THECEL - LEO HENRY

A la mort de son père, c'est le prince Aslander qui doit prendre la tête de l'empire des Sicles. Hélas, celui-ci est porté disparu au combat. Persuadée qu'il est toujours en vie, sa jeune soeur Moira décide de partir à sa recherche. Convoyage sera peuplé de rencontres et de découvertes qui bousculeront toutes ses certitudes.

Lorsque j'ai commencé à lire de la fantasy il y a... longtemps, les ouvrages francophones du genre étaient quasi inexistants. Depuis, les choses ont bien changées. La fantasy francophone est dense et quelques auteurs (Jaworski, Dewney...) se distinguent tout particulièrement. Léo Henry, lui, n'est pas un spécialiste du genre. Il s'est pourtant parfaitement approprié ses codes en y ajoutant une vision toute personnelle qui fait de "Thécel" une oeuvre tout à fait originale. 

C'était pourtant loin d'être gagné si l'on considère les premiers chapitres qui égrènent la plupart des poncifs du genre : une princesse intrépide, une quête, des dragons... Et puis, au fur et à mesure que sa jeune héroïne parcourt son monde, on se rend compte que le propos de l'auteur n'est pas de nous livrer une geste guerrière. Il s'agit plutôt de nous immerger dans une ambiance particulière pour nous faire ressentir l'incertitude et le désarroi dans lesquels sont plongés ses personnages.

Il faut dire que le monde de "Thécel" a de quoi inquiéter, tributaire qu'il est d'un jeu dont chaque coup peut modifier ses frontières en envoyant sur son autre face de gigantesques portions de territoires. Des "retournements" qui affectent les empires et les politiques mais aussi les hommes et les femmes contraint de s'adapter à de nouveaux modes de vie. Léo Henry nous perd volontiers dans cet univers en nous faisant régulièrement passer d'une face à l'autre pour nous montrer ce qui est, ce qui a été et qui, peut-être, sera de nouveau. Il nous rappelle ainsi que les empires ne sont pas éternels, que la vie est pleine de surprises et que rien n'est jamais figé.

On regrettera peut-être que la plupart des personnages ne soient pas assez fouillés et que l'âpreté de la lutte souterraine entre les sombres et les faces pâles ne soient pas suffisamment développée. Mais tel quel, ce roman constitue une chouette fantasy que l'on rapprochera  du "Terremer" d'Ursula Le Guin ou des "Chroniques de Tornor" d'Elizabeth Lynn, c'est à dire des romans où la description de l'univers est au moins aussi importante que l'intrigue elle-même et où les menus faits apportent autant de relief à l'histoire que des combats ou de grandes chevauchées

Gallimard - Folio SF - 2020

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