ET PUIS LES LOUPS VIENDRONT - PIERRE SURAGNE

Dès ses premières incursions dans le domaine de la science-fiction, Pierre Pelot s’est fait remarquer par la poésie rageuse de son écriture et la noirceur de ses univers. Qu’il s’agisse de dystopies, de post-apos, de space ops, il nous a livré des récits superbes quoique foncièrement pessimistes et sans illusions sur le devenir de l’humanité. Pour autant, les hommes et les femmes qu’il met en scène n’abdiquent jamais. Ils luttent jusqu’au bout, bien décidés à continuer à vivre leurs tristes passions et tenter de réaliser leurs pauvres rêves. Le plus souvent, cela se fait dans la douleur et dans le sang. Presque toujours, l’échec est au rendez-vous. 

De ce point de vue, « Et puis les loups viendront » est un Pelot pur jus. Dans un décor d’hiver nucléaire minimaliste, l’auteur nous livre un récit dépouillé et particulièrement abrupt. Ici, presque tous les personnages sont victimes de malformations, de tumeurs, de handicaps. Tous savent que leur existence est précaire et que, si le froid, la faim ou la balle d’un ennemi ne vous ôte pas la vie, c’est la maladie qui s’en chargera. Et pourtant, pas un ne renonce à ses pulsions ni à ses envies même s’il faut pour cela, tuer et massacrer, encore et toujours. Errants conte sédentaires, éleveurs contre pillards, anciens contre néophytes, la lutte est féroce et sans pitié. Les exécutions sommaires se succèdent. On viole, on décapite, on abandonne les enfants aux bêtes sauvages. L’auteur multiplie les scènes dures et sordides. Une volonté, si ce n'est de choquer, du moins de ne rien épargner au lecteur, comme pour le prendre à témoin de la folie des hommes et de leurs penchants pour la haine et la violence. 


Une haine qui se porte aussi sur toutes les formes de culture et de connaissance et qui rappelle un peu la fin de « Ravage ». Mais ici, la charge contre la science et le désir de l’homme de plier la nature à ses désirs est encore plus virulente que chez Barjavel : « Nous tous, sur cette Terre maudite, nous sommes les produits de l’intelligence des hommes ! Nous, avec nos malformations, avec nos yeux qui ne voient pas, avec les doigts qui poussent en surnombre à nos mains, avec nos gueules de monstres ! Avec les ventres de nos femmes qui accouchent des horreurs, et les couilles des hommes plus sèches que des buissons d’épines ! L’intelligence ! L’intelligence nous a donné la nuit et le froid ! ».


Un récit dur mais, ainsi que je le disais plus haut, porté par une très belle plume, vibrante de colère contenue et d’espoir déçu. Pas le plus abouti des Pelot, mais néanmoins un très bon bouquin qui préfigure ses grands romans à venir.


Fleuve Noir Anticipation - 1973


PS : Pour celles et ceux qui l'ignorerait, Suragne et Pelot sont deux des pseudos de l'auteur.

VAUTOURS - MARC BOURGEOIS

La planète Olifax a pour seuls habitants les Qams, gigantesques et paisibles volatiles. Une placidité que conteste le Pr Kerlin qui réclame l’évacuation des colons. Une demande rejetée par le conseil planétaire en raison des fantastiques ressources minières que recèle le sous-sol de la planète. Avec l’aide d’un pilote téméraire, d’un spécialiste des effets spéciaux et de la fille du président du conseil, Kerlin entreprend d’attirer l’attention sur le risque que représentent les Quams dont le nombre ne cesse d’augmenter.

 « Vautours » est le second livre de Marc Bourgeois que je lis. Ce sera sans doute le dernier. Si sa lecture est plus abordable que celle d’ « Altiplano », l’histoire n’en demeure pas moins d’une platitude remarquable.


Tout se résume en effet à suivre l’action de dissidents qui improvisent une mise en scène pour attirer l’attention des autorités sur un danger supposé. Entreprise qui ne servira d’ailleurs à rien car la menace se révèlera d’elle-même.


Les personnages sont très convenus et n’offrent que peu d’intérêt. Le style de l’auteur n’a pas beaucoup plus de relief et l’action est quasi inexistante. Vous pouvez donc vous dispenser sans remord de la lecture de ce livre : votre culture SF n'en souffrira pas.


Jean-Claude Lattès - Titres SF - 1982

SURVIVANTS DE L'APOCALYPSE - PIERRE BARBET

Américains et Russes ont déclenché le feu nucléaire et la France a écopée d’une partie des missiles envoyés de part et d’autre. Alors que Paris et diverses autres villes ont été sévèrement touchées, quelques individus tentent de trouver un asile sûr pour échapper aux radiations...

Voici un roman de science-fiction apocalyptique de facture bien classique mais néanmoins honnête. Son principal intérêt réside dans le fait qu’il nous décrit les premiers jours qui suivent le feu nucléaire et les réactions d’une poignée d’hommes et de femmes face à cet évènement. Nous assistons ainsi, passé la stupeur des premiers instants, à leurs efforts pour se mettre hors de portée des radiations et trouver un refuge sûr.


Pierre Barbet a dû pas mal se documenter car il n’est pas avare de détails et nous fait découvrir des mots aussi barbares que « röntgens » ou « stylo-dosimètres ». Pour le reste, l’intrigue ne recèle aucune surprise et décline les idées habituelles associées à ce genre de SF : scènes de pillages et retour rapide (trop ?) à une organisation médiévale de la société.


La chute du livre ne fait preuve de guère plus d’originalité puisqu’elle décrit l’une des conséquences des radiations à savoir la mutation génétique des nouveaux nés. L’auteur est d’ailleurs sacrément optimiste puisque ces mutations ont pour effet de doter ces enfants de capacités hors normes en lieu et place des malformations que l’on s’attendrait à découvrir.


Fleuve Noir Anticipation - 1982

D'AUTRES ROYAUME - RICHARD MATHESON

1918. profitant d'une longue permission après avoir été grièvement blessé sur le front, le jeune Alex White décide de se rendre en Angleterre. Il choisit de séjourner à Gatford, une bourgade dont été originaire un compagnon de tranchées. Dès son arrivée, il soupçonne que des forces mystérieuses sont à l'œuvre dans la jolie petite contrée.

Ce roman, l'un des derniers de Matheson, m'a bien déçu. Construction, intrigue, écriture, personnages, aucun aspect du livre n'est parvenu à me séduire et, hormis les premiers chapitres qui ont trait à l'enfance d'Alex, ses épreuves sur le front et son installation dans la petite bourgade de Gatford, il m'a aussi profondément ennuyé.

J'ai principalement regretté l'absence quasi totale d'interaction entre les différents "mondes" que Matheson nous décrit. Humains, sorciers, petit peuple, l'action et les univers sont trop compartimentés. Le jeune héros ne fait que passer de l'un à l'autre sans que les représentants des différentes espèces ne viennent se heurter. Tout juste intrigué par les premiers pas d'Alex à Gatford puis encore vaguement intéressé par sa rencontre avec la sorcière Magda et la découverte de sa véritable nature, je me suis en revanche presque assoupi en lisant la partie, hélas la plus longue, qui se déroule en Faérie.

L'autre aspect du roman qui m'a déçu concerne l'écriture. Non que le style de Matheson ou sa capacité à donner vie à ses personnages soit en cause, mais certaines répétitions, presque des tics, ont fini par m'insupporter. Il y a par exemple cette façon incessante d'interpeller le lecteur ou de le prendre à témoin. Il y a aussi toutes ces réflexions du narrateur qui se félicite d'avoir trouvé le bon mot, la bonne formule ou au contraire critique telle ou telle figure de style. Il ya enfin les incessants rappels sur l'âge de son héros et la     naïveté inhérente à la jeunesse qui finissent, eux aussi, par lasser.

Bref, qu'il s'agisse du contenu ou de la forme, on est bien loin des grands romans de l'auteur avec lesquels "D'autres royaumes" ne souffre pas la comparaison. Reste une jolie histoire d'amour impossible qui rappelle, très légèrement, celle de "Le jeune homme, la mort et le temps".

J'ai Lu - Nouveau Millénaires - 2013




LES CHIENS - ANDRE RUELLAN

Henri Féret, médecin d’une quarantaine d’années, achève à peine son installation dans une cité dortoir de la banlieue parisienne que les premiers patients affluent déjà. Mais ce n’est pas à une épidémie de grippe qu’il doit la visite des habitants de cette banlieue poussée trop vite. La plupart viennent le voir afin qu’il soigne les séquelles d’agressions physiques et, le plus souvent, de morsures...

A sa sortie, dans les années 80, ce roman pouvait avoir un côté spéculatif qu’il a aujourd’hui totalement perdu. Il faut dire que les lieux et les faits qui y sont décrits constituent désormais le quotidien de centaines de milliers de français et que les thèmes évoqués (délinquance, racisme, conditions de vie des immigrés) sont malheureusement toujours d’actualité.


Toutefois, si cela lui fait perdre une partie de son intérêt, il n’en conserve pas moins toute sa force de dénonciation et constitue une critique virulente de l’auto défense.


A noter que André Ruellan a écrit « Les chiens » en parallèle au scénario du film éponyme de Alain Jessua.


Jean-Claude Lattès - Titres SF - 1979

TRANSE DE MORT - GRAHAM MASTERTON

La vie de Randolph Clare bascule le jour où sa femme et ses trois enfants sont sauvagement assassinés. Accablé par le chagrin, il hésite sur le sens à donner à son existence lorsqu’il apprend que certains hindouistes ont le pouvoir d’entrer en contact avec les morts. Voyant là le moyen de retrouver ses proches il se lance à la recherche de l’un de ces initiés. Mais sa route sera semée d’embûches et il lui faudra affronter la dangereuse déesse Rangda ainsi que les tueurs psychopathes responsables de la mort de sa famille.

 Ames sensibles s’abstenir ! Graham Masterton ne ménage pas la sensibilité de ses lecteurs et il faut avoir le cœur bien accroché pour supporter la description des sévices qu’il fait subir à ses personnages. C’est sa marque de fabrique et je savais donc à quoi m’en tenir. J’ai malgré tout été désarçonné par la crudité de certaines scènes ainsi que par la froideur et la précision dont il fait preuve pour dépeindre tortures et mutilations.


L’histoire est en revanche plus conventionnelle. Il s’agit d’une intrigue criminelle relativement classique sur laquelle vient se greffer un peu de fantastique en la personne de la déesse Rangda, membre éminent du panthéon hindouiste. Mais cet aspect surnaturel n’apporte finalement pas grand-chose au récit sauf, peut-être, une conclusion moins banale que l’arrestation ou la mort des « méchants ».


Nouvelle Editions Oswald - NéO Plus - 1990

LE FLAMBEAU DU MONDE - MAURICE LIMAT

Après qu'un vaisseau d'exploration ait été détruit par un mystérieux "cercle de feu" au coeur de la constellation du Sagittaire, le chevalier Coqdor et l'agent de l'Interpol Robin Muscat, sont missionnés pour découvrir l'origine de ce dangereux phénomène. 

Au Fleuve Noir, Maurice Limat est le spécialiste des séries. Il en a donné deux à la collection Angoisse (Méphista et Teddy Verano) et pas moins de cinq à la collection Anticipation dont la plus importante, celle du Chevalier Coqdor, compte 39 volumes. C’est d’ailleurs du cinquième opus de cette série que nous allons parler ici.


« Le flambeau du monde » est un space-op' à l’ancienne. J’entends par là que l’auteur s’y préoccupe bien davantage d’action que de développements techniques ou de réflexions sociétales. Rien de grave pour un roman de SF populaire ? Certes. Sauf qu’ici, on ne s’embarrasse pas non plus de vraisemblance et le background manque terriblement de consistance. 


L’essentiel de l’histoire se déroule en effet à bord de divers vaisseaux spatiaux. Cabines, passerelles ou laboratoires, les descriptions restent assez limitées et n’aident pas à se projeter dans le récit. Quant à la peinture de la planète sur laquelle l’auteur situe la clé de son intrigue, elle est encore plus sommaire. Et c’est là que le bât blesse puisque c’est précisément la découverte de ce monde et de la nature de ce flambeau qui lui donne son titre, qui devaient constituer le point d’orgue du roman.


Au final, cette idée séduisante, quoique scientifiquement ridicule, d’une planète privée de soleil et qui doit sa survie à un artefact d’origine inconnue ne tient pas ses promesses. En dépit de quelques explications, ou plutôt de quelques démonstrations, nous n’apprendrons presque rien sur l’un et l’autre. Il faudra donc se contenter de quelques scènes de bravoure écrites dans un style grandiloquent et suranné et d'une histoire d'amour sans grand intérêt.

LE VOLEUR D'ICEBERGS - SERGE BRUSSOLO

Daniel Sangford est un baroudeur de l’espace qui va de planète en planète à la recherche de la bonne affaire, celle qui fera enfin sa fortune. Aussi, lorsqu’il découvre que des glaçons ramenés par inadvertance d’un planétoïde égaré, prennent sur Terre l’apparence et la solidité du diamant, il croit que la chance est enfin venue. Mais il s’apercevra un peu tard que la chance est une maîtresse capricieuse qui a tôt fait de vous laisser tomber !

 Voici encore un bon Brussolo qui débute comme un bon vieux space-op avant de dériver vers le fantastique. Cette dérive est d’ailleurs la bienvenue car la première partie du livre (les mésaventures de Daniel à bord de son vaisseau puis sur un planétoïde glacé) est nettement plus faible que la seconde qui, elle, s’intéresse aux conséquences catastrophiques et incroyables de son intrépidité. 


Or, c’est précisément dans la démesure, l’inénarrable et le démentiel que l’ami Serge donne le meilleur de lui-même et la description des trois fléaux (froid, transparence et humidité) qui, telles les plaies d’Egypte, s’abattent sur Terre, est vraiment impressionnante.


Fleuve Noir Anticipation - 1988

L'ÎLE D'EVE - EDGAR WALLACE

A la fin du XIXème siècle, un aventurier américain met sur pied une incroyable opération visant à s’approprier un minuscule îlot perdu au milieu de l’Atlantique. Une fois parvenu à ses fins, il n’aura de cesse d’en faire un état indépendant.

Sympathique petit roman qui nous conte avec un peu d’action et beaucoup d’humour, de quelle manière un homme parvient à réaliser un rêve insensé.


L’un de ses principaux attraits réside dans son mode de narration. L’histoire nous est en effet dévoilée au travers des témoignages de plusieurs des acteurs de cette aventure, ce qui donne un peu de distance à la narration et lui apporte un vernis de réalisme. 


Pour le reste, on ne sera guère surpris par une intrigue qui suit son petit bonhomme de chemin entre réceptions mondaines et détournement de navire, course hippique et chasse au trésor.

Nouvelles Editions Oswald - Le Miroir Obscur - 1988

SEPPUKU - ROMAIN D'HUISSIER

Court roman issu des défuntes éditions Trash et repris au catalogue des éditions Ogmios, "Seppuku" est un curieux mélange de légende asiatique et de jeu vidéo. Légende asiatique car l'histoire se déroule dans un Japon médiéval et qu'il est question de démons, d'un samouraï, d'une jeune prêtresse et d'une ancienne malédiction. Jeu vidéo parce que l'auteur y reprend le canevas de ces jeux d'arcades qui vous propose d'accompagner un personnage de niveau en niveau, chaque étape de sa progression se concluant par un combat contre un "boss" aux pouvoirs toujours plus puissants.

L'ensemble fonctionne plutôt bien malgré une évocation du Japon des shoguns assez sommaire. Il ne suffit pas de quelques petites touches "couleur locale" (un temple zen, une auberge de campagne, un onsen) pour donner au lecteur la sensation d'évoluer au pays du soleil levant. La faute aussi à un récit qui fait la part belle aux combats. Les trois-quart des 140 et quelques pages que compte le roman sont en effet consacrées aux duels de notre vaillant samouraï. 

Romain D'Huissier est parfaitement à l'aise pour nous décrire ces scènes d'action et de violence. A grand renfort de tripaille, de cervelle et de giclées carminées (sic), il s'amuse visiblement beaucoup à chorégraphies ces furieuses empoignades. J'avoue cependant avoir vu arriver la dernière confrontation avec soulagement car l'exercice finit tout de même par être assez répétitif.

Très linéaire et sans surprise, "Seppuku" constitue un honnête divertissement. Guère plus.

Trash - 2015

LE BARON BAGGE - ALEXANDER LERNET-HOLENIA

En Hongrie, pendant la première guerre mondiale, une escouade de cavalerie autrichienne subit une violente attaque au cours de laquelle le lieutenant Bagge est blessé. Ses camarades et lui-même trouvent refuge dans une petite bourgade où de sympathique villageois les accueillent chaleureusement. Bagge y est soigné et, à quelques jours de là, rencontre une jeune femme dont il tombe éperdument amoureux. Mais bientôt, des indices le font douter de la réalité des choses. Les villageois sont-ils bien vivants ? Et lui-même, n’est-il pas en train de rêver ?

Le baron Bagge est un bel exemple de réalisme fantastique, genre qui se joue de la frontière parfois ténue entre monde réel et univers merveilleux. Dans ces récits la réalité la plus prosaïque est corrompue par l'irruption d'un élément d'ordre surnaturel ou pour le moins étrange. D'autres fois, c'est le rêve qui a toutes les apparences de la réalité et nous le prenons pour tel jusqu'à ce que l'on réalise notre erreur à quelques menus indices. Dans les deux cas nos certitudes sont mises à mal et, toujours, l'auteur nous laisse le soin de nous déterminer en faveur de l’une ou l’autre explication. Au cas présent, l’hypothèse la plus crédible est celle du délire d’un homme blessé au combat. Pourtant, le principal intéressé a fait le choix inverse. Un choix assumé et jamais démenti puisque vingt ans plus tard, il est toujours fidèle à celle qu'il considère comme son épouse. 


J'ai trouvé cette volonté de croire en l'impossible particulièrement touchante, à la fois infiniment pathétique et incroyablement belle. Quelque chose comme une profession de foi romanesque, une adhésion au rêve charmante bien que vouée à l'échec. Un livre à rapprocher de l’Atlantide de Pierre Benoît, et particulièrement de sa fin qui voit le capitaine Morhange retourner vers Antinéa alors même qu’il sait qu'elle n'est pas d'essence divine et qu'un sort funeste l'attend.

Actes Sud - Babel - 1993

UN CANTIQUE POUR LEIBOWITZ - WALTER M. MILLER

Ce gros roman de plus de 600 pages est composé de trois parties bien distinctes mais complémentaires. 

La première nous présente l'une des conséquences probables de l'apocalypse nucléaire à savoir la perte d'une grande partie des connaissances humaines, cause d'un hallucinant retour en arrière et d'une longue période d'obscurantisme. Les survivants sont revenus à une organisation féodale de la société. Des potentats locaux se disputent territoires et ressources. Dans ce contexte, l'église constitue la seule structure organisée et vraiment durable. Les moines y passent le plus clair de leur temps à reproduire des schémas techniques dont ils ne soupçonnent même pas le sens ou l'utilité. Fort heureusement pour eux d'ailleurs puisque la science, jugée responsable du cataclysme, est désormais formellement proscrite. 

La seconde partie nous projette quelques siècles plus tard. De puissants états se sont constitués et le savoir n'est plus frappé d'interdit. Véritables îlots de connaissances, les monastères (notamment celui de Saint Leibowitz) sont devenus des enjeux politiques. 

La dernière partie se déroule encore bien des siècles plus tard. La civilisation a rattrapé son retard et même dépassé le stade qui était le sien avant l'apocalypse. L'humanité a conquis l'espace et colonisé d'autres planètes mais ne semble pas s'être assagi pour autant : un nouveau conflit nucléaire menace. 

Pas de doute, ce roman témoigne de la malheureuse propension de l'homme à répéter ses erreurs. Malgré les siècles d'obscurantisme et de ténèbres qui ont suivis une première apocalypse, malgré les effets encore visibles de cette catastrophe (malformations physiques dont sont encore atteintes certaines personnes) les hommes demeurent prêts à tout pour assouvir leurs rêves de puissance. 

Il donne aussi à réfléchir sur la recherche scientifique et le fait que, bien souvent, les découvertes soient utilisées à d'autres fins que l'amélioration de la condition humaine. "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme" disait Rabelais. Sa maxime est plus que jamais d'actualité. 

Mais malgré ces belles réflexions, ce livre m'a paru aussi long et fastidieux que le travail des moines copistes dont il nous parle. La démonstration de Walter M. Miller, aussi intéressante soit-elle, ne nécessitait peut-être pas tant de pages. 

Denoël - Présence du Futur - 1983

LE TRAIN ZERO - IOURI BOUÏDA

Curieux roman que ce « Train zéro » du russe Iouri Bouïda, à la fois critique glaçante du stalinisme et métaphore sur le sens de la vie. En 120 pages bien tassées, l’auteur nous dresse une peinture sordide et ultra réaliste du quotidien des employés du poste 9. Ouvriers, cheminots, télégraphistes, prostituées, travailleurs forcés contraints d’exécuter une tâche dont le sens et l’utilité leur échappe. Sans jamais poser de question sur la nature et le chargement de ce fameux train zéro qui passe, jour après jour, ils assurent l’entretien de leur portion de ligne quelques soient les conditions de travail ou la rigueur du climat, leurs aspirations ou leurs problèmes familiaux.

Un chemin de fer qui synthétise l'intransigeance et la rigueur d’un régime tout puissant mais qui peut aussi être regardé comme une ligne de vie où se déclinent les interrogations existentielles de tout un chacun : d’où vient-on, où va-t-on, a quoi sert-on ?  Il y a ceux qui veulent savoir, qui souhaite trouver un sens à leur travail et, plus généralement, à leur existence. Il y a ceux qui se révoltent car ils ne supportent plus la monotonie d’un labeur abrutissant ni le carcan d’un système qui les broie. Et il y a tous les autres, les plus nombreux, qui acceptent et qui ferment les yeux, qui se laissent bercer par le roulis des essieux, le métro, boulot, dodo quotidien et la litanie des jours qui se ressemblent.

Gallimard - L'imaginaire - 2012

LE DIABLE EN GROS - GRAHAM MASTERTON

A Richmond, Virginie, des meurtres d’une rare violence sont commis par un assassin invisible qui ne laisse pas le moindre indice derrière lu...