LA VERMINE DU LION - FRANCIS CARSAC

Fabuleusement riche en métaux rares, la planète Eldorado excite bien des convoitises à commencer par celle du tout puissant Bureau International des Mines. Henderson, son directeur, est prêt à tout pour obtenir du gouvernement mondial la charte large qui lui permettrait de l'exploiter sans soucis des populations indigènes. Mais ses projets sont tenus en échec par Teraï Laprade, un géologue qui, avec l'aide des tribus Ihambés et de son paralion, tente d'éviter la mise sous coupe réglée de ce monde sauvage où il s'est installé. Il lui faudra cependant beaucoup de ténacité pour venir à bout des manigances du BIM et convaincre Stella Henderson, la fille du magnat, de la justesse de ses idées.

Sixième et dernier roman de Francis Carsac, La vermine du lion est aussi son plus complet. Un roman protéiforme qui embrasse aussi bien le récit d'aventures tel que le concevaient Burroughs ou Haggard et le planet opera de Sprague de Camp et Poul Anderson. Avec ce livre, Carsac se hisse au niveau de ces grands noms de la SF anglo-saxonne auxquels il adresse d'ailleurs de nombreux clins d'œil : la caméra miniature de marque Barnevelt de Camp et surtout Dom Flandry, le contrebandier au célèbre patronyme à qui il fait dire : «... je crois que dans le futur, quand la Terre aura fondé pour de bon son empire galactique, il y aura des Flandry dans l'armée ou dans la flotte, et je puis même parier que l'un d'entre eux s'appellera Dominique».


Anecdote mise à part, Carsac nous offre une histoire particulièrement dense qui ne laisse pas au lecteur le temps de reprendre son souffle. On est de suite embarqué dans cette lutte disproportionnée entre une multinationale et un idéaliste, happé par ses ramifications sur une planète primitive qui sera le théâtre de bien des aventures. Guerre civile, conflit religieux, faune sauvage, sacrifices humains, espionnage, vengeance, les péripéties s'enchaînent et les personnages ont fort à faire. Ajoutons-y un background galactique cohérent et développé ainsi qu'une jolie petite idylle et cela nous donne une histoire romanesque mais jamais gnangnan portée par un personnage hors du commun, véritable condensé de tous les héros de la littérature populaire. Teraï Laprade, c'est Tarzan qui sauve la femme blanche des périls de la jungle, c'est Allan Quatermain qui découvre la cité perdue, c'est Butch Cassidy la terreur des saloons, c'est l'impétueux pilote spatial. Un homme tel que Carsac a sans doute rêvé d'être : beau, grand, fort, terrible..., fait tout d'une pièce, impulsif, extrême dans ses amours comme dans ses haines. Mais c'est aussi un homme de cœur et d'esprit qui s'interroge sur le devenir de l'humanité et aspire à la liberté pour tous. 

Quelques une de ses réflexions illustrent fort bien son état d'esprit :

"Non ce ne sont pas des hommes. Comme je vous l'ai dit, 54 chromosomes et 40 dents. Et aussi le foie à la place de la rate, etc. Mais ils ont des corps magnifiques, et leurs âmes valent bien les nôtres, si toutefois l'âme existe."
"...les explorateurs, les scientifiques, les médecins, certains missionnaires, sont la partie noble de l'humanité. Malheureusement, bientôt arrivent les marchands, les militaires pour les protéger, et les exploiteurs qu'ils traînent derrière eux comme Léo traîne sa vermine. La vermine du lion, voilà ce que sont le BIM et les autres."
"Les fanatiques, Stella ! La chose la plus vile, la plus horrible et la plus dangereuse du monde !"

Eloge de la tolérance, condamnation en règle du colonialisme des états et de l'impérialisme des consortiums, rejet des fanatismes, ce roman, comme d'autres de l'auteur, est un hymne à la liberté et au savoir vivre ensemble. C'est en tout cas une vraie réussite et un excellent moment de lecture qui, aussi, vous fera penser à Avatar.

Fleuve Noir Anticipation - 1967

LE SIECLE DE L'ETERNEL ETE - JAMES BLISH

Alors qu'il travaille sur un télescope révolutionnaire, l'esprit de John Martels est propulsé en l'an 25000. Là, il se retrouve prisonnier du réceptacle contenant le cerveau de Qvant, mémoire vivante et quasi immortelle de l'humanité. Il apprend de celui-ci que la Terre est entrée dans une ère tropicale et surtout que les humains ont considérablement régressé, à tel point que les oiseaux sont sur le point de les supplanter en tant qu'espèce dominante. Seul peut-être, l'accès à un super ordinateur situé au pôle sud permettrait à Qvant d'enrayer cette évolution et à John de retourner à son époque. Les deux "cerveaux" s'introduisent donc dans l'esprit d'un homme primitif et entreprennent de rallier l'antarctique. Mais ils devront auparavant échapper à des nuées d'oiseaux et se disputer le "leadership" dans cette entreprise.

La quatrième de couverture de ce bouquin m'avait semblé annoncer un chouette petit roman de voyage dans le temps. Une histoire classique et sans prétention dans laquelle un homme moderne viendrait à l'aide d'aimables barbares grâce à son astuce et ses connaissances. Mais au lieu de centrer son récit sur la lutte pour la suprématie entre une humanité déclinante et des oiseaux qui s'éveillent à l'intelligence tout en conservant le meilleur de leur instinct, James Blish s'attarde sur la rivalité entre deux esprits humains. Il se perd dès lors en discussions sans fin, agrémentées de notions absconses qui alourdissent l'histoire au lieu de l'éclairer.

Le seul moment où l'on vibre un peu concerne la capture de Martels par les oiseaux. L'action semble alors décoller. On découvre les vilains zoziaux, leur organisation sociale et l'on se prend à espérer que l'heure du combat ait sonné. Grave erreur ! A l'exception d'une rapide évasion et d'un voyage dans les airs, le récit retombe dans ses travers et le verbiage scientifique reprend de plus belle. Quant à la guerre ultime entre humains et volatiles elle sera expédiée en quelques courts paragraphes...

Albin Michel - Super-Fiction - 1975

LA RIVIERE AUX LUCIOLES - MIYAMOTO TERU

Les deux récits qui composent ce recueil ont beaucoup de points communs, à commencer par une unité de temps et de lieu : de petites bourgades dans les environs d'Osaka, une quinzaine d'années après la fin de la seconde guerre mondiale. Ils abordent aussi des sujets forts proches tels que les rapports entre parents et enfants, l'amitié entre deux garçons et les premiers émois sensuels des jeunes personnages. Il y a enfin une grande ressemblance au niveau du style avec notamment de nombreux dialogues et des scènes figurant de forts beaux tableaux, des instantanés riches d'émotions contenues.

C'est particulièrement vrai dans La rivière aux lucioles qui multiplie les images symboliques : la chute des fleurs de cerisiers dans un parc, un vol de lucioles, l'écho d'un shamizen sur les bords d'un promontoire... Il est vrai que ce roman est sans doute le plus poignant des deux, de par les thèmes abordés. Tatsuo, un garçon de 14 ans, est confronté aux derniers jours de son père victime d'une attaque cérébrale. Alors que son avenir laisse présager bon nombre de bouleversements, il multiplie les rencontres...

Dans ce joli récit qui se déroule en 1962, l'auteur nous dévoile un Japon qui a presque achevé sa transition vers un mode de vie occidental. C'est d'autant plus frappant que des flash-backs nous font éprouver la dureté de ses anciennes coutumes (une femme inféconde répudiée et une autre qui n'obtient le divorce qu'à condition d'abandonner son bébé à sa belle-famille).

Le fleuve de boue nous montre en revanche un pays pas tout à fait remis de la guerre. Nous sommes en 1955 et les traces du conflit sont encore visibles. Son ombre demeure vivace dans la mémoire des vétérans et le pays compte des millions de miséreux contraints d'exercer de petits boulots, ferrailleur, pêcheur de vers de vase. C'est le cas des parents de Nobuo qui tiennent une petite gargote au bord d'un fleuve. C'est là que le jeune garçon va sympathiser avec Kiichi et sa sœur Ginko, des enfants de son âge qui vivent sur un bateau amarré en face de chez lui. Il pénétrera peu à peu leur intimité et découvrira que le vieux rafiot dissimule aussi l'activité de prostituée de leur mère.

Ces deux petits romans nous font donc découvrir un Japon populaire où le poids des traditions est encore grand mais qui laisse deviner d'importants bouleversements du mode de vie et de pensée. Les deux récits se terminent d'ailleurs sur un déménagement, promesse d'un nouveau départ. Celui du Japon lui-même.
La rivière aux lucioles et Le fleuve de boue font partie d'un cycle de trois romans : la Trilogie des rivières. J'ai hâte de mettre la main sur le troisième.

Picquier Poche - 1999

PARABELLUM TANGO - PIERRE PELOT

Sur une planète et en un temps indéterminés coexistent deux territoires bien distincts. D'un côté le "Domaine de l'œil", état surprotégé où les citoyens sont totalement pris en charge mais aussi soumis à un contrôle inquisitorial permanent. D'autre part la "Hors-vue", immense zone de non droit. C'est dans cet univers que nous suivons le parcours de deux hommes. Anton Girek est un chanteur de rock contestataire, auteur du célébrissime "Parabellum Tango" qui prône la révolte face au pouvoir hégémonique du domaine. Également natif de la Hors-vue, Woodyn Noman n'a au contraire d'autre vœu que de réussir son intégration dans ce domaine où il vient d'être accepté. 

Encore un roman intéressant de Pierre Pelot bien que souffrant d'une mise en forme par trop statique. Les personnages m'ont paru un peu figés, comme manquant de ressort. Il est vrai qu'il leur est difficile de chambouler le cours de leur destinée, que les dés sont pipés et la lutte disproportionnée. Mais j'aurais tout de même apprécié de les voir davantage à l'oeuvre. Girek ne fait finalement pas grand-chose d'autre que se lamenter et Noman est rapidement privé de toute volonté. Quant à Léna, personnage féminin d'importance puisque faisant le lien entre Noman et Girek, elle disparaît très vite du récit sans raison particulière. Le style de narration choisi par l'auteur y est aussi pour quelque chose. Pierre Pelot use et abuse du monologue intérieur. La psychologie des personnages nous est ainsi copieusement révélée mais cela se fait au détriment de l'action. Voilà pour la forme. 

Le fond est en revanche nettement plus intéressant. Pierre Pelot nous propose une fois encore l'une de ces sociétés dystopique qu'il affectionne. Une société à deux visages. Mais deux visages d'une même répression. Le "Domaine de l'oeil" est un état policier où les caméras (les scruts) sont relayées par les hommes (les veilleurs) et par les AC, ces animaux de compagnie remis à chaque citoyen, soit disants confidents mais en réalité mouchards. La Hors-vue est un monde où règne l'insécurité mais dans lequel le domaine intervient néanmoins pour éliminer les gêneurs. 

Woodyn Noman et Anton Girek sont tous deux victimes de ce système inhumain. Le premier est attaqué de front, censuré, molesté, mis au ban. Le second, comme d'ailleurs tous les citoyens du domaine, doit renoncer à son libre arbitre. Il doit respecter un code de loi précis et personnalisé, exercer l'emploi proposé et même accepter la compagne qu'on lui désigne ! Dans l'un et l'autre cas, l'objectif est le même : annihiler toute velléité de révolte, toute pensée divergente. Une jolie démonstration de la politique de la carotte et du bâton : la promesse du paradis pour les bons petits soldats et le rejet ou l'élimination pour les autres. 

J'ai Lu - SF - 1980

LA PIERRE PHILOSOPHALE - COLIN WILSON

Soupçonnant une relation de cause à effet entre longévité et activité cérébrale intense, Howard Lester entreprend des recherches afin de confirmer son intuition. Avec l'aide d'un universitaire qui partage les mêmes convictions, il parvient à mettre au point une très légère opération du cerveau permettant d'élargir le champ de la conscience humaine. Ayant expérimenté sur eux-même le résultat de leurs recherches, ils se découvrent alors de nouvelles capacités. Outre une intelligence accrue, les voici désormais capables de remonter le temps par la pensée lorsqu'ils sont mis en présence d'un objet ou d'une photographie. Cette " technique " leur fait entrevoir l’existence d'entités toutes puissantes ayant précédé l'apparition de l'homme. Mais ne risquent-ils pas de réveiller ces terribles puissances ? 

Nombreux sont les romans fantastiques se présentant sous la forme de mémoires. Racontées à la première personne, sous le sceau de la confidence, elles confèrent aux évènements incroyables qu’elles rapportent toute l’apparence de la vérité. Et lorsqu’en plus leur auteur précise qu’il s’agit d’un simple témoignage n’ayant pas vocation à être diffusé, il ne nous est plus possible de douter de sa bonne foi ; quelle raison aurait-il de mentir puisqu’il n’attend rien de ses révélations ?  


Les mémoires d’Howard Lester comportent deux parties. La première n'est guère passionnante et pour tout dire je l'ai même trouvée assez rébarbative. Il s'agit purement et simplement du compte rendu des recherches auxquelles se livre le héros. Ce n'est pas à proprement parlé inintéressant. C’est même sans doute nécessaire pour planter le décor. Mais il faut faire preuve d'une bonne dose de persévérance pour venir à bout de cette longue énumération de réflexions, voyages, études et expériences. Heureusement, tout se décante dans une seconde partie qui nous réserve quelques révélations surprenantes. Attention tout de même, l'action demeure quasi inexistante et reste cantonnée aux salles de musées. Toutefois, si les voyages n'ont lieu que par la pensée, les découvertes réalisées par les personnages n’en sont pas moins palpitantes. Un véritable suspens s’installe au fur et à mesure que leur enquête progresse et qu’un terrible bras de fer intellectuel et psychique s’engage avec leur ennemi. 


Il faut dire que nos héros ont fort à faire puisque leurs adversaires ne sont autres que les Grands Anciens dont Lovecraft nous a tant parlé. Il sera d’ailleurs un peu question du « Maître de Providence » considéré par l’auteur comme un précurseur sur le chemin de la vérité. Mais si Lovecraft était guidé par sa seule sensibilité artistique, Howard Lester entend apporter des preuves irréfutables de l’existence de Chtullu et Cie. Et c’est d’ailleurs toute l’originalité de ce livre que de donner une explication « rationnelle » à ce grand mythe de la littérature fantastique. Mû, l’Atlantide et les Grands anciens sortent ainsi du domaine de la légende et prennent pied dans la réalité historique de notre planète.


Ce roman d’un abord difficile n'est sans doute pas un chef d'œuvre du genre, mais constitue en tout cas une approche neuve de l’œuvre de Lovecraft, entre hommage et réécriture. Une curiosité à découvrir !


Nouvelles Editions Oswald - 1982

CIMETIERE DES CHATS - ALAIN VENISSE

Freyssac est une petite ville du Gévaudan comme beaucoup d’autres. Quelques paysans, une usine où travaillent la plupart des habitants, une librairie, un bar-tabac et même un fast-food. Bref, pas de quoi fouetter un chat ! Et pourtant des chats, il va en être sérieusement question. Des vilains matous qui semblent soudain pris de folie et s’attaquent aux habitants. Installés depuis peu, Jérémie et sa mère vont se trouver malgré eux embarqués dans une intrigue qui semble avoir ses racines dans les profondeurs d’un petit cimetière.

Dans ce livre, Alain Vénisse est parvenu à réunir presque tous les clichés des films d'horreur de série Z. Jugez plutôt. Une petite ville de province, un adolescent qui peine à s'intégrer, des notables véreux, un contremaître brutal, des animaux dangereux, un cimetière, des zombies, des produits chimiques enfouis et même un artefact d'origine extra-terrestre ! Sans oublier bien sûr la traditionnelle scène de cul. Et tout çà en 150 pages ! 


Malgré tout, il parvient à nous trousser une petite histoire de vengeance qui tient la route. Certes on n'est guère surpris par le déroulement de l'intrigue et on devine très vite que les vilains notables et leurs sbires recevront un juste et horrible châtiment. Mais peu importe puisque le véritable intérêt de ce roman réside justement dans la description de ces exécutions. Et il y en aura pour tous les goûts. On s’y étripe à coup de hachoir, de chalumeau, de lance-flammes et, bien sûr, de griffes. Des scènes bien gores pour un roman d’horreur très convenu mais pas si désagréable.


Fleuve Noir - Frayeur - 1994

BLIZZARD - HEORGE STONE

Quelques jours avant les fêtes de Noël, la côte est des Etats-Unis est touchée par une une tempête de neige et une chute des températures sans précédents. Dans le même temps, un scientifique de renom disparaît mystérieusement. Paul Garfield, éminent climatologue ayant un temps travaillé pour le ministère de la défense, devine un lien entre ces deux événements et entreprend d'alerter les autorités. Il recevra l'aide d'une journaliste et d'un jeune sénateur.

 Malgré un argument général qui s'apparente à la SF ce livre me paraît surtout relever du roman d'espionnage. Nous retrouvons ainsi bon nombre des figures imposées du genre (des satellites espions, des militaires bornés, des scientifiques sans éthique, des politiciens de tout poil...) et la recherche de la vérité constitue le véritable cœur de l'intrigue. Une vérité que l'on devine bien vite tout comme l'identité des coupables. Mais ça n'est pas bien grave puisque l'intérêt du bouquin réside surtout dans la course contre la montre et contre les éléments déchainés, menée par une poignée d'individus. Nous n'échapperons d'ailleurs pas à certains clichés des « films catastrophes » dont celui du scientifique qui détient seul la vérité mais qui peine à la faire reconnaître par les autorités.


Roman d'anticipation sans prétention « Blizzard » nous propose une lecture honnête et sans surprises, émaillée de jolies descriptions des States paralysés par le froid, la neige et le vent. Une curiosité.


Marabout - 1978

HYDRA - JEAN-PIERRE ANDREVON

Hydra est une minuscule planète du système du taureau. Une boule d'eau fangeuse plongée dans la brume, la pluie et les nuages, sans la moindre parcelle de terre où poser le pied. C'est pourtant là que séjourne une équipe de scientifiques. Huit individus. Quatre hommes et quatre femmes. Leur mission : découvrir parmi la faune et la flore prolifiques de cette planète, une arme qui permettrait de vaincre les "autres". Les autres, c'est à dire l'ennemi de la race humaine. Des extra-terrestres invisibles et insaisissables dont on sait peu de choses si ce n'est qu'ils sont incroyablement puissants. C'est donc fort logiquement que Val Elkaich, le monsieur sécurité de la petite expédition, suspecte leur main dans la série de meurtre qui endeuille la petite expédition. Mais a-t-il réellement raison de se méfier d'eux ?

Je suis un inconditionnel de Jean-Pierre Andrevon. J'aime son imaginaire qui embrasse aussi bien le polar que la SF, le fantastique ou la littérature générale. J'aime aussi son style qui fait la part belle à l'ironie et à l'humour pince sans rire. J'apprécie même la crudité de son langage et les scènes de cul qui parsèment ses histoires. Une petite manie qui n'a, à mon sens, rien de dérangeant et ajoute au contraire de la véracité au récit, un petit supplément d'humanité. Et justement, ce que je préfère chez lui, c'est sa façon de représenter l'humain, de traiter de sa place dans la société et de ses relations avec ses semblables.


Et là on est plutôt bien servi avec des personnages aux caractères bien trempés et fort variés. Le plus grand soin est apporté à leur description, au physique comme au caractère. De façon incidente et l'air de rien, nous découvrons tout d'eux, leur passé, leurs amitiés et leurs vieilles rancunes, leurs désirs et leurs ambitions. Quantité d'informations qui nous permettront d'échafauder toute sorte d'hypothèses quant à l'identité du meurtrier. Car dans le premier tome (Soupçons sur Hydra), il est surtout question de découvrir lequel des huit robinsons volontaires assassine ses petits camarades. Une enquête intelligemment menée, avec ce qu'il faut de fausses pistes et de rebondissements, le tout dans un décor minutieusement représenté. La peinture de la faune locale et des conditions météo de cette planète inhospitalière est d'ailleurs l'autre point fort du roman. L'humidité est partout, les microbes aussi et on ressent parfaitement l'atmosphère de déprime de l'équipe confrontée à la solitude, la promiscuité, la malbouffe et les dangers. 

La seconde partie (
Le premier hybride) est nettement plus faible. On y retrouve Val Elkaich dans une situation désespérée, seul sur la planète aquatique et tentant de survivre sur un frêle esquif. Une partie introspective qui nous plonge dans les réflexions du personnage, dans ses espoirs (ténus) et dans ses doutes (profonds). C'est un peu lent, un peu longuet même, et l'on est bien ravi de voir apparaître enfin les fameux "autres". Dès lors les révélations se succèdent et, après un bref passage sur le vaisseau des extra-terrestres et un autre sur un vaisseau humain, J-P nous concocte une chute comme il en a le secret : dérision, allusions et références sont au rendez-vous avec, sous-jacente, l'idée que les dieux sont peut-être tout simplement une race infiniment plus évoluée que la nôtre.

Fleuve Noir Anticipation - 1984

RN 86 - JEAN-BERNARD POUY

Léonard est profondément affecté par le décès de sa femme dans un accident de la circulation d'autant que les circonstances du drame laissent supposer un suicide. Cherchant à connaître les raisons qui ont pu pousser Lucie à cet acte désespéré, il décide d'enquêter sur ses derniers jours et notamment sur ce mois passé en séminaire dans le sud de la France. Son seul indice : une carte postale du pont du Gard.

Jean-Bernard Pouy a le don de nous proposer des polars qui sortent des sentiers battus. Celui-ci n'en est d'ailleurs presque pas un. Pas de policiers, pas de malfrats, pas de meurtre. Juste une sorte de jeu de piste post mortem qui voit un homme tenter de reconstituer les derniers jours de son épouse et qui découvre une femme qu'il ne soupçonnait pas, presque une étrangère. 

Sa tâche semble de prime-abord désespérée, voire impossible. Comment retrouver la trace d'une personne dans une région que l'on ne connaît pas quand on ignore où elle a séjourné et qui elle a pu côtoyer. Mais avec de la persévérance et un peu de chance, il va remonter le fil ténu qui le relie à son épouse. Une réceptionniste d'hôtel, une collègue de stage, un écrivain en villégiature, un voyeur, lui dévoileront des bribes de son histoire. A lui de combler les trous pour que, de fil en aiguille, le passé prenne forme et la vérité se fasse jour dans toute sa crudité.

Au cours de son enquête, Léonard va se prendre quelques grosses claques dans la gueule. Au propre comme au figuré. Mais il ira jusqu'au bout de sa démarche et boira le calice jusqu'à la lie. Une quête désespérée sur fond d'arrière-pays nîmois avec ses campagnes écrasées de soleil, ses jolis villages et le pont du Gard où tout commence... et tout s'achève.

Gallimard - Folio Policier -1998

COMME UN LISERON - PAUL BERA

Que peuvent avoir en commun un nanti, une errante et un gueux du « quartier vieux » ? A priori pas grand-chose. Sauf peut-être un don particulier. Celui de tuer par la pensée par exemple. Malheureusement, ceux qui s'y sont essayés n'ont pas survécu à leur victime. Difficile dans ces conditions pour Vana, Larn ou Nel de tenter l'expérience. A moins de découvrir le secret du vieux Géo, l'alsacien du quartier vieux. Mais ils devront faire vite car le Comité Directorial a décidé d'en finir une fois pour toute avec les dissidents de tout poil !

 Les récits fondés sur l'opposition entre des cités bulles où la vie est strictement encadrée par une élite qui détient tous les pouvoirs et un « extérieur » peuplé de bons sauvages sont légion et celui de Paul Béra n'apporte rien de neuf au genre. Son monde reprend le schéma traditionnel de l'affrontement entre ceux de la ville et leur société évoluée mais sclérosée, et les « errants » du dehors qui mènent une vie pastorale, saine et pacifique. Rien d'original donc pour ce roman particulièrement ennuyeux où il ne se passe presque rien.


L'auteur délaye au maximum et ne parvient pas à donner du corps à son récit. Ses descriptions sont minimalistes, les décors à peine esquissés et les personnages manquent de profondeur. Cela a parfois du bon, mais là c'est du foutage de gueule. Tout juste apprends-on que la ville est alimentée par une centrale nucléaire souterraine et que les dissidents ont trouvé refuge dans ses bas quartiers. Quant aux dialogues, insipides, et souvent même ridicules.


Alors quoi d'autre ? Ah oui bien sûr ! Ce fameux pouvoir psy. Cette possibilité de tuer par la pensée dont les personnages sont doté sans toutefois oser s'en servir. Un fameux paradoxe où chacun pense avoir trouvé le moyen de tuer sans risque tout en soupçonnant son voisin d'avoir lui aussi la solution. Et comme personne ne se lance, l'action stagne misérablement jusqu'à un dénouement d'une grande banalité. Paul Béra a du écrire ce bouquin pour respecter son quota de livraison annuelle au Fleuve. Alimentaire mon cher Watson !


Fleuve Noir Anticipation - 1976

SILENCE ROUGE - FRANCOIS SARKEL

Francine et Stéphanie partagent une petite maison dans un quartier populaire de Reims. Une cohabitation pas toujours évidente pour Francine qui doit supporter la musique assourdissante de sa cadette, une ado fan de hard rock. Malgré tout, les deux sœurs sont très proches. Aussi, lorsque Stéphanie est abominablement assassinée, Francine plonge dans une profonde dépression et seule la volonté de débusquer l'assassin l'empêche de sombrer définitivement. Pressentant l'inefficacité de la police, elle décide de mener sa propre enquête avec l'aide de Maxime, un garçon sympa bien qu'un peu porté sur la bouteille et avec lequel elle entretient une relation épisodique. Ensemble, ils seront confrontés à la dangereuse secte des "Zélateurs du silence" et à leur chef, un psychopathe de la pire espèce...

Avec quelques scènes absolument écœurantes et gorgées d'hémoglobine, ce livre aurait eu toute sa place dans la collection "Gore" du Fleuve Noir. Pour le reste, il s'agit d'un roman un peu faiblard et quasi dénué de suspens. Dans ces conditions, on ne s'intéresse guère qu'à la façon dont les malheureuses victimes de cette secte "décibelophobe" vont être trucidées. Et là, l'auteur se lâche carrément. On y tue avec beaucoup de recherche et un grand sens de la mise en scène. Une sorte d'esthétisme macabre qui frise parfois le grand guignol. D'ailleurs, l'auteur emploi lui-même cette expression à une ou deux reprises, comme s'il entendait de la sorte prendre un peu de recul avec son histoire, nous rappeler que tout cela est à prendre au second degré, voire au troisième... 

De fait, plus que toutes ces descriptions sanguinolentes, c'est surtout l'atmosphère qui baigne le récit qui a retenu mon attention. Une ambiance cafardeuse, grise et pluvieuse qui n'est pas sans rappeler celle de "Dépression", un autre roman de François Sarkel. Les gouttières ne cessent de glouglouter, les murs suintent, l'humidité est partout. Les coupures d'électricité plongent régulièrement la ville dans l'obscurité et une odeur nauséabonde imprègne toute chose. Les héros eux-mêmes sont parfaitement raccords puisque l'on est coincé entre une dépressive profonde et un alcoolique notoire ! Bref, tout cela n'est pas bien gai et ce n'est pas la fin qui viendra y changer quelque chose, loin s'en faut.

Fleuve Noir - Angoisses - 1993

LA TERRE ETAIT ICI - MAXIME BENOIT-JEANNIN

Après la gigantesque guerre nucléaire qui a ravagé la Terre, les survivants se sont réfugiés sous les coupoles protectrices d'une gigantesque conurbation : Liparis. Celle-ci couvre la quasi totalité de l'Europe avec pour capitale Bureaucratis où siège la Chambre haute d'astrologie qui dirige d'une main de fer une population amorphe et soumise. Seule Station 5, la cité libertaire, s'oppose à son pouvoir hégémonique. Ses clans de loubards sèment partout la terreur et s'aventurent même dans les faubourgs de Bureaucratis. Mais ces hordes de motards sont-elles vraiment indépendantes ? Pourquoi Korch et Chronos veulent-ils s'emparer du pouvoir ? Et surtout, quel jeu jouent les anciennes colonies, Mars et Vénus ? 

Maxime Benoit-Jeannin se défend dans sa postface d'avoir voulu écrire un roman d'avant-garde. Cela n'empêche pas son livre d'avoir un petit côté expérimental. Mots en caractères gras pour souligner leur importance, flashs infos ou notices biographique s'intercalant entre les chapitres, noms farfelus des personnages, le style est assurément déconcertant. Mais, au-delà de ces libertés d'écriture, il m'a surtout semblé être le reflet de son époque : celle des années punk.


Cela se sent à la façon dont ses personnages vomissent l'establishment ou critiquent institutions politiques et populations moutonnières. Cela se sent aussi au ton employé, extrêmement cru et provocateur. L'intention de choquer est évidente et ce n'est pas un hasard si les scènes de sexe et de violence foisonnent, si le meurtre succède aux viols, le massacre à la torture. L'auteur ne fait preuve d'aucune pitié envers ses personnages, ne leur laisse aucun espoir, ne leur promet rien d'autre qu'une chevauchée sanglante et désespérée avec la mort au bout. No future !


Mais ce livre n'est pas qu'un exercice stylistique ou un pamphlet libertaire. Il possède aussi une véritable intrigue, une histoire d'espionnage et de manipulation, et l'on y rit souvent des références à notre XXème siècle décadent.


Petite remarque en passant : Brantonne n'a certainement pas lu ce bouquin avant d'en illustrer la couverture car ses motards à tête de chérubins sont bien loin des malfrats crasseux et obscènes du roman !


Kesselring - ici et maintenant - 1978

L'OMBRE DU VENT - CARLOS RUIZ ZAFON

Daliel Sempere est âgé de 10 ans lorsque son père lui fait visiter un lieu étrange connu de quelques rares initiés : le "Cimetière des livres oubliés". Il y découvre un livre de Julian Carax, écrivain mystérieux mort à Barcelone dans les premiers temps du franquisme. Fasciné par ce roman il décide d'en apprendre plus sur l'écrivain et son oeuvre. Bien qu'aidé dans son entreprise par Fermin, un ancien clochard plein de ressources, il se rend vite compte que son entreprise comporte maints dangers. Il y a d'abord cet homme au visage brûlé qui semble échappé d'un livre de Carax et qui souhaite réduire en cendres tous les livres de cet auteur. Il y a aussi, plus réel mais non moins dangereux, l'ignoble Fumero, le chef de la police de Barcelone qui semble s'intéresser de près à ses recherches. Il faudra en tout cas bien des années à Daniel pour faire toute la lumière sur l'écrivain maudit et éviter de commettre les mêmes erreurs que lui.

Ce livre que l'on m'a offert pour l'un de mes anniversaires prenait la poussière sur son étagère depuis déjà quelques années sans parvenir à capter mon intérêt. Et puis, à force de lire un peu partout des critiques élogieuses à son sujet, d'en entendre parler comme d'un best-seller incontournable, je me suis décidé à entamer la lecture de ce gros pavé. Et c'est vrai que ce roman ne manque pas d'intérêt. Grande et belle fresque de l'Espagne sous la férule franquiste, il nous propose une splendide peinture de Barcelone. Nous visitons en compagnie du jeune Daniel, ses quartiers populaires peuplés de petites gens bien sympathiques et ses banlieues huppées aux villas démesurées. Nous passons des salons de la grande bourgeoisie férue d'art aux taudis et aux hospices dans lesquels s'entassent les miséreux. Nous côtoyons les commerçants sans conscience et les culs bénis satisfaits d'un régime autoritaire mais aussi la foule de ceux qui subissent humiliations et répression. Bref, un gigantesque maelström de lieux et de personnages ainsi qu'un fabuleux chassé-croisé de destinées. 

Pourtant, ce livre m'a laissé un petit goût d'inachevé. Comment dire ? Un peu comme si l'on m'avait promis l'Everest et qu'au final je me retrouve à bivouaquer sur le Mont Blanc ! Sans doute est-ce en partie dû au fait que le début du roman a une petite connotation fantastique (des livres introuvables, le personnage échappé du roman, le cimetière…), une aura de mystère que l'on perd en cours de route sans que rien de plus excitant ne vienne les remplacer. Et lorsque le fin mot de l'histoire s'est enfin dévoilé, je n'ai pu m'empêcher d'être un peu déçu par une chute finalement assez logique, presque trop simple. Un peu l'impression d'une baudruche qui se dégonfle pour vous remettre brutalement les pieds sur Terre. Ceci étant, je dois avouer que j'ai lu les 600 et quelques pages de ce livre sans presque m'en rendre compte : un signe qui ne trompe pas quant à la qualité du bouquin ! 

Le livre de Poche - 2001

LA PLANETE GEANTE - JACK VANCE

Suite au sabotage de leur vaisseau, Claude Glystra et ses compagnons se retrouvent isolés sur la planète géante à plus de 60000 km de l'enclave Terrienne. Contraints d'entreprendre un voyage aussi long que dangereux, ils devront également déjouer les mauvais coups d'ennemis acharnés à leur perte...

Précédant le cycle de Tchaï d'une dizaine d'années, "La planète géante" peut être regardé comme une ébauche de la célèbre tétralogie de Master Vance. Tous les ingrédients que l'on retrouvera dans son oeuvre maîtresse sont en effet déjà là. Des terriens échoués sur une vaste planète et tentant de trouver le moyen de rallier la mère patrie, un long périple dans un monde à la faune et la flore surprenants, des villes, des états et des peuples aux cultures et coutumes extrêmement variés, des rencontres improbables, des dangers sans nombres, le tout dans une ambiance qui tient à la fois de la SF et de la Fantasy : la similitude est grande. Tout juste trouve-t-on en plus dans "La planète des géante" une petite histoire d'espionnage et de traîtres à confondre mais il s'agit davantage d'un prétexte que d'une véritable fin en soi.

Pour l'essentiel l'intrigue se résume donc aux pérégrinations de notre groupe  de terriens et aux rencontres, parfois bonnes, souvent mauvaises, q'ils feront en chemin. Ils déjoueront ainsi les manoeuvres des mystificateurs d'Edelweiss, échapperont aux hordes sauvages d'Atman le Fléau et rendront la monnaie de sa pièce au grand prêtre de la fontaine de Myrtlesee. c'est rondement mené, sans le moindre temps mort et souvent très drôle même si l'ami Vance n'hésite pas à faire disparaître un grand nombre de personnages. Il y a d'excellents moments et de jolies trouvailles comme la colonie de Kistendale dont tous les habitants sont millionnaires deux jours par semaine et triment comme des damnés les autres jours  : comble de l'orgueil ou mode de société égalitaire ? A vous de décider !

Plus généralement, il y a cette excellente idée d'une planète immense qui a recueilli et accueille encore tous les inadaptés, les rêveurs, les égoïstes, les farfelus, les sectaires, les ambitieux bref, tous ceux qui désirent vivre comme bon leur semble sur un monde neuf où l'espace ne manque pas.

Pocket - SF - 1978

PROMETHEE DE L'OMBRE - VINCENT VOX

Lorsqu'un confrère lui demande de s'occuper d'une patiente atteinte d'amnésie, le Dr Lasserre, psychiatre réputé sur la place de Paris, est d'abord tenté de refuser. Mais lorsqu'il apprend que l'amnésique est âgée de près d'un siècle et que, malgré cet âge avancé, elle a conservé l'apparence d'une jeune femme et attend un enfant, il accepte avec enthousiasme et décide de lui consacrer tout son temps. Afin de la sortir de son état catatonique, il entreprend de recréer l'atmosphère et les circonstances de son traumatisme. Ils emménagent donc dans le vieux manoir où Martine de Neuville, sa patiente, vécut le drame qui fut cause de son amnésie et au cours duquel son mari disparut et son assistant trouva la mort. L'expérience est couronnée de succès. Martine reprend goût à la vie et sa grossesse parvient à son terme. Mais la sombre demeure où ils ont emménagé recèle bien des secrets, lesquels ont peut-être un rapport avec la croissance accélérée de l'enfant de Martine et son appétence pour...le sang.

L'éphémère collection "Frayeur" du fleuve noir a édité dans les années 90 une trentaine de petits romans écrits pour la plupart par des auteurs peu ou pas connus. Une politique éditoriale qui a permis de révéler de nouveaux talents dont l'excellente Anne Duguel. Malheureusement la qualité ne fut pas toujours au rendez-vous et ce n'est pas ce roman de Vincent Vox qui me contredira. 

Je suis pourtant "bon public" et lorsque je décide de m'envoyer un bouquin d'épouvante, genre où l'on trouve à boire et à manger, je suis d'avance disposé à faire des concessions. Je conçois même volontiers que l'ouvrage ne soit pas foncièrement original et vampires, fantômes et loups garous ne me rebutent nullement. Mais dans ce roman, l'auteur accumule les clichés (le manoir délabré, les souterrains humides avec laboratoire secret et oubliettes, les villageois suspicieux, le savant maudit, un vieux grimoire...) sans que rien ne vienne compenser ce manque d'originalité. Les meurtres ne sont pas franchement gore, l'humour est inexistant et même ses scènes de cul manquent de conviction ! Et comme en plus l'intrigue est rapidement éventée, cela nous donne un roman mou du genou et insipide. 

Alors on pourra toujours me dire que son vampire est d'un genre particulier ou que ses morts-vivants diffèrent quelques peu des habituels zombies. C'est vrai. Mais ça n'est quand même pas suffisant pour retenir mon intérêt et seule l'envie de savoir ce qui s'est passé un siècle plus tôt entre le triangle amoureux mari/femme/amant m'a poussé à finir le roman. Alors si vous croisez ce livre chez un bouquiniste, passez votre chemin ! Vous trouverez sans doute bien mieux à lire dans votre PAL.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995


LARCHMÜTZ 5632 - JEAN-BERNARD POUY

Adrien et Benno viennent d'être réveillés. Comme çà. D'un coup. Sans crier gare. Après un long sommeil de 25 ans. Vingt-cinq longues années à jouer les pécores dans la Bretagne profonde. Vingt-cinq ans à traire les vaches et regarder pousser les patates. Mais le temps n'a pas eu raison de leurs convictions et, sitôt reçu le signal de l'Orga, les voici prêts à reprendre le combat. Mais quel combat au juste ? Contre qui ? Et pour le compte de qui ? 

J'ai littéralement dévoré cette histoire de gauchistes vieillissants qui reprennent du service avec l'idée de s'en payer une dernière bonne tranche. Difficile en effet de ne pas s'attacher à ces soixante-huitards sur le retour qui, malgré les années, les femmes et les gosses, ont gardé leurs vieux réflexes et un peu du feu sacré qui les animait autrefois. Bien sûr, ils ne croient plus beaucoup à la dialectique trostsko-anarcho-maoïste, au Grand Soir et aux lendemains qui chantent. Mais qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. Car tout ce qu'ils demandent Benno et Adrien, c'est de s'étourdir encore une fois, faire comme si rien n'avait changé et retrouver un peu de leur jeunesse disparue. Et on se prend au jeu nous aussi. On est impatient de voir ce qui les attend. Et l'on ne sera pas déçu. Ce qui commence un peu à la façon d'une blague de potache, prend des couleurs nettement moins gaies et tourne au mauvais polar et à la conspiration nauséeuse.

La qualité du bouquin tient aussi à son ton percutant. Un style très "parlé" avec un petit côté à la Audiard qui colle parfaitement à cette comédie dramatique et douce-amère. En fait, "Larchmütz 5632", c'est surtout un livre sur le temps qui passe. Sur les gens qui changent et les saloperies qui, elles, restent immuables. Sur la société qui ne va pas bien et sur les gens qui s'en foutent. Jean-Bernard Pouy y porte un regard désabusé sur un monde pas joli joli et sur la perte de nos illusions. Mais comme le dit Adrien : « l'important c'est d'avoir fait quelque chose, d'avoir essayé. Même misérablement. » 

Quant à Larchmütz, c'est juste le nom de leur maison, une longère de granit couverte de jolies ardoises toutes bleues. Et 5632, c'est le matricule de Momone, la vache télépathe qui observe tout çà d'un regard pas si bovin. Mais je vous laisse la découvrir par vous-même.

Gallimard - Folio Policier - 2001

LE FIN DU REVE - PHILIP WYLIE

En 2023, l'humanité est au bord de l'extinction et les quelques communautés encore organisée qui subsistent de par le monde tentent désespérément de préserver ce qui peut encore l'être. C'est dans ce contexte que Willard Gulliver a entrepris de réunir, pour l'édification des générations futures, les archives et les témoignages qui illustrent le mieux la façon dont l'homme a détruit son environnement. 

Bien qu'écrit il y a presque 40 ans, ce livre reste d'une actualité brûlante et il est ahurissant de constater que les maux qui y sont dénoncés n'ont pas été stoppés. Le combat écologique est malheureusement plus que jamais à l'ordre du jour et la sauvegarde de notre environnement un enjeu majeur. Pourtant, la démonstration de Philip Wylie, remarquable de réalisme, est de nature à inciter les plus acharnés pollueurs à modérer leurs ardeurs. Par le biais d'articles de journaux, d'interviews, de témoignages ou de rapports, il nous montre comment l'homme parvient à détruire son environnement et à hypothéquer gravement son avenir alors même qu'il est conscient des risques qu'il encoure. Bien sûr l'auteur force le trait. Nous n'en sommes pas encore arrivés à de telles extrémités. Mais si ses descriptions nous font froid dans le dos, c'est que nous devinons qu'il n'est pas si loin de la réalité. Certaines des catastrophes qu'il nous décrit commencent d'ailleurs à pointer le bout de leur nez.
 
Quelques exemples ? : 
- la pollution des rivières : les nôtres ne sont pas encore devenues explosives mais charrient quantité de molécules pharmaceutique qui stérilisent les poissons et risquent de la rendre impropre à la consommation. 
- la qualité de l'air : nous ne connaissons certes pas de conditions atmosphériques pouvant transformer Manhattan en une gigantesque chambre à gaz mais les pics de pollutions à l'ozone sont devenus monnaie courante dans la plupart des grandes agglomérations. 
- l'état de nos mers : pas encore de vers carnivores, mais de nombreuses espèces (baleines, thons, anchois) sont en voie d'extinction et leur disparition pourrait être la cause d'une rupture de l'équilibre entre les espèces. 
- la radioactivité : malgré Tchernobyl, la France continue sa politique du tout nucléaire sans même savoir ce qu'il adviendra des déchets de ses centrales. 
- sans oublier, le dérèglement climatique, le recyclage des déchets...
         
Plus qu'un roman, ce livre est donc un plaidoyer en faveur d'une attitude raisonnée de l'homme envers son milieu naturel. C'est aussi un appel au passage à l'acte. Nous voici parvenus à cet instant crucial où l'on sait ce qui nous attend et où il est encore possible d'agir efficacement pour enrayer l'inéluctable. Mais en serons-nous réellement capables. Philip Wylie, lui, ne se fait guère d'illusions. Il sait bien, comme nous même aujourd'hui, que la recherche du profit et l'absence de conscience écologique sont la cause de ce désastre. Il sait aussi que tant que les industriels seront assez puissants pour imposer leurs vues aux politiques, rien ne pourra réellement changer. 

Tout espoir serait donc perdu ? Peut-être pas. Et peut-être aussi que des livres comme celui-ci permettront une prise de conscience tardive mais salutaire. A défaut, ce sera bel et bien la fin du rêve. Et sans doute même le début du cauchemar.

Le Livre de Poche - SF - 1980

LES PIERRES SAUVAGES - FERNAND POUILLON

Au XIIème siècle, le récit journalier de la construction d'une abbaye cistercienne.

"Comme tout se termine en bilan, je laisse ce cahier de petits faits, de personnages. Il résume l'histoire de la naissance d'une abbaye". Ces mots que Fernand Pouillon place sous la plume de son personnage définissent parfaitement le contenu de son roman. Grâce au témoignage d'un maître d'œuvre, nous assistons à l'édification de l'abbaye du Thoronet dans l'arrière-pays provençal. Nous découvrons avec lui les difficultés techniques, financières ou humaines qu'il faut aplanir jour après jour. Nous voyons vivre et grandir la petite communauté religieuse au fil des saisons. L'été sous le soleil et dans la poussière, l'automne qui gonfle les rivières et provoque des inondations, l'hiver qui engourdit tout un chacun...et nous assistons à ces milles et un menus faits qui font la vie de ce chantier.

Ce roman est aussi un vibrant hommage au petit monde des artisans : Paul le tailleur de pierre, un fort en gueule aux opinions bien arrêtées, Joseph le maître potier fier de son art et un peu porté sur la bouteille, mais également la foule des anonymes, frères convers, manœuvres et paysans.


Bel ouvrage sur la puissance de la foi, sur l'amour de son métier, sur l'humilité et la capacité à se sublimer pour réaliser ses idéaux, "Les pierres sauvages"  vous fera regarder autrement les bâtiments religieux qui parsèment la France.

Le Livre de Poche

VISITEURS D'APOCALYPSE - JEAN-PIERRE ANDREVON

Une dizaine de personnes se retrouvent coincés à l'intérieur d'une grotte alors que des événements tragiques (guerre nucléaire, catastrophe naturelle ?) semblent se dérouler au dehors. Lorsqu'ils émergent, aucune trace de conflit mais un brouillard épais qui dissimule tout et quelques militaires qui leur enjoignent de rallier un camp de regroupement dans le sud. Mais, de la Bresse à la Camargue, le chemin est long et la route dangereuse...

Lorsqu'il écrit ce livre en 1990, Jean-Pierre Andrevon compte déjà à son actif un grand nombre de récits post apocalyptiques, romans ou nouvelles. Dans ces conditions, pouvais-je raisonnablement espérer un peu de neuf de sa part dans ce genre qu'il a évoqué à tant de reprises ? Sans doute, puisqu'il s'agit d'un thème qui offre de vastes perspectives et dans lequel il s'est encore illustré par la suite et jusqu'à tout récemment avec « Avant le dernier jour ». 


Avec ce roman toutefois, la surprise n'est pas au rendez-vous et les mésaventures de sa poignée de français moyens ont un côté « déjà lu » très marqué. Les circonstances de leur survie, leur errance dans une France déserte, les mauvaises rencontres (chiens, rats ou bandes armées) sont certes bien rendues mais ne sont pas franchement originales, loin s'en faut. Il y a bien quelques jolies séquences telles l'attente au fond d'une grotte, dans l'obscurité totale et l'incertitude quant aux évènements du dehors ou une superbe scène d'agapes dans un hypermarché, mais cela ne suffit pas à le démarquer de bon nombre de récits du genre. 


Malgré tout, ce roman ne manque pas d'intérêt. Jean-Pierre Andrevon a assez de métier pour entretenir ce qu'il faut de suspens et nous entraîner à la suite de ses personnages. Des personnages qui forment un joli panel de notre société et qui, malgré la minceur du livre, bénéficient d'un traitement en profondeur. Leurs sentiments, crainte, désespoir, désirs, petites et grandes lâchetés nous sont dévoilés au fil du récit et lui apportent un "plus" certain. Et puis il y a la révélation finale qui, j'en suis sûr, en surprendra plus d'un ! Car si l'on s'attend bien à ce que l'histoire ne se termine pas avec du champagne et des confettis, la noirceur de la chute n'en est pas moins étonnante et m'a fait songer au "Génocides" de Thomas Disch. Alors, malgré un scénario un peu trop classique, « Visiteurs d'apocalypse » est un petit roman très recommandable que vous lirez d'une traite !


On notera aussi que la jolie couverture du bouquin est de J-P Andrevon himself. Pas mal non !


Fleuve Noir Anticipation - 1990

LE COCHONS SONT LACHES - FREDERIC DARD

Les inspecteur Bérurier et Pinault s'envolent pour l'Argentine pour venir en aide à un compatriote accusé d'un meurtre sordide...

Je viens de lire mon premier San-Antonio. "Les cochons sont lâchés" que ça s'appelle. Eh ben mes cadets, y'a pas qu'les cochons qui se sont lâchés ! L'auteur aussi a ouvert les vannes. En grand. Résultat : trois cent douze pages en dessous de la ceinture. Remarque, il ne nous prend pas en traître le Fredo. Il annonce même la couleur en quatrième de couv' : "Si un jour on te demande quel est le plus gaulois des San-Antonio, le plus vert, le plus salingue, le plus rabelaisien, le plus scatologique, le plus grivois, le plus too much, réponds sans hésiter que c'est "Les cochons sont lâchés". 

Alors pour le coup, y'a pas tromperie sur la marchandise. exception faite d'une ch'tite enquête sur une histoire de captation d'héritage, il n'est question que de cul, de ce qu'on peut y mettre et de ce qui en sort. En voiture ou en avion, par devant ou par derrière, en couple ou à plusieurs, ça ne fait que copuler. Ça ramone, ça cunilingue et ça turlute, avec un Bérurier en chef d'orchestre qui fait feu de tout bois grâce à sa braguette magique. Et quand ça baise pas, ça chie ! Et cette fois, c'est Pinochet qui s'y colle. Le vieux débris a des ennuis gastriques. Ca s'entend, ça se sent et ça se voit. Concerts de pets, flatulences nauséabondes et explosions diarrhéiques. Le bruit, l'odeur et même l'image. En couleur et en 3D.

La forme est complètement raccord avec le fond. Argot de Titi parisien, jeux de mots lourdingues, onomatopées explicites, orthographe approximative, c'est un florilège de truculence et d'humour qui tâche. C'est pas que ça me gêne et même, par moment, je m'suis copieusement poilé. Mais ce fader cette gymnastique linguistique sur trois cent pages, ça use !

Porno et scato, ce 148ème San-A n'est sans doute pas représentatif de l'oeuvre monumentale de Monsieur Dard. Faudra donc que j'y retourne, histoire de me faire une idée plus précise du machin. Et comme c'est pas le choix qui manque...

Fleuve Noir - San Antonio - 1991

LA VERMINE DU LION - FRANCIS CARSAC

Fabuleusement riche en métaux rares, la planète Eldorado excite bien des convoitises à commencer par celle du tout puissant Bureau Internati...