monde austère, gris et bétonné à l'extrême, peuplé des descendants de japonais et d'américains qui ont pris les plus mauvais côtés de leurs ancêtres : le puritanisme des premiers et l'obéissance aveugle des seconds. De l'autre, New Amsterdam, véritable petit paradis libertaire et autogéré, producteur de « sinsé », une herbe aux vertus hallucinogènes.
Roland Wagner ne fait donc pas dans la finesse mais son délire est totalement assumé et vous assurera une lecture fertile en rebondissements et répondant à un seul mot d'ordre : de l'humour, encore de l'humour, toujours de l'humour. Une recette qui fonctionne plutôt pas mal !
Fleuve Noir Anticipation - 1991
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