DERNIER ALBUM AVANT L'IA - HERRMANN

Quarante ans de dessins de presse, ça fait tout de même un sacré volume. Hermann a donc été obligé de sabrer dans ses archives pour en faire ressortir, si ce n'est le meilleur, du moins le plus représentatif de son oeuvre. Résultat, plus de deux cents pages et près de quatre cents dessins répartis en neuf thèmes : Egalité, Terre, Monde. Economie, Sports, Covid, Décès, Suisse, Genève.

Les deux derniers nous rappellent que Herrmann est suisse. Cela permet au lecteur de découvrir le regard des helvètes sur l'actualité hexagonale ou mondiale. Cela lui permet aussi de se rendre compte que la France n'est pas le centre du monde et qu'il se passe bien des choses de l'autre côté du Léman.

Pour le reste, Hermann nous apporte la preuve que si l'actualité n'est pas toujours très drôle, rien ne nous interdit d'en rire. Il le fait avec force ou finesse, avec ironie ou en sortant l'artillerie lourde. L'occasion pour le quinquagénaire que je suis de jeter un petit regard en arrière et de constater que si certaines choses n'ont guère changées (la politique, l'appât du gain, la bêtise humaine...), le monde a malgré tout sacrément évolué et pas toujours pour le mieux.

Ajoutons enfin que si je ne suis pas particulièrement fan du trait de Herrmann, cela tient plus à l'exercice particulier du dessin de presse qu'à son style graphique. L'obligation d'aller à l'essentiel impose ses contraintes et oblige à prendre des raccourcis. Et en la matière, le monsieur est sacrément doué.

Slatkine - 2025

LE PASSE-MURAILLE - MARCEL AYME

Marcel Aymé est un excellent novelliste. Je m'en étais déjà rendu compte avec les superbes recueils que sont "Le nain" ou, plus connu, "Les contes du chat perché". Mais c'est sans doute avec les dix nouvelles qui composent celui-ci qu'il a donné le meilleur de lui-même. Fantastiques ou non, ayant en commun Montmartre ou l'occupation allemande pendant la seconde guerre mondiale, toutes sont magnifiquement ciselées et contées avec un humour élégant. Et comme en plus l'auteur sait, à l'occasion, introduire ce qu'il faut d'émotion, le résultat est proprement superbe et c'est un régal que de découvrir :

- "Les sabines" : une femme douée du don d'ubiquité se dédouble à l'envie et finit par devenir innombrable.
- "Le ticket" : l'état a décidé de rationner le temps de vie des inutiles (il est à noter que les écrivains sont du nombre !). Une carte de rationnement mensuelle leur est remise et à épuisement de leurs tickets ils disparaissent pour ne réapparaître qu'au 1er du mois suivant. Mais le marché noir sévit et l'on murmure que certains vivraient des mois de cent jours et plus.
- "Le percepteur d’épouses" et "L'huissier" qui mettent en scènes des représentants de ces deux professions si mal aimées.
- "Légende poldève" : critique acerbe et amusante des grenouilles de bénitier et de la société 'bien-pensante".
- "Le décret" : pour en finir avec la guerre, le gouvernement décide de projeter la France une dizaine d'années dans le futur.
- "Le passe-muraille" : où l'on se rend compte que le film avec Bourvil n'est pas tout à fait fidèle.
-  "Les bottes de sept lieues" : jolie petite fable sur la misère et l'incroyable imaginaire dont font preuve les enfants
-  "Le proverbe" : un père découvre que la vie d'écolier n'est pas une sinécure.
-  "En attendant" : quelques Montmartrois font état des misères sans nombre que leur cause la guerre.


Gallimard - Folio - 1998

ASUTRA ! - JACK VANCE

Les Roguskoïs vaincus et rejetés hors du Shant, Gastel Etzwane, a abandonné avec soulagement les rênes du pouvoir. Hésitant désormais sur le sens à donner à son existence il apprend que ses ennemis seraient réapparus au fin fond du Caraz. Voyant là un dérivatif à son ennui, il décide de s’en assurer par lui-même et de s'aventurer au cœur de ce mystérieux continent. 

"Asutra !" est le moins captivant des trois volumes qui composent les « Chroniques de Durdane ». Non qu’il s’y passe moins de choses, loin de là, mais le côté « space-opera » de sa seconde partie se démarque trop du reste du récit. Pour tout dire il m’a paru presque « anachronique », malgré la dimension interplanétaire déjà suggérée par l’intrigue et sa chute trop précipitée.


Certes nous aurons, in fine, toutes les réponses aux questions soulevées. Mais ces révélations nous serons assenées d’un coup, un peu comme si l’auteur, lassé de son récit, avait hâte d’en finir. Néanmoins, j'ai apprécié de retrouver une dernière fois la planète Durdane, la diversité de ses coutumes, ses habitants hauts en couleur et je regretterais longtemps les superbes descriptions de Jack Vance et ses personnages attachants.


Pocket SF - 1987

LES PALADINS DE LA LIBERTE - JACK VANCE

Après avoir mis fin au pouvoir de l'Anome, Mur alias Gastel Etzwane organise la résistance du Shant face aux terribles Roguskoïs.

Ce deuxième volet des « Chroniques de Durdane » est tout aussi passionnant que le premier. D'abord parce qu'il en constitue la suite attendue et qu'il apporte à ce titre des réponses aux énigmes posées (d'où viennent les Roguskoïs, quelles sont leurs motivations...).


Ensuite, en raison des nombreux développements apportés tant à l'environnement géographique et institutionnel du Shant qu'aux personnages. L'action se déplace, nous conduit dans de nouvelles provinces et de nouveaux paysages tandis que certains seconds rôles, tout juste esquissés dans le premier volume, gagnent en épaisseur et voient leur importance s'affirmer. Il en va ainsi pour Ifness le terrien mystérieux, Dystar et Frolitz les musiciens et surtout Gerd Finnerack, l'ami d'enfance et bras armé de la lutte contre les Roguskoïs.


Enfin, pour les rebondissements de l'intrigue qui nous font passer d'une aventure « locale » à l'échelle d'un pays, à une machination beaucoup plus vaste et dont l'enjeu dépasse même les limites de la planète.


Pocket SF - 1981

L'HOMME SANS VISAGE - JACK VANCE

Principal continent de la planète Durdane, le Shant est divisé en une soixantaine de cantons aux coutumes aussi étranges que disparates. Il demeure néanmoins soumis à l'autorité unique de l'Anome, également appelé « l'homme sans visage », qui veille aux respects des lois grâce au torque que portent tous les habitants et qu'il peut faire exploser à tout moment. C'est dans ce monde que Mur, un jeune enfant, cherche à s'émanciper de la société fondamentaliste à laquelle il appartient puis, devenu adulte, entreprend d'infléchir la politique de l'Anome.

Ce premier volume des chroniques de Durdane ne souffre d'aucun temps mort. L'auteur parvient avec un nombre de pages pourtant limité, à planter un décor vaste et fouillé, initier une intrigue captivante et conter par le menu les aventures qui conduisent notre jeune héros à sa révolte contre le pouvoir.


Le récit fourmille de trouvailles surprenantes, tels ces dirigeables reliés à des voies ferrées et formant un « chemin d'air », "l'indenture" qui constitue une forme d'esclavage sous condition de rachat ou encore un alphabet basé sur les associations de couleurs.


Mais si la richesse de cet univers est pour beaucoup dans le plaisir que l'on prend à suivre la destinée du jeune Mur, ses efforts pour débusquer l'Anome ne leur cède en rien et l'on devine que bien des développements sont à venir.


La suite, vite !


Pocket SF - 1980

O GAMESH, PRINCE DES TENEBRES - PIET LEGAY

Cet énième FNA du prolifique Piet Legay est constitué d'une succession de saynètes censées nous montrer comment le culte d'une divinité égyptienne est parvenu à perdurer jusqu'à nos jours. En cinq tableaux qui vont de l'achèvement du tombeau du pharaon Amenaketh III aux recherches archéologiques d'une poignée d'aventuriers en 1989 en passant par le sac d'Alexandrie par les soldats romains, une chasse aux sorcières dans la Grèce du 6ème siècle et les mésaventures d'un templier en Terre Sainte, l'auteur dévoile quelques moments clés de ladite religion et de ses prêtresses successives.

Si chaque texte pris individuellement ne manque pas de qualités, le tout forme en revanche un patchwork hétéroclite et sans unité. On a le sentiment d'être en présence de bouts de romans rassemblés à la va-vite et d'une intrigue bricolée pour tenter d'en faire un ensemble cohérent. Mais la mayonnaise ne prend pas. A peine a-t-on le temps de s'habituer aux lieux et aux personnages qu'il faut déjà changer d'époque et laisser derrière soi une histoire inachevée. L'exercice finit par être lassant et la chute, assez décevante, ne vient même pas récompenser les efforts du lecteur.

Fleuve Noir Anticipation - 1989


LES COUCOUS DE MIDWICH - JOHN WYNDHAM

Midwich est une tranquille petite ville anglaise comme il en existe des centaines à travers le pays. Tranquille, jusqu’à ce que survienne un bien curieux évènement. En effet, pendant 24 heures, tous les êtres vivants séjournant dans son périmètre sombrent dans le sommeil. Quelques temps après ce que ses habitants appelleront le « jour noir », toutes les femmes en âge de procréer se retrouvent enceintes et donnent bientôt le jour à 30 garçons et autant de filles. Outre leurs particularités physiques (cheveux blonds, yeux dorés, peau légèrement argentée) les bébés semblent dotés d’un pouvoir de persuasion. Cette faculté se développe au fur et à mesure que les enfants grandissent, à tel point que l’on en vient à les considérer comme une menace...

John Wyndham nous conte ici une originale histoire d’invasion extra-terrestre. Originale, car elle ne ressemble précisément pas à une invasion classique à grands renfort de vaisseaux spatiaux et de petits bonhommes verts (même si la présence d’un OVNI est rapidement abordée).


Ici, l’invasion est plus insidieuse puisqu’elle est le fait d’enfants qui viennent s’immiscer dans la vie bien rôdée d’une petite communauté. D’ailleurs une bonne part du roman s’intéresse à la façon dont cette intrusion est ressentie par les villageois, puis à la peur qu’elle leur inspire.


Nous aurons également droit à d’intéressants débats sur la tolérance à l’égard des minorités puis, lorsque la menace se précisera, sur le droit des espèces à lutter pour assurer leur suprématie. Car le fin mot de l’histoire est là : doit-on au nom de nos principes de paix et de compassion, laisser vivre une espèce extra-terrestre qui risque de supplanter la nôtre. 


Ajoutons à cela que ce livre est écrit d’une plume élégante, détachée et tellement so british !


Denoël - Présence du Futur - 1977

LA VALLEE MAGIQUE - EDMUND HAMILTON

Eric Nelson est un mercenaire américain engagé sous la bannière d’un chef de guerre chinois en lutte contre la jeune république populaire. A la suite d’un engagement plus rude qu’à l’accoutumée, sa petite troupe a été décimée et attend l’estocade finale dans un village du sud de la Chine. Alors qu'ils ont perdus tout espoir d'échapper à la mort, Nelson et ses compagnons sont abordés par un individu étrange : Shan Kar. Ce dernier se fait fort de les tirer de ce mauvais pas en échange de leur intervention dans le conflit séculaire qui opposent deux clans rivaux. Soulagés de sauver leur peau et attirés par la promesse d’une riche récompense, les mercenaires acceptent. C'est ainsi qu'ils découvrent L’lan, vallée perdue au cœur de l’Himalaya, monde étrange où certains animaux sont doués d'intelligence et reconnus comme leurs égaux par les humains du camp de la "Fraternité". Mais Nelson et ses hommes ont été engagés par les "Humanites" qui s'opposent farouchement à cette parité. Ont-ils choisi le bon camp ?

"La vallée magique" est un chouette petit roman, rafraîchissant, dépaysant et inventif. Il débute pourtant de façon bien conventionnelle puisqu'il y est question d'aventuriers découvrant une civilisation oubliée, de lutte entre deux clans rivaux et de l’existence d’un mystérieux secret. Mais, alors que nous croyons avoir affaire à une ènième histoire de "lost race" à la Haggard ou à la Burroughs, l’auteur déjoue les pronostics et se démarque de ses illustres prédécesseurs. Il y parvient surtout grâce à ses personnages, plus profonds et complexes qu'il n'est d'usage dans ce type de récits. Il y a bien des bons et des méchants, des cœurs purs et d'infâmes crapules, mais les caractères sont suffisamment étoffés pour qu'on y décèle les changements de mentalité et l'ouverture à autrui qui s'opèrent chez certains. Cette absence de manichéisme est surtout sensible chez le héros qui combattra un temps au côté des agresseurs et ne rejoindra le camp de la sagesse qu'à la suite d'une expérience d'une nature toute particulière. 


La présence d’animaux doués de raison (comme aurait dit Robert Merle) est également pour beaucoup dans l'originalité de ce roman. Chevaux, loups et aigles y ont des rôles aussi importants que les humains et constituent des personnages à part entière. L'auteur nous fera même vivre, le temps de quelques chapitres, les évènements par les yeux d'un loup. Enfin, Edmond Hamilton a su ajouter à ce roman de pure fantasy une petite touche de science-fiction lui permettant d'y apporter une conclusion astucieuse. Le tout constitue donc une agréable distraction qui plaira particulièrement aux plus jeunes grâce à la présence de nombreux animaux.


Le Masque SF - 1975

LE CREPUSCULE DE BRIAREUS - RICHARD COWPER

La transformation de l’étoile Briareus Delta en supernova va être la cause de bien des catastrophes sur la Terre. Tornades et typhons font un grand nombre de victimes, le climat est bouleversé et, pire encore, l’espèce humaine est atteinte de stérilité. Mais parmi les survivants, certains commencent à développer d’étonnants pouvoirs psychiques…

Avouons-le tout net, j'ai acheté ce livre en croyant avoir affaire à un bon vieux post-apo des familles comme les britanniques s'en étaient fait une spécialité dans les années soixante-dix. Si les débuts du roman semblaient me donner raison, la suite m'a rapidement fait comprendre l'étendue de mon erreur. En dépit de quelques jolies scènes d'une Angleterre à peu près vidée de ses habitants et soumise à une nouvelle période glaciaire, "Le crépuscule de Briareus" ne fait que flirter avec ce genre, comme il ne fait qu'aborder le thème des mutants ou celui de la stérilité de l'espèce humaine. Et si les passages concernant les expériences dont les mutants sont l'objet font froid dans le dos, sa vision d'une humanité confrontée à l'imminence de son extinction n'a rien de très passionnante. Sur ce sujet, le "Barbe Grise" de Brian Aldiss est bien plus complet et beaucoup plus émouvant.

Ceci étant, ce n'est pas cette dispersion entre différents thèmes qui m'a gêné mais le manque d'emprise du personnage principal dans le déroulement de l'histoire. C'est d'autant plus dommage que Calvin Johnson ne manque pas d'épaisseur. Son passé, son caractère, ses réactions face aux bouleversements que subit l'humanité, tout concoure à en faire un individu éminemment sympathique, un homme sans préventions qui s'interroge constamment et sait écouter les autres. Hélas, il ne sera que cela et passera le plus clair du roman à subir les évènements, sans jamais peser sur son existence et laissant les autres choisir à sa place.

On m'objectera peut-être que cette absence de domination le rend précisément plus humain et permet de laisser du champs aux héroïnes féminines du roman, ce qui n'était pas si fréquent à l'époque. Pas faux, mais cela contribue aussi à renforcer son côté messianique, celui de l'homme qui détient la solution par sa seule présence et qui n'a qu'à attendre l'alignement des étoiles pour voir la prophétie se réaliser. D'ailleurs le roman s'achève sur une approche quasi mystique de l'espace et des extra-terrestres qui m'a laissé un tantinet dubitatif...

Denoël - Présence du Futur - 1976

 


LE JOUR J DU JUGEMENT - GRAHAM MASTERTON

Alors qu'il met à profit ses vacances en Normandie pour effectuer quelques recherches sur les combats qui s'y sont déroulés en 1944, l'attention de Daniel McCook est attirée par un vieux tank Shermann abandonné en bord de route. De découvertes en confidences, il en vient à suspecter la présence d'une entité maléfique à l'intérieur du char d'assaut. Avec l'aide d'une jeune femme et d'un curé versé en démonologie, il entreprend alors de libérer la campagne environnante de son influence néfaste et pernicieuse. Mais il apprendra à ses dépend que l'on n'embête pas impunément l'un des "Sept de Rouen". 

Pour le lecteur français le premier intérêt de ce roman réside dans le fait que l'action se déroule pour une large part dans le bocage normand, parmi ses vertes pâtures, ses haies ombragées, ses fermettes isolées et ses petites routes de campagne. La description que nous en donne l'auteur sonne plutôt juste même s'il ne parvient pas à éviter un certain nombre de clichés et l'on sourira à l'évocation de paysans portant béret, fumant des gitanes et se baladant avec leur baguette de pain à la main. D'autres images sont heureusement plus réalistes, tels ces paysans soupçonneux et peu diserts, la soupe à l'oignon mangée sur un coin de table ou encore le vieux et sympathique curé de campagne. 


Cocorico également du côté des démons puisque Elmek et ses petits copains viennent aussi du terroir normand. Des démons peut-être moins impressionnants que de coutume, plus doués pour les palabres que pour l'action mais aussi un peu victimes d’hommes qui usent et abusent de leurs services si particuliers. D’ailleurs, l'utilisation à des fins militaires de ces êtres démoniaques et les risques qui en découlent comptent parmi les aspects les plus intéressants de ce roman. 


Au final, un Masterton moins percutant et moins sanglant que la plupart de ses autres productions mais distillant une chouette atmosphère, sombre, morose et nostalgique.


Nouvelles Editions Oswald - 1987

LE SIECLE DE L'ETERNEL ETE - JAMES BLISH

Alors qu'il travaille sur un télescope révolutionnaire, l'esprit de John Martels est propulsé en l'an 25000. Là, il se retrouve ...